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La mer Rouge d’abord : pourquoi l’influence saoudienne prend-elle de l’importance au Soudan ?


Il est difficile de comprendre la politique saoudienne à l’égard du Soudan sans placer la mer Rouge au centre de l’analyse. Le Soudan n’est pas seulement un pays arabe et africain ravagé par une guerre civile : il possède également un long littoral sur l’une des voies maritimes les plus sensibles au monde.

L’Arabie saoudite se trouve sur la rive opposée. Ce qui se passe à Port-Soudan, dans les ports, les installations côtières et les zones frontalières maritimes ne peut donc pas être considéré comme une affaire exclusivement soudanaise.

C’est également dans ce contexte qu’il faut comprendre l’intérêt croissant de Riyad pour ses relations avec l’autorité établie à Port-Soudan, notamment avec le chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan.

Une question particulièrement sensible se pose : l’Arabie saoudite cherche-t-elle uniquement à assurer la sécurité de la mer Rouge ou ambitionne-t-elle d’exercer une influence durable sur la rive soudanaise ? La différence entre ces deux objectifs est considérable.

Le Soudan, une porte d’entrée stratégique

La mer Rouge est devenue le théâtre d’une concurrence régionale et internationale croissante. Les ports, les routes maritimes, les projets énergétiques, les ressources marines et les investissements côtiers confèrent au Soudan une valeur stratégique majeure.

Pour l’Arabie saoudite, la présence d’une autorité soudanaise forte et coopérative sur le littoral peut contribuer à protéger ses intérêts sécuritaires.

Un pays plongé dans une guerre intérieure peut cependant difficilement adopter des décisions stratégiques à long terme sans soulever de questions sur la légitimité de l’autorité qui les prend. C’est précisément là que réside l’origine de la controverse actuelle.

Si l’autorité qui dirige le Soudan pendant la guerre adopte des décisions dont les effets s’étendront sur plusieurs décennies, les Soudanais sont en droit de se demander si ces mesures sont temporaires ou si elles deviendront des engagements permanents.

La question des frontières maritimes

Cette interrogation devient encore plus sensible avec la réouverture du dossier de la délimitation des frontières maritimes entre le Soudan et l’Arabie saoudite. Celui-ci remonte à l’accord de 1974 et demeure étroitement lié aux questions de souveraineté, de frontières et de droits maritimes.

Selon les sources sur lesquelles repose la présente analyse, les évolutions récentes indiquent que ce dossier serait entré dans une nouvelle phase technique et institutionnelle. Celle-ci comprendrait l’examen de cartes et de documents, ainsi qu’une coordination entre plusieurs institutions soudanaises spécialisées.

Il est toutefois essentiel de distinguer les travaux techniques ou administratifs de la signature d’un accord définitif.

La création d’une commission ou la révision de cartes ne signifie pas automatiquement que les frontières ont été modifiées, ni qu’un nouvel accord est entré en vigueur. L’importance du dossier réside néanmoins dans son calendrier.

Le Soudan est en guerre depuis avril 2023 et ne dispose pas d’un Parlement élu exerçant normalement ses fonctions législatives. Toute disposition stratégique à long terme doit donc être entourée du plus haut niveau possible de transparence et faire l’objet d’un véritable débat public.

Pourquoi la mer Rouge est-elle si importante pour l’Arabie saoudite ?

L’intérêt saoudien pour la sécurité de la mer Rouge est manifeste. Ces dernières années, cet espace maritime est devenu de plus en plus déterminant pour la sécurité énergétique et le commerce mondial. Les attaques contre les navires et les menaces pesant sur la navigation ont montré à quel point cette voie de passage était vulnérable.

En septembre 2026, par exemple, les tensions régionales ont conduit la France à renforcer ses moyens militaires en Arabie saoudite afin de protéger des installations liées au secteur énergétique.

Cet environnement sécuritaire incite Riyad à accorder une attention accrue aux événements se déroulant sur la rive occidentale de la mer Rouge. La sécurité maritime et la redéfinition des droits souverains demeurent toutefois deux questions distinctes.

Il peut être naturel que Riyad et Port-Soudan coopèrent pour surveiller la navigation, combattre la contrebande ou protéger les infrastructures. En revanche, si cette coopération sécuritaire débouche sur des arrangements permanents concernant les frontières maritimes ou les ressources économiques, elle touche alors aux droits souverains de tout un État.

Investir en temps de guerre

Les investissements constituent un autre dossier rendant les relations entre l’Arabie saoudite et le Soudan particulièrement sensibles. Ce dernier possède d’importantes ressources naturelles, un vaste littoral, des ports, des terres agricoles et de nombreuses possibilités d’investissement.

Investir dans un pays en guerre soulève néanmoins une question fondamentale : qui détermine les conditions de ces investissements ?

