Les milices liées aux factions demandent le désarmement des tribus avant de procéder à leur propre désarmement
Des groupes armés proposent d’inclure les armes détenues par les tribus dans le sud et l’ouest de l’Irak, ainsi que les armes détenues par d’autres formations, en référence aux peshmergas, sans oublier l’arsenal du Parti des travailleurs du Kurdistan, dans le cadre des efforts visant à placer les armes sous le contrôle de l’État, dans une nouvelle démarche visant à rendre le processus pratiquement impossible.
Des dirigeants de factions armées irakiennes ont appelé à l’adoption d’une loi globale encadrant le dossier du monopole de l’État sur les armes, couvrant l’ensemble des acteurs et des régions. Cette initiative révèle l’existence, au sein des factions, d’une tendance à redéfinir les conditions de traitement de la question du désarmement et à la lier à des mesures juridiques et politiques plus larges, selon ce qu’a révélé une source au fait des travaux de la commission mise en place par le Cadre de coordination pour négocier avec les factions.
La source a déclaré vendredi au site irakien kurde Shafaq News que des dirigeants de factions avaient informé les responsables du Cadre de coordination que le traitement de la question des armes ne devait pas se limiter aux forces chiites, mais devait englober toute formation armée ou toute partie détenant des armes en dehors des institutions de l’État. Cette proposition prévoit de soumettre le dossier au Parlement afin qu’il adopte une législation définissant les mécanismes permettant de placer les armes sous le contrôle de l’État, de les réglementer et d’en assurer la gestion, plutôt que de laisser la question à des mesures gouvernementales directes.
L’élargissement du périmètre du dossier semble constituer l’une des conditions avancées par les factions au cours des négociations. Celles-ci proposent d’y inclure les armes des tribus du sud et de l’ouest de l’Irak, ainsi que les armes détenues par d’autres formations, sans oublier l’arsenal du Parti des travailleurs du Kurdistan. Certaines positions exprimées au cours de ce débat laissent également entendre qu’il serait nécessaire d’inclure les armes des peshmergas et des forces kurdes dans tout dispositif global, ce qui élargirait le cercle des parties concernées et rendrait la mise en œuvre de cette exigence encore plus complexe.
Ces revendications semblent traduire une volonté de déplacer le débat, d’une question fondamentale portant sur l’avenir des armes détenues par les factions vers un dossier national plus vaste, permettant ainsi de redistribuer la responsabilité entre les différentes forces et régions. Une telle démarche pourrait offrir aux factions une marge de manœuvre pour temporiser ou négocier de nouvelles modalités, notamment si le processus de placement des armes sous le contrôle de l’État se transforme en une longue procédure législative au Parlement.
Selon la source, une commission spécialisée devrait commencer à élaborer un projet de loi portant sur le placement des armes sous le contrôle de l’État, leur réglementation et leur gestion. Le texte devra ensuite faire l’objet d’un examen juridique avant d’être soumis au Parlement, avec la participation des forces politiques à sa rédaction. Ce mécanisme ouvre la voie à de vastes débats sur la définition des armes échappant au contrôle de l’État, les parties concernées par les mesures et le calendrier de leur mise en œuvre.
Cette évolution intervient alors que se rapproche l’échéance fixée par les forces politiques irakiennes pour placer les armes sous l’autorité des institutions officielles. Le 30 septembre constitue ainsi une échéance politique à partir de laquelle l’État est censé entrer dans une phase plus déterminée dans son traitement de toute activité armée menée en dehors de ses institutions.
Parallèlement au processus politique, les services de sécurité irakiens ont relevé leur niveau d’alerte en prévision d’une éventuelle transformation du différend sur les armes en confrontation. Les mesures comprennent un renforcement de l’état de préparation ainsi que l’annulation des congés de certains commandants et responsables militaires, alors que le gouvernement cherche à éviter un affrontement direct avec les factions tout en maintenant son exigence d’un monopole de l’État sur les armes.
Les divergences entre les positions des factions révèlent la difficulté de parvenir à un accord définitif. Alors que certaines forces se montrent disposées à réorganiser leur statut militaire au sein des institutions de l’État, les Brigades du Hezbollah, le mouvement al-Nujaba et les Brigades Sayyid al-Shuhada refusent d’abandonner leurs capacités militaires et lient l’avenir de leurs armes au retrait des forces étrangères ainsi qu’à des garanties concernant la capacité de l’État à protéger l’Irak.
Certaines factions tentent également de lier ce dossier à la présence militaire de la coalition internationale, dont la date de retrait coïncide avec l’échéance fixée pour le placement des armes sous le contrôle de l’État. Cela reflète une volonté de faire du renoncement aux capacités militaires un élément d’un accord politique et sécuritaire plus large, plutôt que de l’exécuter comme un engagement distinct envers l’autorité de l’État.
Ainsi, le différend ne semble pas porter uniquement sur le principe du monopole de l’État sur les armes, qui bénéficie d’un consensus politique affiché, mais plutôt sur les modalités, le périmètre et le calendrier de sa mise en œuvre. Plus les factions élargiront le nombre d’acteurs à intégrer dans l’équation, des tribus aux forces kurdes, plus il sera difficile de transformer le principe politique en mesures concrètes susceptibles de mettre fin à la multiplicité des centres de pouvoir armé en Irak.
