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La crise des devises et des importations alourdit le coût de la vie et confronte les autorités de Port-Soudan à la colère des marchés


La crise économique au Soudan entre dans une phase plus délicate, marquée par des tensions persistantes sur le marché des devises et par un écart croissant entre les ressources disponibles pour financer les importations et les besoins réels de l’économie. Dans les territoires administrés par les autorités de Port-Soudan, les conséquences ne se limitent plus aux banques ou aux marchés des changes. Elles se manifestent dans tous les aspects du quotidien, des prix du pain, de l’huile et du sucre aux tarifs des transports et aux coûts de production.

Le cœur du problème réside dans le déséquilibre entre les exportations et les importations. L’économie a besoin de devises pour financer les biens et les services achetés à l’étranger, mais les recettes d’exportation ne suffisent pas à couvrir ces besoins. Les données du premier semestre 2026 illustrent clairement ce déséquilibre : les exportations ont atteint environ 1,816 milliard de dollars, tandis que les importations ont dépassé 4,516 milliards de dollars.

L’économie doit donc constamment mobiliser des sources supplémentaires de devises, qu’il s’agisse de transferts de fonds, de réserves ou d’autres flux financiers. Or, ses capacités de production et de commerce subissent de fortes pressions en raison de la guerre, des dommages aux infrastructures et de la fragmentation des marchés.

Le citoyen paie la facture du déséquilibre économique

Lorsque les besoins en dollars augmentent alors que l’offre diminue, leur coût d’acquisition s’élève. L’importateur doit dépenser davantage de livres soudanais pour obtenir la même quantité de devises. Cette augmentation se répercute ensuite sur le prix des marchandises.

Le mécanisme paraît financier à l’origine, mais ses conséquences sont sociales. Le consommateur qui achète de la farine, de l’huile ou du sucre ne voit pas directement ce qui se passe sur le marché des devises. Il en constate toutefois les effets sur sa facture.

À mesure que les prix augmentent, les revenus des ménages permettent de moins en moins de couvrir leurs besoins. Un salaire qui finançait auparavant une part importante des dépenses mensuelles devient rapidement insuffisant face à l’évolution du marché. Les familles doivent alors revoir leurs priorités, reporter certaines dépenses et réduire les budgets consacrés à l’éducation, à la santé, aux vêtements et à d’autres besoins pour préserver ceux de l’alimentation et des transports.

Les entrepreneurs subissent eux aussi des pressions accrues. L’importateur a besoin de davantage de capital pour acheter les mêmes quantités, le commerçant doit réviser régulièrement ses prix, tandis que le producteur local fait face au renchérissement des matières premières, de l’énergie et des transports.

La livre soumise à une double pression

La dépréciation de la livre ne résulte pas d’un seul facteur. La guerre a affaibli la production, les exportations ont reculé et les réserves de change sont limitées, tandis que la demande d’importations reste élevée. La Banque africaine de développement a souligné que la faiblesse persistante des recettes d’exportation et la forte demande de devises figurent parmi les principales causes des pressions sur la monnaie soudanaise, dans un contexte de déséquilibres extérieurs et budgétaires durables.

La dépréciation de la livre renchérit les produits importés. Mais ses effets ne se limitent pas aux marchandises directement achetées à l’étranger : les produits locaux peuvent également devenir plus chers lorsqu’ils dépendent d’intrants importés, de carburant ou de pièces détachées dont les prix sont fixés en devises.

Ce mécanisme contribue à diffuser l’inflation dans l’ensemble de l’économie. Une monnaie faible augmente les coûts ; des coûts plus élevés font monter les prix ; la hausse des prix réduit le pouvoir d’achat ; et le recul du pouvoir d’achat affaiblit la demande et l’activité commerciale.

Des données publiées en juillet 2026 indiquent que l’inflation annuelle a atteint 51,28 % en juin, avec une hausse généralisée des prix des biens de consommation, parallèlement à la dépréciation de la livre.

Les marchés confrontés au manque de liquidités et à la faiblesse de la demande

Le paradoxe du marché soudanais est que les prix augmentent sans que les commerçants réalisent nécessairement davantage de bénéfices. Dans de nombreux cas, le coût du renouvellement des stocks progresse au point de fragiliser les marges.

Un commerçant ayant acheté un produit à un certain prix une semaine auparavant peut découvrir qu’il ne peut plus se procurer la même quantité au même coût. S’il vend son stock à l’ancien prix, il risque de ne plus disposer des moyens nécessaires pour le reconstituer. Il fixe donc ses prix en fonction du coût de remplacement, c’est-à-dire du montant qu’il prévoit de payer pour acheter à nouveau la marchandise.

Cette pratique renforce chez le consommateur le sentiment d’une hausse des prix, tout en révélant un problème plus profond : la disparition de la stabilité des prix.

Avec l’érosion du pouvoir d’achat, les consommateurs réduisent leurs achats. Le commerce doit alors composer avec une équation difficile : des coûts plus élevés et une demande plus faible. Si cette situation persiste, les échanges peuvent ralentir et certaines petites entreprises fermer ou réduire leurs activités.

