Politique

Washington utilise les fonds iraniens saisis pour indemniser les navires endommagés


Le ministre iranien des Affaires étrangères estime que la décision de Trump attisera les tensions et met en garde les pays qui coopéreraient avec les États-Unis dans ce dossier.

Le président américain Donald Trump a déclaré jeudi que les États-Unis utiliseraient les fonds iraniens qu’ils détiennent ou qui sont placés sous leur contrôle afin d’indemniser « l’intégralité des dommages » subis par les navires et les cargaisons. Cette décision a été fermement dénoncée par Téhéran, qui a également mis en garde les pays susceptibles de coopérer avec Washington sur ce dossier.

Réagissant à cette décision, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré que la saisie des avoirs d’un autre État afin de régler des réclamations futures qui n’ont aucun lien avec ces avoirs constituerait un précédent de nature à attiser les tensions.

Il a ajouté : « Dès lors que les gouvernements considéreront la confiscation comme une pratique normale, plus aucun actif ne sera à l’abri, et le chaos qui en découlera ne sera ni bénéfique ni pacifique. »

Le projet de protocole d’accord, dont Trump a annoncé la suspension sur fond d’escalade des tensions iraniennes dans le détroit d’Ormuz, prévoyait la libération d’une première tranche de 12 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés dans un délai de 60 jours à compter du début de la mise en œuvre de l’accord. Des rapports iraniens indiquent que Téhéran chercherait à récupérer environ 24 milliards de dollars dans le cadre de ce protocole, la seconde moitié devant être débloquée ultérieurement, par étapes liées à la mise en œuvre des engagements réciproques.

Selon le projet, la Banque centrale d’Iran aurait le droit de désigner les banques ou les pays vers lesquels les fonds seraient transférés. Téhéran affirme, pour sa part, souhaiter pouvoir utiliser ces ressources sans restrictions afin de répondre à ses besoins économiques et d’investissement. L’accord ne couvrirait pas la totalité des avoirs iraniens gelés à l’étranger, dont la valeur globale est estimée entre 100 et 120 milliards de dollars. Ces actifs sont répartis entre plusieurs pays et comprennent notamment des recettes pétrolières, des avoirs bancaires et des investissements gelés depuis plusieurs années en raison des sanctions américaines et internationales.

Le calendrier et les modalités de déblocage des fonds ont constitué l’un des principaux points de désaccord entre les deux parties. L’Iran insiste sur leur mise à disposition dans les délais prévus, tandis que les États-Unis conditionnent leur libération complète à la vérification du respect, par Téhéran, de l’ensemble de ses engagements prévus dans le protocole d’accord. Le dossier des avoirs gelés est considéré comme l’une des questions les plus sensibles des négociations, compte tenu de son rôle potentiel dans le soutien à l’économie iranienne, le renforcement des réserves de change et le financement des importations. Washington entend, de son côté, conserver ce dossier comme un levier destiné à garantir le respect intégral des dispositions de l’accord.

Toutefois, après la décision de suspendre le protocole d’accord et dans le contexte de l’escalade actuelle, le dossier des avoirs saisis est désormais devenu un instrument entre les mains de l’administration du président américain pour faire pression sur Téhéran, en réponse à l’utilisation par l’Iran de la carte du détroit d’Ormuz.

Les données de suivi maritime ont fait apparaître une baisse du nombre de pétroliers traversant le détroit d’Ormuz à un seul navire jeudi, soit le niveau le plus faible depuis le 7 mai, alors que les risques pesant sur le trafic maritime au Moyen-Orient persistent et que les cours du pétrole ont de nouveau dépassé les 100 dollars le baril.

Selon les données de la société d’analyse Kpler, un seul pétrolier a franchi le détroit d’Ormuz le 23 juillet, contre trois la veille.

Le très grand pétrolier de brut New Giant, chargé de deux millions de barils de brut irakien de Bassorah, a quitté le détroit mercredi et devrait atteindre le port chinois de Rizhao d’ici la mi-août. Aucun navire n’est entré dans le détroit d’Ormuz mercredi.

L’armée américaine a annoncé tôt vendredi avoir achevé une nouvelle série de frappes contre l’Iran, pour la treizième nuit consécutive. Dans le même temps, les données de Kpler ont révélé que le nombre total de navires transportant des marchandises ayant transité par le détroit de Bab el-Mandeb s’élevait à 32 jeudi, contre 26 la veille.

Parmi ces navires, 14 se dirigeaient vers la mer Rouge, tandis que 18 autres quittaient le détroit en direction du golfe d’Aden.

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