Moyen-Orient

Les Houthis tentent de détourner l’attention de la détérioration interne par une escalade extérieure


L’aggravation continue des conditions de vie et l’extension de la famine limitent la capacité des attaques en mer Rouge à contenir le mécontentement intérieur.

L’escalade menée par les Houthis en mer Rouge dépasse le simple cadre militaire. Elle répond également à des objectifs internes visant à détourner l’attention de la population des crises économiques et sociales vers une « bataille extérieure », offrant ainsi au mouvement l’occasion de remobiliser sa base, d’affaiblir le débat sur son incapacité à administrer les territoires sous son contrôle et de masquer la montée du mécontentement populaire.

Les développements récents indiquent que le groupe cherche à s’imposer comme un acteur incontournable dans la sécurité de la mer Rouge et du détroit de Bab el-Mandeb, de sorte que toute négociation régionale ou internationale soit liée à son rôle. Parallèlement, l’escalade extérieure permet de repousser les pressions internes exercées sur les Houthis et complique la tâche de leurs adversaires yéménites, dont l’attention se concentre davantage sur les menaces militaires et la sécurité maritime que sur les problèmes internes.

Récemment, les Houthis ont lancé des attaques contre la compagnie pétrolière publique saoudienne et ont annoncé l’imposition d’un blocus contre les navires saoudiens. En réponse, Riyad a annoncé la création d’une alliance défensive destinée à protéger les routes maritimes et les approvisionnements énergétiques internationaux en mer Rouge.

Selon le Centre d’études stratégiques de Sanaa, la dégradation persistante des conditions de vie et l’expansion de la faim limitent la capacité de cette escalade à contenir le mécontentement intérieur, ce qui signifie que les gains politiques potentiels pourraient n’être que temporaires si les causes structurelles de la crise ne sont pas traitées.

Dans une analyse intitulée « Le blocus houthi de la mer Rouge ne peut pas masquer la crise de gouvernance et la faim », le centre affirme que la crise actuelle est davantage liée aux politiques économiques et financières mises en œuvre par le mouvement depuis sa prise de contrôle de Sanaa qu’au blocus ou à la diminution de l’aide internationale.

Le centre souligne que le discours sur la famine ne se limite plus aux journalistes et aux militants, mais qu’il s’est étendu à des personnalités proches du mouvement ainsi qu’à d’anciens combattants, poussant le chef des Houthis, Abdel-Malik al-Houthi, à abandonner le déni de la crise et à reconnaître publiquement l’insécurité alimentaire, ainsi que le recours de certains citoyens à la consommation de feuilles d’arbres et à un seul repas par jour.

Le mouvement a exploité cet aveu à des fins politiques, rejetant la responsabilité sur les pressions extérieures et le « blocus », tout en éludant sa propre responsabilité dans les politiques économiques ayant aggravé la crise.

Depuis leur prise de contrôle de Sanaa en 2014, les Houthis ont mis en place un système financier extrêmement centralisé et rigoureux destiné à concentrer les ressources publiques, notamment les impôts, les taxes douanières, la zakat, les revenus des fondations religieuses et les recettes liées aux produits pétroliers. Bien que les revenus collectés par le mouvement dépassent ceux des gouvernements yéménites d’avant-guerre, les ressources ont été principalement orientées vers le financement de l’effort militaire et des activités idéologiques, au détriment des services publics, tandis qu’environ un million de fonctionnaires ont été privés de salaires réguliers pendant des années, selon l’analyse.

Le groupe a également procédé à une restructuration forcée du secteur privé en exerçant une forte pression sur les entreprises indépendantes par le biais de prélèvements supplémentaires et en les remplaçant par des entités économiques affiliées à la milice, entraînant des conséquences désastreuses.

Par ailleurs, la désignation du mouvement comme organisation terroriste et l’isolement du secteur bancaire vis-à-vis des transactions internationales ont contraint des milliers d’entreprises à fermer leurs portes ou à quitter les territoires contrôlés par les Houthis.

En raison de la campagne d’arrestations arbitraires menée par le mouvement contre les employés des organisations humanitaires, accusés d’« espionnage », ainsi que des perquisitions menées dans leurs locaux, l’accès à l’aide humanitaire a été considérablement réduit, tandis que le financement international destiné à la réponse humanitaire au Yémen est tombé à son niveau le plus bas depuis une décennie.

Le centre conclut son analyse par une série de recommandations concernant la gestion du dossier économique, insistant sur la nécessité de cesser d’accorder un soutien économique aux Houthis en tant que « mesure de confiance » sans conditions préalables, et de rejeter l’exploitation des revendications politiques du mouvement sous couvert humanitaire.

Il souligne également l’importance de rétablir le versement régulier des salaires des fonctionnaires par le biais de mécanismes financiers automatisés, soumis à une supervision et à des audits internationaux indépendants, afin d’éviter une répétition du scénario de l’accord de Stockholm de 2018, dans lequel les Houthis avaient utilisé les recettes du port d’Al-Hodeïda au profit de leurs propres réseaux financiers plutôt qu’au bénéfice des employés de l’État.

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