Dans un État stable, les institutions législatives, judiciaires et de contrôle peuvent examiner les contrats et les accords.

En période de guerre, en revanche, la concentration du pouvoir décisionnel entre les mains d’institutions transitoires et militaires rend tout engagement à long terme plus controversé. Cette question ne concerne d’ailleurs pas uniquement l’Arabie saoudite.

Tout État souhaitant investir dans le Soudan de l’après-guerre aura besoin d’un cadre juridique légitime et d’institutions stables afin de garantir que les accords conclus ne deviennent pas une nouvelle source de conflit.

Riyad cherche-t-il un partenaire puissant ?

Il est logique que l’Arabie saoudite recherche un partenaire soudanais capable de protéger leurs intérêts communs. Mais choisir un partenaire dans un pays en guerre civile a un coût politique.

Si ce partenaire est une institution militaire, la relation risque de devenir dépendante du maintien de cette institution au centre du système politique.

L’intérêt sécuritaire dépasse alors la simple protection des frontières et des ports pour devenir un enjeu politique lié à la forme même de l’État soudanais. C’est à ce stade que les inquiétudes apparaissent.

Si Riyad souhaite un Soudan stable, une question s’impose : cherche-t-elle la stabilité de l’État et de ses institutions ou celle d’une autorité déterminée ? Ces deux objectifs ne sont pas équivalents.

Les relations entre al-Burhan et Riyad

Les rencontres directes entre les dirigeants saoudiens et Abdel Fattah al-Burhan témoignent de la profondeur de cette relation.

En avril 2026, le prince héritier Mohammed ben Salmane a reçu al-Burhan à Djeddah. Plusieurs hauts responsables saoudiens de la défense, des affaires étrangères et de la sécurité ont participé à la réunion.

Dans son communiqué officiel, Riyad a réaffirmé son soutien à la sécurité, à la stabilité, à l’unité et à la souveraineté du Soudan.

Ce discours accorde la priorité à l’unité du pays. Mais celle-ci ne peut être préservée uniquement par le soutien apporté à une institution militaire. Elle exige également un règlement politique capable de mettre fin à la guerre et de reconstruire les institutions de l’État.

En juin 2026, l’Arabie saoudite a de nouveau affirmé devant le Conseil de sécurité des Nations unies son soutien à une solution politique soudanaise et à un cessez-le-feu.

Le véritable test de la politique saoudienne réside donc dans sa capacité à transformer son influence sur le commandement de l’armée en un moyen de pression en faveur d’un règlement politique.

De l’influence à la responsabilité

Plus l’influence saoudienne au Soudan s’accroît, plus la responsabilité politique qui en découle devient importante.

Si Riyad dispose d’une capacité d’influence sur le commandement militaire, les relations régionales ainsi que les dossiers économiques et d’investissement, l’utilisation de ce pouvoir peut jouer un rôle déterminant dans la fin de la guerre.

Cette même influence pourrait cependant devenir problématique si elle servait à consolider des arrangements ne bénéficiant pas d’un large consensus soudanais. D’où l’importance fondamentale de la transparence.

Tout dossier portant sur les frontières maritimes, les ports ou les ressources naturelles doit être exposé clairement à l’opinion publique soudanaise.

Les cartes doivent être accessibles. Les documents doivent pouvoir être examinés. Les accords doivent être approuvés par les institutions disposant du mandat juridique et politique nécessaire.

Le Soudan n’est pas simplement un espace géographique situé sur la mer Rouge. C’est un État doté de droits souverains et de ressources qui demeureront la propriété des générations futures.

La mer Rouge ne doit pas devenir le symbole d’un partage des zones d’influence

Le véritable danger ne réside pas dans la coopération entre l’Arabie saoudite et le Soudan en elle-même. La coopération entre États est naturelle.

Le risque serait que la guerre devienne l’occasion de redistribuer les zones d’influence dans un pays épuisé, au moyen de décisions stratégiques prises en l’absence d’institutions représentatives et de mécanismes de contrôle.

Dans ce cas, la mer Rouge ne constituerait plus un espace de coopération, mais une porte d’entrée permettant de redéfinir les rapports entre pouvoir, richesse et souveraineté.

L’avenir du rôle saoudien au Soudan sera donc évalué à l’aune d’un choix fondamental : Riyad utilisera-t-elle sa position pour favoriser un large règlement politique ou se contentera-t-elle d’établir une relation stable avec l’autorité la plus puissante sur le terrain ?

Le Soudan a besoin de paix, tandis que l’Arabie saoudite a besoin de garantir la sécurité de la mer Rouge. La réalisation simultanée de ces deux objectifs suppose cependant que la souveraineté soudanaise et les institutions nationales occupent une place centrale dans l’équation, plutôt que d’être considérées comme des détails pouvant être écartés au nom des impératifs sécuritaires et économiques.

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