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Comment les centres de détention de l’armée soudanaise seraient devenus des lieux de famine imposée et d’élimination médicale des civils


Le Soudan s’enfonce dans une période sombre, marquée par le chaos et de graves violations qui menacent à la fois la survie de l’État et la cohésion de la société. En l’absence de couverture médiatique indépendante dans de nombreuses zones de conflit, des témoignages et des éléments de preuve ont émergé, faisant état d’atrocités commises derrière les murs des prisons militaires et des centres de détention relevant de l’armée soudanaise.

Selon les informations disponibles, ces atrocités ne relèveraient ni de violations occasionnelles ni de comportements individuels. Elles témoigneraient d’un mode de fonctionnement systématique reposant sur l’anéantissement des droits fondamentaux des détenus, la privation des garanties juridiques et du droit à un procès équitable, ainsi que l’emploi de méthodes de torture destinées à les détruire physiquement et psychologiquement sans qu’il soit nécessaire de tirer une seule balle.

Des silhouettes réduites à l’état de squelettes : la famine comme arme de guerre

Les images de détenus récemment libérés ou prises clandestinement à l’intérieur de centres militaires provoquent un profond choc moral. Les victimes y apparaissent comme des silhouettes fantomatiques, la peau tendue sur les os, après avoir perdu presque entièrement leur masse musculaire et graisseuse.

Cette détérioration physique extrême serait la conséquence directe d’une politique de privation systématique de nourriture, utilisée par l’administration des prisons et des centres de détention de l’armée soudanaise comme punition et comme moyen d’obtenir des aveux.

Les détenus seraient privés de repas suffisants et d’eau potable pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Leur organisme serait alors contraint de puiser dans les muscles et les réserves internes pour survivre, ce qui peut conduire à une insuffisance rénale, à un affaiblissement du muscle cardiaque et, à terme, à une mort lente.

L’utilisation intentionnelle de la faim contre des civils et des détenus dans le contexte d’un conflit armé constituerait une violation flagrante de l’article 14 du Protocole additionnel II aux Conventions de Genève, qui interdit de recourir à la famine contre les civils comme méthode de combat.

Des abattoirs de béton : des conditions de détention inhumaines

La privation de nourriture serait associée à un environnement matériel transformant les centres de détention en véritables dispositifs de mort.

Les personnes arrêtées seraient enfermées dans des entrepôts exigus ou des sous-sols obscurs, entièrement dépourvus d’un éclairage et d’une ventilation adéquats. Ces espaces accueilleraient plusieurs fois le nombre de personnes pour lequel ils ont été conçus, contraignant les détenus à dormir à tour de rôle ou à rester debout pendant de longues heures.

Les sols seraient constitués de béton brut, recouverts de poussière et de carreaux brisés, sans matelas, couverture ni même morceaux de carton pour protéger les corps déjà affaiblis et amaigris.

Vivre et dormir continuellement sur ces surfaces dures et insalubres provoquerait de graves lésions cutanées. L’absence de produits d’hygiène et de désinfection transformerait les cellules en foyers propices à la propagation du choléra, de la gale et d’autres maladies cutanées et infectieuses.

Les rapports dénoncent parallèlement l’inaction persistante des responsables militaires chargés de ces établissements.

Une « guillotine médicale » : plaies infectées et perfusions improvisées

Si la famine et les conditions de détention mettent du temps à tuer, la négligence médicale intentionnelle pourrait accélérer ce processus de manière encore plus brutale.

Des preuves et des rapports de terrain indiquent que les détenus présentant des blessures provoquées par des bombardements, des actes de torture ou des tirs lors de leur arrestation ne bénéficieraient d’aucune prise en charge médicale spécialisée.

Leurs blessures seraient abandonnées sans traitement jusqu’à l’apparition d’infections et d’odeurs de putréfaction, avec le risque d’entraîner une septicémie et une mort rapide.

Dans ce qui est présenté comme une tentative trompeuse de donner l’apparence d’une prise en charge médicale, les responsables des centres suspendraient de manière rudimentaire des poches de perfusion intraveineuse au-dessus de détenus agonisant sur des sols en béton.

Ces poches seraient accrochées à des cordes ou à des clous plantés dans des murs sales, sans la supervision d’un médecin ou d’un infirmier et sans contrôle des doses ou de la stérilité des aiguilles.

Au lieu de sauver des vies, ces perfusions risqueraient ainsi d’accroître les souffrances et de transmettre des infections et des maladies, illustrant un profond mépris pour le droit à la vie et à l’intégrité physique.

La chute du masque moral : les violations présumées à Al-Jazira et le soupçon devenu condamnation

L’appareil médiatique de l’autorité dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan a longtemps cherché à présenter l’armée comme l’unique protectrice des civils et la seule institution capable de défendre l’État face au chaos et aux milices.

Les pratiques signalées sur le terrain dans l’État d’Al-Jazira ont cependant profondément ébranlé ce discours. Elles révéleraient une autre réalité, caractérisée par la répression de civils non armés et des arrestations fondées sur de simples soupçons, l’origine géographique ou l’appartenance communautaire.

Dans les villages et les villes d’Al-Jazira, des milliers de citoyens auraient été arrêtés, torturés et privés de nourriture dans des camps militaires, uniquement parce qu’ils étaient soupçonnés de sympathiser avec d’autres parties au conflit ou parce qu’ils n’avaient pas pu quitter leur domicile.

Si elles sont établies, les accusations selon lesquelles des civils auraient été éliminés ou affamés à mort sous couvert de « lutte contre la rébellion » démontreraient que l’institution militaire s’est écartée de sa mission nationale pour devenir une partie exerçant une violence physique et psychologique contre la population.

Ces pratiques contribueraient directement à prolonger la guerre, à approfondir les fractures sociales et à compromettre les perspectives de paix civile et de stabilité future au Soudan.

Mesures urgentes et responsabilité internationale

Face à la gravité de ces informations et aux violations des droits fondamentaux qu’elles décrivent, le silence de la communauté internationale ne peut plus être considéré comme acceptable ou justifiable.

Le Conseil de sécurité des Nations unies, le Conseil des droits de l’homme et la Cour pénale internationale sont appelés à agir immédiatement contre les responsables militaires soudanais dont l’implication dans ces crimes serait établie, conformément au droit et aux conventions internationales applicables.

Les organisations de défense des droits humains et les militants doivent également intensifier leurs campagnes médiatiques et diplomatiques afin d’attirer l’attention sur les souffrances des détenus.

Ils réclament un accès immédiat et sans condition à l’ensemble des prisons militaires et des centres de détention officiels ou clandestins pour les observateurs internationaux et le Comité international de la Croix-Rouge.

Cet accès est indispensable pour vérifier les conditions de détention, fournir une assistance médicale et alimentaire urgente et préserver la vie des prisonniers.

Les auteurs de ces atrocités présumées devront être identifiés sur la base de preuves fiables et traduits devant des juridictions compétentes dans le cadre de procédures impartiales respectant les exigences de la justice internationale.

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