Cartographie du terrorisme en Europe en 2025 : montée des loups solitaires et radicalisation numérique
Une cartographie détaillée du terrorisme en Europe, établie par l’Office européen de police, Europol, révèle les caractéristiques des attaques, l’identité de leurs auteurs ainsi que l’évolution des activités des « loups solitaires ».
Selon un rapport d’Europol, six pays européens ont signalé 24 attaques terroristes en 2025, soit le même nombre qu’en 2024.
Toutefois, l’analyse de ces chiffres révèle une augmentation du nombre d’attaques effectivement commises : neuf attaques ont été menées à terme en 2025, contre seulement six l’année précédente, tandis que les autres projets ont été déjoués avant leur mise à exécution.
Les attaques effectivement perpétrées ont eu lieu dans les pays suivants :
- Allemagne : 4 attaques.
- France : 2 attaques.
- Autriche : 1 attaque.
- Irlande : 1 attaque.
- Espagne : 1 attaque.
Par ailleurs, 15 attaques ont été déjouées en France (8), en Autriche (6) et en Belgique (1).
Ces attaques ont constitué les actes terroristes les plus meurtriers recensés en 2025, faisant cinq morts et 81 blessés.
Les arrestations
Selon Europol, 347 personnes ont été arrêtées dans 16 États membres pour des infractions liées au terrorisme. Ce chiffre retrouve un niveau comparable à celui de 2023, qui avait enregistré 334 arrestations, après être tombé à 289 en 2024.
Le plus grand nombre d’arrestations a été enregistré en Espagne, avec 100 cas, suivie de la France avec 64 cas.
Les motifs des arrestations se répartissaient comme suit :
- Diffusion de propagande terroriste : 91 cas.
- Appartenance à une organisation terroriste : 73 cas.
- Préparation d’une attaque terroriste : 53 cas.
- Participation à des activités organisationnelles terroristes : 40 cas.
- Incitation et menaces : 26 cas.
- Déplacement vers des zones où opèrent des groupes terroristes : 15 cas.
- Financement : 12 cas.
- Exécution d’attaques : 11 cas.
- Autoformation : 7 cas.
- Possession de matériel lié au terrorisme : 6 cas.
- Recrutement : 5 cas.
- Autres infractions terroristes : 2 cas.
Les « loups solitaires »
Le rapport d’Europol conclut que la plupart des terroristes n’étaient pas membres d’organisations dotées de structures hiérarchiques clairement établies. Ils ont plutôt agi seuls ou au sein de petits réseaux réunissant des individus partageant des idéologies extrémistes, leurs contacts s’étendant souvent au-delà des frontières nationales.
Le rapport souligne que toutes les attaques survenues en 2025 ont été commises par des hommes adultes agissant en « loups solitaires ».
Dans certains cas, les auteurs des attaques auraient souffert de problèmes de santé mentale.
L’un des exemples les plus marquants est l’attaque de Munich, en Allemagne, le 13 février 2025. Un jeune homme de 24 ans a percuté avec son véhicule une foule en mouvement, faisant deux morts et 57 blessés. L’auteur a été interpellé sur les lieux de l’attaque.
Les mineurs
En revanche, les enquêtes ont révélé que certaines attaques déjouées avaient été planifiées par des mineurs. Par ailleurs, un nombre important des 347 personnes arrêtées étaient âgées de 18 ans ou moins.
Le 7 octobre 2025, les autorités italiennes ont arrêté un jeune homme de 17 ans, soupçonné de recrutement à des fins terroristes et de possession illégale de matériel dangereux.
L’analyse sécuritaire a révélé que le jeune homme avait été radicalisé en ligne et qu’il avait effectué des recherches liées à l’organisation terroriste État islamique, aux armes et à la fabrication d’explosifs.
Les enquêteurs ont également découvert des documents contenant un serment d’allégeance à l’organisation, qui avait été envoyé à une autre personne partageant ses convictions extrémistes.
Les liens avec l’État islamique
Le rapport indique également que plusieurs auteurs d’attaques perpétrées en Europe en 2025 avaient prêté allégeance à l’État islamique. Toutefois, dans la plupart des cas, les preuves démontrant qu’ils avaient reçu des ordres directs de l’organisation demeuraient limitées.
L’organisation n’a par ailleurs revendiqué la majorité de ces attaques.
Le rapport fait néanmoins état d’un cas dans lequel le lien avec l’organisation était clairement établi. Le 18 mai 2025, un homme de 35 ans a poignardé plusieurs personnes à l’extérieur d’un bar dans la ville allemande de Bielefeld, faisant quatre blessés graves.
L’enquête a révélé que l’auteur avait rejoint l’État islamique en Syrie au moins depuis mai 2015 et qu’il avait maintenu ses liens avec l’organisation après son arrivée en Allemagne à l’été 2023.
Internet : une porte d’entrée vers le recrutement
Selon Europol, Internet est resté la principale source d’alimentation de l’idéologie extrémiste chez la majorité des suspects arrêtés, que ce soit par le biais de la propagande directe de l’État islamique ou via les réseaux sociaux et les plateformes de messagerie.
Le rapport indique que certains suspects ont manifesté simultanément leur soutien à l’État islamique et à Al-Qaïda, ou à d’autres groupes terroristes.
D’autres, en revanche, se sont révélés être en contact direct avec des membres de groupes extrémistes présents dans des pays tels que l’Afghanistan, le Pakistan et l’Irak.
Le 18 juin 2025, les autorités italiennes ont arrêté un homme de 20 ans soupçonné d’appartenir à l’État islamique, après qu’il eut diffusé du matériel de propagande via une plateforme de messagerie. Les autorités ont également découvert en sa possession des matériaux susceptibles d’être utilisés pour fabriquer des armes et des engins explosifs.
L’enquête a établi que cet individu était en contact avec un membre de l’État islamique au Khorasan (ISKP) en Afghanistan, avec lequel il aurait planifié des attaques en Occident.
Un coup porté à la machine de propagande de l’État islamique
Le même rapport fait également état d’un recul du volume de la propagande officielle de l’État islamique diffusée par ses différentes branches régionales en 2025. L’organisation n’aurait publié qu’un nombre limité de vidéos, sans messages directs émanant de sa direction.
La plateforme Al-Azaim, l’un des principaux médias favorables à l’État islamique, qui avait joué un rôle dans l’intensification des menaces en Europe liées à l’État islamique au Khorasan en 2024, a également subi un coup sévère après l’arrestation de l’un de ses principaux membres lors d’une opération conjointe menée par la Turquie et le Pakistan, selon le rapport.
Cette arrestation a entraîné une forte baisse de sa production de propagande terroriste, réduisant ainsi la capacité de l’organisation à diffuser ses messages et à mobiliser ses partisans en Europe.
