Moyen-Orient

Nouvelle enquête israélienne : des révélations sur une faille méconnue lors de l’attaque du 7 octobre


Une enquête menée par l’armée israélienne sur l’attaque du 7 octobre a mis en évidence une nouvelle faille dans le dispositif frontalier autour de la bande de Gaza, qui aurait facilité l’avancée du Hamas.

Selon l’enquête, entre 60 et 80 combattants du Hamas ont pris d’assaut, dans la matinée du 7 octobre 2023, le poste militaire de « Baga », situé à l’ouest du kibboutz Be’eri, près de la frontière avec la bande de Gaza. Plusieurs dizaines de soldats y étaient alors stationnés.

D’après les conclusions publiées mardi par l’armée israélienne dans les médias israéliens, 18 soldats et officiers ont été tués et 22 autres blessés au poste de Baga et dans une position de chars voisine. Les corps de deux soldats ont également été emportés.

Entre 40 et 50 militaires étaient déployés sur les deux sites au moment de l’attaque.

Le poste de Baga abritait alors une compagnie du 13e bataillon de la brigade Golani. Un peloton de chars de la 7e brigade blindée occupait une position voisine.

Un pisteur se trouvait également sur place. Son corps a été emporté avant d’être récupéré ultérieurement dans le cadre d’un accord d’échange de prisonniers.

Comment l’assaut s’est-il déroulé ?

À 6 h 29, parallèlement au lancement par le Hamas d’une première salve de roquettes vers le sud d’Israël, les assaillants ont franchi la clôture frontalière et progressé en direction du poste militaire de Baga.

Les soldats se sont repliés dans les zones fortifiées, tandis que les forces stationnées à la position de chars voisine se sont dirigées vers la clôture pour tenter d’arrêter les combattants.

Dans le même temps, les soldats ont commencé à rechercher le pisteur, sans parvenir à le retrouver.

Entre 6 h 41 et 6 h 45, les chars ont affronté des combattants qui franchissaient la frontière. L’un des blindés a été touché par un missile tiré depuis un drone du Hamas.

Un autre char est cependant parvenu à ouvrir le feu sur une dizaine d’assaillants qui traversaient la frontière à pied ou à bord de véhicules.

Une alerte arrivée trop tard

Vers 6 h 49, les assaillants ont commencé à tirer sur le poste militaire.

Un soldat en faction à l’entrée du camp, qui ne disposait pas de radio, a repéré l’attaque et couru avertir les militaires présents à l’intérieur. L’information n’est toutefois pas parvenue à l’équipe de mortiers du 13e bataillon, qui se préparait à ouvrir le feu.

À 6 h 52, les commandants avaient été avertis que des assaillants s’approchaient du poste à bord de véhicules. Les soldats ont alors reçu l’ordre de renforcer les positions défensives.

À 6 h 55, un premier groupe de neuf assaillants a pénétré dans le poste. Ses membres se sont divisés en plusieurs unités et ont attaqué depuis différentes directions.

Les soldats de la brigade Golani ont réussi à tuer environ quatre assaillants. Les affrontements ont néanmoins fait plusieurs morts et blessés dans leurs rangs, parmi lesquels le commandant de l’unité de mortiers.

À mesure que d’autres combattants arrivaient, deux soldats blessés qui avaient été transportés vers des emplacements jugés plus sûrs ont été tués.

D’autres militaires ont poursuivi les combats en s’abritant sous des véhicules blindés.

Les munitions viennent à manquer

Vers 7 heures, les forces ont commencé à consolider les défenses du poste et ont demandé des renforts en urgence, tandis que les blessés étaient évacués.

Environ treize minutes plus tard, les commandants ont signalé que certains soldats manquaient d’équipement et que les réserves de munitions commençaient à s’épuiser.

À 7 h 43, un drone israélien a mené une frappe sur la partie nord du poste afin d’arrêter les assaillants.

L’enquête conclut toutefois que cette intervention n’a eu qu’une efficacité limitée en raison du manque de renseignements et de la faiblesse des communications avec les forces au sol.

