Des frappes successives… un document de politique publique du parti au pouvoir en Autriche pour lutter contre le terrorisme des Frères musulmans.
Des coups successifs portés aux « Frères » en Autriche encerclent le réseau du groupe et ses associations, étranglent ses canaux de financement et dispersent ses activités jugées néfastes.
L’Académie du Parti populaire autrichien au pouvoir a révélé son plan de lutte contre « l’islam politique », et en particulier les Frères musulmans, couvrant l’ensemble des niveaux de confrontation.
Ce plan, présenté sous la forme d’un document de politique publique de 29 pages élaboré par l’académie, organe chargé de préparer les documents stratégiques et de définir les orientations du parti, couvre les aspects liés au financement, à la lutte contre l’extrémisme et à l’infiltration progressive des institutions publiques.
Le document indique que le groupe des Frères musulmans est « transnationale, utilise le contenu religieux pour atteindre des objectifs politiques et cherche à long terme à remodeler les systèmes gouvernementaux et sociétaux conformément à son agenda ».
Il poursuit : « Conformément aux principes du fondateur des Frères musulmans, Hassan al-Banna, la réalisation des objectifs de l’organisation justifie en pratique tout moyen approprié, y compris le recours à la violence. Ainsi, un ensemble de groupes terroristes opérant dans le monde entretiennent des liens étroits avec le groupe ».
Le texte ajoute : « Selon la terminologie employée ici, les Frères musulmans en Europe peuvent actuellement être classés, dans le cadre d’une adhésion tactique au principe de non-violence, comme appartenant principalement à l’islam politique fondé sur la puissance douce, cherchant à atteindre leurs objectifs par le biais d’associations, d’organisations faîtières et de structures éducatives et sociales, mais avec un agenda clair vis-à-vis de l’ordre libéral démocratique ».
Le document précise toutefois : « Cette stratégie peut changer à tout moment et, en tout état de cause, l’incitation et la propagande des Frères musulmans alimentent la radicalisation d’acteurs prêts à recourir à la violence ».
Activités des Frères
En Autriche, le groupe n’apparaît généralement pas sous son propre nom, mais opère à travers un réseau d’organisations, d’associations et de réseaux personnels qui lui sont idéologiquement liés, selon le même document.
D’après le texte, les Frères exercent leurs activités à travers plusieurs niveaux :
Les structures organisées (associations de mosquées, associations éducatives et culturelles, organisations étudiantes et de jeunesse)
Des réseaux formels et informels de responsables, de prédicateurs et d’associations
Le lobbying et l’infiltration des instances municipales, des organisations de migrants et des plateformes de dialogue
Les niveaux dirigeants de l’administration publique, ainsi que potentiellement dans le domaine de la sécurité intérieure ou des infrastructures critiques
Les canaux numériques utilisés pour la mobilisation et la diffusion de récits victimaires
Le document indique que « la menace que représentent les Frères musulmans en Autriche, à l’instar de l’évaluation générale de l’islam politique, réside principalement dans leur impact hybride et subversif à moyen et long terme, visant à saper progressivement l’État de droit », soulignant notamment la capacité de mobilisation idéologique du groupe.
Il évoque également le danger que représentent les Frères pour la société, à travers l’ancrage de la polarisation, la création de sociétés parallèles, ainsi que l’infiltration et la pénétration des institutions.
Stratégie et mesures
Pour faire face à ce risque, le document préconise l’élaboration d’une stratégie nationale globale de lutte contre l’islam politique afin de contrer les risques d’extrémisme.
Il recommande également la création d’une commission permanente d’experts, politiquement neutre et multipartite, rattachée à la chancellerie, chargée de surveiller, d’étudier et d’examiner les activités de l’islam politique.
Selon le texte, la loi sur le séjour et les étrangers devrait être évaluée, et l’élargissement des prérogatives des services de renseignement réexaminé.
L’année dernière, le gouvernement fédéral a approuvé la surveillance des services de messagerie instantanée des personnes présentant un risque élevé.
En outre, le document appelle à étudier la création de « tribunaux spécialisés, de juges, d’experts et de parquets », afin de faire face au risque que représentent l’islam politique et l’extrémisme.
Concernant le financement, le document établit des politiques claires :
Analyser les réseaux et les flux de financement, y compris la répartition des fonds publics vers des réseaux et acteurs religieux extrémistes, la transparence des flux financiers étant essentielle pour empêcher le financement de structures extrémistes.
Mettre en place un mécanisme de procédures et de contrôle contraignant pour les autorités administratives dans le domaine social, des subventions ainsi que pour les institutions religieuses (y compris les structures d’accueil de la petite enfance et les écoles privées) en ce qui concerne l’incitation politique. L’objectif est la suspension immédiate des subventions et le retrait de toutes les autorisations administratives en cas de preuve d’endoctrinement idéologique ou de séparation entre les sexes.
Les associations et organisations recevant un financement public doivent garantir la transparence dans l’utilisation des fonds, disposer de statuts démocratiques et se conformer aux principes de l’État de droit.
Selon des observateurs, la publication de ce document par l’organe chargé de la préparation des politiques et des documents stratégiques du parti au pouvoir signifie qu’il est sur le point de se transformer en législation dans un avenir proche, exerçant ainsi une pression accrue sur les structures des Frères en Autriche.
Projet de résolution
Ce document coïncide avec l’examen actuel par le parlement autrichien d’un nouveau projet de résolution visant à lutter contre les organisations de l’islam politique, dont les Frères musulmans.
Il y a quelques jours, les députés Harald Schuh et Michael Schilchegger du Parti de la liberté (l’un des partis les plus puissants du pays) ont présenté un projet de résolution au Conseil national (le parlement), qui prévoit notamment d’améliorer l’échange de données entre les autorités et d’imposer une interdiction globale du financement des institutions liées à l’islam politique.
Le projet de résolution, dont « Al-Ain News » a consulté une copie, affirme que l’Autriche ne dispose pas encore d’outils suffisamment efficaces et cohérents pour faire face à toutes les manifestations de l’islam politique.
Le texte demande au gouvernement d’adopter une loi interdisant de manière globale les activités de l’islam politique, de durcir les sanctions pour les infractions existantes, d’établir des règles efficaces pour lutter contre les structures de financement suspectes, de surveiller les arrangements idéologiques visant à contourner la loi et de prendre des mesures préventives plus fortes.
L’Autriche œuvre depuis des années à contrer le danger des Frères musulmans : elle a interdit leurs symboles en 2019, créé un centre de documentation sur l’islam politique l’année suivante, et ouvert une enquête judiciaire toujours en cours sur les activités du groupe.