Le carburant, vecteur d’inflation dans tous les secteurs

Le carburant constitue l’un des dossiers les plus sensibles. Les difficultés à obtenir les devises nécessaires aux importations ou à régler les fournisseurs peuvent perturber l’approvisionnement, particulièrement lorsque les capacités locales de raffinage sont limitées et endommagées.

En septembre 2026, des rapports ont fait état du retour des files d’attente aux stations-service à Khartoum et dans plusieurs régions, alors que le dollar dépassait 8 000 livres sur le marché parallèle.

Les conséquences sont étendues, car le carburant intervient dans les transports, la production et les services. Les camions transportant la farine, le sucre ou l’huile d’une région à l’autre en ont besoin ; les usines ont besoin d’énergie ; les agriculteurs utilisent du carburant pour leurs machines ; et les citoyens dépendent des transports pour se rendre au travail ou au marché.

La hausse du carburant ne se contente donc pas d’alourdir les dépenses de transport : elle modifie la structure des coûts de toute l’économie.

En août 2026, plusieurs États ont annoncé une baisse des prix de certains produits pétroliers après une intervention de la banque centrale visant à fournir les devises nécessaires aux importations de carburant. Cet épisode montre à quel point les prix de l’énergie sont liés au marché des devises.

L’alimentation au cœur de la crise

Lorsque les prix de la farine, de l’huile et du sucre augmentent, les citoyens ressentent que la crise a quitté le seul champ économique pour atteindre la table familiale. Ces produits ne sont pas des biens de luxe dont l’achat peut facilement être reporté. Leur renchérissement pèse donc directement sur les budgets des ménages.

Les rapports de suivi des marchés indiquent que les prix de la farine, de l’huile alimentaire, du sucre et du carburant ont augmenté en 2026, parallèlement à une moindre disponibilité de certains produits.

Le prix de la farine, par exemple, ne dépend pas uniquement de celui du blé. Il intègre les coûts de transport, de mouture, d’énergie et de stockage, ainsi que les droits et les frais. Lorsque la livre se déprécie, chaque composante liée aux importations devient plus coûteuse.

Il en va de même pour l’huile et le sucre, tandis que la hausse du carburant renchérit leur transport et leur distribution. Les augmentations s’accumulent ainsi avant que le produit n’atteigne le consommateur.

Les restrictions à l’importation compliquent davantage la situation

Les importations sont également soumises à des restrictions et à des procédures susceptibles d’imposer de nouvelles charges au marché. En 2026, des importateurs soudanais ont critiqué les décisions gouvernementales interdisant l’importation de plus de 40 produits, estimant qu’elles n’avaient pas stabilisé le taux de change et avaient accentué les pressions sur les prix.

D’un point de vue économique, limiter les importations de produits non essentiels peut réduire la demande de devises. La réussite de cette politique dépend toutefois de la nature des produits concernés et de la capacité de la production locale à fournir des solutions de remplacement.

Si les restrictions provoquent une contraction de l’offre, les prix risquent d’augmenter plutôt que de diminuer. Dans un marché déjà fragilisé par la faiblesse de la monnaie et les coûts élevés du transport, toute pénurie supplémentaire peut favoriser la spéculation, la rétention de stocks ou de nouvelles hausses de prix.

Les taxes et les droits ajoutent une autre couche de coûts. Plus les prélèvements liés à l’entrée des marchandises augmentent, plus leur prix final s’élève, laissant au consommateur une grande partie de la charge.

Les pressions économiques peuvent-elles devenir politiques ?

Pour les autorités de Port-Soudan, le problème ne concerne pas seulement la gestion du marché. Il tient aussi à leur capacité à convaincre les citoyens que les mesures économiques ouvrent la voie à une solution durable.

La population ne juge pas la réussite des politiques économiques uniquement à partir des indicateurs officiels. Ses critères quotidiens sont le prix du pain, la disponibilité du carburant, les prix des marchandises, les tarifs des transports et la capacité des familles à satisfaire leurs besoins.

La persistance de la crise peut donc alimenter le mécontentement intérieur, notamment si elle s’accompagne du sentiment que les mesures gouvernementales n’apportent aucune amélioration concrète à la vie des citoyens.

La banque centrale a déjà pris des mesures pour fournir des devises aux banques et financer les importations, notamment en injectant des fonds en monnaies étrangères en 2026. Ces interventions monétaires restent toutefois une réponse temporaire si elles ne s’accompagnent pas d’une augmentation durable de la production et des exportations.

La crise des devises est, au fond, une crise de capacité économique. Tant que les importations resteront supérieures aux exportations et que les ressources en devises demeureront limitées, la livre restera sous pression, les prix risqueront de continuer à augmenter et les citoyens resteront le maillon le plus vulnérable de cette chaîne.

Apaiser le mécontentement intérieur lié à l’économie ne peut donc pas reposer uniquement sur des injections de devises ou sur des restrictions imposées au marché. Il faut reconstruire les capacités de production, relancer les exportations, améliorer l’environnement commercial, stabiliser l’approvisionnement en carburant, alléger la charge fiscale et, surtout, restaurer le pouvoir d’achat des citoyens.

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