Une tentative d’évacuation se transforme en embuscade

La situation a continué à se détériorer au fil des heures. Plusieurs commandants avaient été tués, dont celui du poste, dont la mort a considérablement affecté la conduite de la bataille et la prise de décisions, selon l’enquête.

Le commandant de la compagnie n’a pas pu rejoindre le site, les combats ayant bloqué les routes et les carrefours qui y menaient.

Vers 9 h 30, les forces ont commencé à préparer l’évacuation des derniers blessés.

L’opération a échoué après qu’un assaillant eut fixé un engin explosif à l’arrière d’un véhicule blindé de transport de troupes. L’explosion a contraint les soldats à battre en retraite et à ramener les blessés à l’intérieur du poste.

À l’approche de midi, la défense du site est devenue de plus en plus difficile et les forces restantes ont reçu l’ordre de se regrouper.

Le dernier bastion : le réfectoire

À 11 h 50, un groupe de six soldats a quitté le poste sous des tirs nourris.

Une dizaine de minutes plus tard, les militaires sont parvenus à rejoindre un véhicule blindé de transport de troupes situé dans des vergers à l’est.

Les soldats restés à l’intérieur du poste se sont retranchés dans le réfectoire fortifié et ont continué à combattre afin d’empêcher les assaillants d’y pénétrer.

À 13 heures, les combattants ont allumé des incendies de part et d’autre du réfectoire en utilisant des matelas et du carburant diesel. Ils ont ensuite introduit la fumée dans la salle par une ouverture du système de climatisation.

Les soldats ont commencé à suffoquer et certains ont partiellement perdu connaissance.

Quelques minutes plus tard, l’un d’eux est sorti du réfectoire et a tué deux assaillants.

À 13 h 13, cinq soldats ont tenté de sortir pour affronter les combattants, mais ils ont tous été tués lorsque les assaillants ont ouvert le feu depuis l’extérieur du bâtiment.

Les secours et les renforts sont arrivés entre 16 h 20 et 16 h 50 afin d’évacuer les blessés.

Aucun assaillant ne se trouvait encore dans le poste à l’arrivée des équipes de secours.

La chute du site n’a toutefois pas marqué la fin des affrontements. Une équipe de secours est revenue plus tard dans la soirée afin de récupérer les corps des soldats tués.

Le convoi a alors été visé par un missile antichar, faisant un mort et un blessé parmi les militaires.

Les conclusions de l’enquête

Selon les éléments publiés par le quotidien Yedioth Ahronoth, l’enquête a abouti aux conclusions suivantes :

Le poste n’était pas suffisamment équipé, aussi bien sur le plan du matériel de combat que de ses défenses.

L’armée a échoué dans sa mission défensive et n’a pas empêché le secteur de tomber aux mains des combattants du Hamas.

Avant l’attaque, les forces stationnées à Baga étaient principalement mobilisées pour faire face aux émeutes et aux affrontements le long de la clôture frontalière.

Selon les enquêteurs, cette orientation avait influencé leur entraînement et leur niveau de préparation, qui n’étaient pas adaptés au scénario d’une attaque surprise et simultanée menée dans l’ensemble de la zone.

Pourquoi les conclusions ont-elles été publiées tardivement ?

Selon Yedioth Ahronoth, ces conclusions sont les plus récentes d’une série d’enquêtes détaillées consacrées à une quarantaine de combats survenus pendant l’attaque du Hamas du 7 octobre.

Ce jour-là, environ 5 600 assaillants auraient franchi la frontière, tué près de 1 200 personnes et emmené 251 otages dans la bande de Gaza.

L’enquête a été menée par le colonel Uri Ron, attaché militaire israélien au Brésil, puis approuvée par l’ancien chef d’état-major de l’armée, Herzi Halevi.

Les enquêteurs se sont rendus sur les lieux et ont examiné toutes les sources d’information disponibles, précise le rapport.

La raison pour laquelle la publication de ces conclusions au public a été retardée de plusieurs mois demeure inconnue.

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