Moyen-Orient

La rivalité entre Al-Hayya et Mechaal : le Hamas s’apprête à désigner le successeur de Sinwar 


Dans une course discrète visant à désigner le successeur de Yahya Sinwar, le Hamas s’approche de la nomination de son nouveau chef du bureau politique, au terme d’une compétition qui reflète un débat interne sur l’avenir du mouvement.

L’élection est organisée par le Conseil de la Choura du mouvement, récemment renouvelé, et se déroule dans les trois principales sphères d’activité du Hamas : la bande de Gaza, la Cisjordanie et l’étranger.

Sauf surprise de dernière minute, le Hamas devrait, dans les prochains jours, achever l’élection de son président du bureau politique pour succéder à Yahya Sinwar, tué durant la guerre de Gaza. Le processus se déroule dans la plus grande confidentialité en raison du contexte sécuritaire.

D’après des sources palestiniennes bien informées, le scrutin actuel constitue le troisième tour, les deux précédents n’ayant pas permis à un candidat d’obtenir la majorité requise.

La compétition entre Mechaal et Al-Hayya

La compétition oppose principalement Khalil Al-Hayya, chef du Hamas dans la bande de Gaza, à Khaled Mechaal, ancien président du bureau politique et responsable des affaires extérieures du mouvement. Tous deux résident hors des territoires palestiniens.

Le Conseil de la Choura du Hamas comptait initialement 50 membres. Toutefois, des sources informées indiquent que ce nombre a été porté à 69 membres, répartis à raison de 23 représentants pour chacune des trois composantes du mouvement : Gaza, la Cisjordanie et l’étranger.

Des sources palestiniennes ont indiqué que le Conseil de la Choura de Gaza avait déjà achevé l’élection de son candidat à la présidence du bureau politique.

Selon ces mêmes sources, qui ont requis l’anonymat, Khalil Al-Hayya, originaire de Gaza, bénéficie d’un soutien largement majoritaire au sein de cette composante.

Les sources précisent toutefois que le résultat définitif demeure tributaire de l’achèvement du vote en Cisjordanie et à l’étranger.

Né en 1956 dans la localité de Silwad, au centre de la Cisjordanie, Khaled Mechaal bénéficie d’un soutien important parmi les membres du Hamas établis à l’étranger, où il réside depuis de nombreuses années.

Mechaal est considéré comme l’une des principales figures politiques du Hamas. Les statuts du mouvement prévoient l’élection du président du bureau politique tous les quatre ans.

Ces élections interviennent après de profonds changements au sein de la direction du Hamas, consécutifs à l’assassinat de son ancien chef politique, Ismaïl Haniyeh, en juillet 2024. Yahya Sinwar lui avait alors succédé avant d’être tué dans la bande de Gaza en octobre de la même année.

À cette époque, le Hamas avait décidé de ne pas organiser de nouvelles élections et avait confié la direction du mouvement à un conseil composé de cinq membres, présidé par Mohammed Darwish, président du Conseil général de la Choura.

Après le plan Trump

Après l’annonce du début de la mise en œuvre du plan du président américain Donald Trump pour Gaza, en octobre dernier, le processus électoral a repris dans la plus grande discrétion. Les membres du bureau politique, composé de 18 personnes, ainsi que ceux du Conseil de la Choura ont été élus, leurs identités restant également confidentielles.

Parmi les membres élus figure un responsable originaire de Gaza représentant la branche militaire du mouvement, les Brigades Al-Qassam. Son identité demeure secrète afin d’éviter qu’il ne soit pris pour cible par l’armée israélienne.

Les sources palestiniennes ont indiqué que la compétition est particulièrement complexe. Elles expliquent qu’un courant estime que la présidence du bureau politique doit revenir à une personnalité originaire de Gaza, compte tenu des événements du 7 octobre, de la guerre qui a suivi ainsi que du poids organisationnel et militaire du mouvement dans l’enclave.

À l’inverse, un autre courant considère que les défis politiques et régionaux de l’après-guerre nécessitent une direction installée à l’étranger.

Les mêmes sources évoquent également une rivalité entre une tendance favorable au renforcement des relations avec l’Iran, davantage liée aux dirigeants de Gaza, et une autre qui souhaite préserver la proximité du mouvement avec plusieurs pays de la région, notamment l’Égypte, le Qatar, la Turquie et la Jordanie.

Le successeur de Sinwar sera-t-il annoncé ?

Selon les mêmes sources, Israël a éliminé la grande majorité des membres du bureau politique présents dans la bande de Gaza, ouvrant ainsi la voie à l’émergence de nouveaux dirigeants, principalement issus de l’enclave.

Les membres du bureau politique en Cisjordanie ne sont pas rendus publics afin d’éviter leur arrestation par Israël. Quant aux membres établis à l’étranger, leurs noms sont connus, sans qu’il soit toutefois clairement établi lesquels demeurent en fonction.

Traditionnellement, le Hamas annonce les noms des membres de son bureau politique ainsi que celui de son président après chaque élection. Toutefois, plusieurs estimations indiquent qu’aucune annonce publique ne devrait être faite cette fois-ci.

Quatre défis majeurs

À mesure que la nouvelle direction prend forme, le Hamas devra faire face à quatre défis majeurs qui détermineront son orientation au cours de la prochaine période, selon les mêmes sources.

Premièrement, définir le rôle futur du mouvement dans la bande de Gaza après la dissolution de son comité gouvernemental et l’annonce de sa volonté de transférer l’administration de Gaza au Comité national pour l’administration de Gaza, une instance indépendante présidée par le Dr Ali Shaath et soutenue par le Conseil pour la paix dirigé par Donald Trump.

Deuxièmement, définir son attitude face aux efforts internationaux visant à mettre fin à la guerre et à lancer la reconstruction de Gaza, alors qu’un large consensus international estime que le Hamas ne devra plus jouer de rôle dans la gouvernance de Gaza après le conflit et qu’il devra remettre ses armes.

Troisièmement, déterminer sa participation ou non aux élections législatives palestiniennes prévues en novembre prochain, sous quelle forme elle interviendrait, ou si le mouvement choisira de les boycotter, ainsi que la possibilité de son évolution vers un parti politique.

Quatrièmement, décider de l’avenir de sa présence à l’étranger, notamment en ce qui concerne le maintien de son bureau politique à Doha ou le choix éventuel d’un autre pays pour accueillir sa direction au cours de la prochaine phase.

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