Des fonds d’aide à Daech : des failles qui ébranlent la sécurité britannique
Dans une révélation choc qui secoue les milieux politiques et sécuritaires du Royaume-Uni, un document gouvernemental confidentiel a montré que plus de 28 milliards de livres sterling provenant de l’argent des contribuables ont été détournés entre 2015 et 2021 vers des entités hostiles.
Parmi ces bénéficiaires figuraient des organisations terroristes, des réseaux criminels organisés ainsi que des États cherchant à nuire aux intérêts britanniques.
Selon les informations publiées par le journal britannique The Telegraph, ce rapport, commandé par le Cabinet Office, aurait été dissimulé par le précédent gouvernement afin d’éviter l’embarras politique qu’aurait provoqué la révélation de l’ampleur de la corruption systémique au sein des programmes de subventions et d’aide.
Le dossier, présenté comme la première évaluation de ce type concernant les fonds susceptibles de financer des menaces pour la sécurité nationale, révèle que des milliards de livres sterling ont fini entre les mains du crime organisé et de réseaux de passeurs, tandis que plusieurs millions ont été transférés à l’organisation terroriste Daech.
Les détournements concernaient également des subventions accordées à des entreprises liées à l’État russe, des prêts d’aide liés à la pandémie de Covid-19 qui ont été redirigés vers des membres de Daech en Syrie, ainsi que des investissements dans des projets de recherche menés par des entreprises proches de l’armée chinoise.
Cette catastrophe financière ne s’est pas limitée au financement des adversaires du Royaume-Uni. Elle a également conduit, de manière involontaire, au transfert d’aides destinées à la pandémie vers des terroristes adhérant à des idéologies hostiles à l’Occident. Par ailleurs, des groupes criminels, y compris des trafiquants d’êtres humains, ont bénéficié d’aides au logement et d’allocations d’invalidité.
Les sources évoquent également l’existence d’une coordination préoccupante entre certaines organisations criminelles et des États hostiles. Selon ces informations, un pays d’Europe de l’Est aurait soutenu un réseau criminel afin d’encourager l’immigration clandestine vers le Royaume-Uni. Les détails complets de cette affaire demeurent toutefois confidentiels en raison de la sensibilité des renseignements concernés.
L’économiste Rebecca Harding, du Centre for Economic Security, a qualifié ce document de « signal d’alarme », estimant qu’il démontre que le Royaume-Uni mène une guerre économique sans même en avoir pleinement conscience. Elle a déclaré : « Nous avons supposé à tort que tout le monde souhaitait les mêmes choses que nous. Certains États cherchent à étendre leur influence économique d’une manière qui affaiblit notre puissance, et nous avons fait preuve de naïveté face à cette réalité. »
Le rapport confidentiel a été rédigé en 2023 à la demande de responsables de la sécurité nationale et devait initialement être partagé avec le ministère des Affaires étrangères ainsi qu’avec de hauts fonctionnaires. Toutefois, la gravité des conclusions a conduit les autorités à décider de ne pas le rendre public.
Le rapport a également révélé que le système britannique de prêts liés au Covid-19 était « catastrophique », au point qu’un analyste l’a décrit comme un « distributeur automatique pour terroristes ». Tom Keatinge, chercheur au centre d’études RUSI, a déclaré : « Lorsqu’une faille existe, n’importe qui peut l’exploiter, qu’il s’agisse d’un criminel ou d’un terroriste. »
Les chiffres mentionnés dans le rapport ne représenteraient qu’une partie du problème. Selon les données du ministère du Développement international, le Royaume-Uni disposait de l’un des budgets d’aide les plus élevés au monde, passant de 12,1 milliards de livres sterling en 2015 à 15,2 milliards en 2019, avant de reculer à 11,4 milliards en 2021 en raison de la pandémie.
En décembre dernier, un rapport parlementaire a révélé que les contribuables britanniques avaient perdu 10,9 milliards de livres sterling supplémentaires en raison de fraudes et d’erreurs commises dans le cadre de la seule réponse à la pandémie. Tom Hayhoe, commissaire chargé de la lutte contre la fraude liée au Covid, a attribué cette situation à un manque de responsabilité institutionnelle ainsi qu’à la mauvaise qualité des données disponibles.
En réponse à ces critiques, un porte-parole du Cabinet Office a affirmé que le gouvernement actuel prenait des mesures sans précédent pour lutter contre la fraude. Selon lui, plus de 7,5 milliards de livres sterling de fonds publics ont été économisés l’an dernier grâce à des actions de prévention et de récupération des sommes détournées. Il a ajouté qu’en s’appuyant sur de meilleures données et sur le recrutement d’un plus grand nombre d’enquêteurs spécialisés, le gouvernement détecte et interrompt désormais les fraudes plus rapidement que jamais.
Toutefois, des sources sécuritaires ont exprimé leur mécontentement face à l’absence de contrôles comparables dans d’autres domaines du financement public. Elles soulignent qu’il demeure encore difficile de déterminer quelle autorité gouvernementale est responsable de la prise en compte des préoccupations liées à la sécurité nationale dans l’attribution des subventions.
