Gouvernement, opposition et services de sécurité : consensus en Autriche pour contrer la menace des Frères musulmans
Le gouvernement, l’opposition et les services de sécurité autrichiens affichent une volonté commune de lutter contre l’islam politique, avec les Frères musulmans en ligne de mire. Cette convergence pourrait annoncer la fin de la présence du mouvement en Autriche.
L’islam politique et le Mouvement identitaire d’extrême droite ont été au centre de la première réunion de la commission chargée de la police d’État, organisée il y a deux jours à la demande des partis membres de la coalition gouvernementale.
Cette réunion répondait à la nécessité d’obtenir des informations sur les évolutions récentes au sein de ces deux mouvances considérées comme extrémistes. Elle intervient également alors que des responsables officiels affirment que le gouvernement s’apprête à présenter un projet visant à interdire l’islam politique.
Dans un communiqué consacré à la réunion, le ministère de l’Intérieur a déclaré que « tous les acteurs de l’islam politique, ainsi que le Mouvement identitaire d’extrême droite, tentent d’ancrer durablement leurs idéologies extrémistes dans le débat public ».
« Leur objectif consiste notamment à déplacer les limites sociales et démocratiques afin de rendre les idées autoritaires plus acceptables », poursuit le communiqué.
Le ministère a précisé que la Direction de la sûreté de l’État et du renseignement, qui constitue le service autrichien de renseignement intérieur, surveillait les évolutions et les structures extrémistes et prenait des mesures fermes contre les initiatives hostiles à la démocratie.
Le ministre de l’Intérieur, Gerhard Karner, a pour sa part affirmé que « la Direction de la sûreté de l’État et du renseignement protège notre démocratie autrichienne ».
« Toutes les formes d’extrémisme sont combattues avec détermination », a-t-il ajouté.
Pressions de l’opposition
Le Parti de la liberté, principale force politique du pays, a demandé l’adoption sans délai d’un cadre juridique permettant d’interdire l’islam politique.
Dans des déclarations à la presse, Michael Raml, conseiller municipal de Linz chargé des questions de sécurité et cadre du Parti de la liberté, a estimé que les évolutions liées à l’islam politique nécessitaient une réponse rapide.
« L’islam politique vise notre système démocratique fondé sur l’État de droit et crée un terreau idéologique propice à l’extrémisme. L’État doit intervenir fermement chaque fois que la religion est instrumentalisée à des fins extrémistes », a-t-il déclaré.
Un récent rapport des services de renseignement intérieur fait notamment état de la poursuite du recrutement et de la radicalisation des jeunes dans les rangs de l’islam politique, ainsi que d’une augmentation des activités menées par des organisations islamistes dans le domaine de l’éducation et de l’encadrement des enfants et des adolescents.
« Nous ne devons pas attendre l’existence de projets d’attentats précis pour prendre l’extrémisme au sérieux », a insisté Raml. « La politique de sécurité doit intervenir à un stade précoce, surveiller les réseaux, combler les lacunes juridiques et fournir aux autorités les instruments nécessaires pour agir avec fermeté. »
Parallèlement, la commission constitutionnelle du Conseil national, la chambre basse du Parlement autrichien, a examiné mercredi dernier une proposition de résolution présentée par le Parti de la liberté, principale formation de l’opposition. Le texte porte sur l’interdiction de l’islam politique, et notamment de l’organisation des Frères musulmans.
Le parti propose d’interdire les activités liées à « l’islam politique » ou visant à promouvoir ses objectifs, de dissoudre les organisations qui lui sont affiliées et de retirer la nationalité autrichienne aux personnes appartenant à une organisation relevant de cette mouvance ou lui apportant leur soutien.
Les députés Markus Tschank, Christian Schandor et Michael Schilchegger, à l’origine de la proposition, demandent également la confiscation des avoirs des organisations concernées.
Devant la commission, Schilchegger a affirmé que l’adoption d’une loi d’interdiction faciliterait l’identification d’un certain nombre d’actes commis en Autriche sur fond d’extrémisme.
La commission doit soumettre au Parlement un rapport sur la proposition du Parti de la liberté, qui ne revêt toutefois aucun caractère contraignant pour le gouvernement.
Un projet gouvernemental
Le gouvernement autrichien a récemment annoncé qu’il travaillait à l’interdiction de l’islam politique et à l’adoption de modifications législatives en ce sens, notamment dans les lois relatives aux associations et aux cultes.
Ce projet a été lancé à l’initiative du chancelier Christian Stocker, après la découverte d’une structure présumée liée aux Frères musulmans qui opérait sous couvert de lutte contre l’extrémisme et participait à des projets conjoints avec le ministère de la Justice.
Il s’agit de l’organisation DREID, dont les liens avec les Frères musulmans auraient été découverts par les services de renseignement autrichiens à l’issue d’un contrôle de sécurité lancé en juin dernier.
Il y a quelques jours, Sylvia Mayer, directrice du service de protection de l’État et du renseignement intérieur, a averti que les Frères musulmans œuvraient à la création de sociétés parallèles. Elle a appelé à un durcissement de la législation sur les associations ainsi que du droit pénal afin de faire face à la menace que représenterait le mouvement.
Dans des déclarations à la presse, elle a affirmé que « la radicalisation liée à l’islam politique constitue l’une des menaces les plus importantes pour la sécurité publique et la démocratie ».
« Il ne s’agit pas uniquement de l’organisation des Frères musulmans, mais aussi de l’idéologie qui la sous-tend », a-t-elle poursuivi. « La situation est comparable à celle de l’extrémisme de droite : plus une idéologie se répand au sein de la population, plus les principes libéraux et démocratiques s’érodent. »
