Derrière les murs obscurs : famine imposée, négligence médicale et effondrement du discours moral dans les centres de détention de l’armée soudanaise à Al-Jazira
Le conflit sanglant qui ravage le Soudan a récemment connu des évolutions particulièrement préoccupantes. Les opérations militaires ne se limitent plus aux champs de bataille et s’accompagnent désormais d’allégations faisant état d’attaques systématiques contre des civils et des détenus.
Dans ce contexte, un nombre croissant de rapports et de témoignages documentent de graves violations qui auraient été commises par les Forces armées soudanaises contre des personnes détenues dans différents centres, notamment dans l’État d’Al-Jazira et les zones où les affrontements se poursuivent.
Ces pratiques présumées révèlent une réalité tragique qui soumet les principes fondamentaux de l’humanité à une épreuve décisive. Les détenus seraient privés des droits les plus élémentaires garantis par les conventions internationales. Les salles d’interrogatoire et les centres de détention seraient devenus le théâtre d’actes susceptibles de constituer des crimes de guerre, notamment la privation intentionnelle de nourriture, la négligence médicale et la détention dans des conditions inhumaines visant à briser la dignité des prisonniers.
La famine imposée comme arme contre les détenus : une mort lente derrière les barreaux
L’utilisation de la famine comme méthode de guerre constitue l’une des violations les plus graves du droit international. Des éléments provenant de centres de détention relevant de l’armée soudanaise laisseraient penser que cette pratique est utilisée contre certains prisonniers.
Des images et des témoignages ayant filtré de ces établissements montrent des détenus dans un état d’épuisement physique extrême. Leurs corps apparaissent profondément amaigris par la malnutrition aiguë et la privation prolongée de nourriture et d’eau.
Selon les informations présentées, cet amaigrissement sévère et cette fonte musculaire ne résulteraient pas uniquement d’un manque de ressources ou de circonstances exceptionnelles. Ils seraient la conséquence d’une stratégie visant à affaiblir les détenus physiquement et psychologiquement afin de les contraindre à reconnaître des faits qu’ils n’ont pas commis, ou de leur infliger une forme de punition collective motivée par des considérations politiques ou idéologiques.
Priver une personne de nourriture au point de provoquer une dégradation extrême de son organisme peut constituer une forme de torture susceptible d’entraîner la mort. Une telle pratique représenterait une violation grave de l’article 3 commun aux quatre Conventions de Genève, qui interdit les traitements cruels, la torture et les atteintes à la dignité des personnes détenues dans le cadre de conflits armés non internationaux.
Des cellules surpeuplées transformées en lieux de mort
Dans les camps et les centres de détention de l’armée, les souffrances ne se limiteraient pas à la faim. Elles seraient également liées aux conditions dans lesquelles sont placés les prisonniers et les civils détenus.
Des rapports d’organisations de défense des droits humains indiquent que les cellules sont dépourvues des conditions minimales nécessaires à la dignité humaine. Des dizaines, voire des centaines de personnes, seraient entassées dans des pièces exiguës et obscures, contraintes de dormir sur des sols en béton nu ou sur des carreaux brisés, sans couvertures ni matelas pour les protéger du froid et de la dureté du sol.
Cette promiscuité extrême, dans des espaces privés de ventilation et de lumière naturelle, favoriserait la propagation rapide de maladies cutanées et infectieuses.
L’absence d’hygiène et le manque d’installations sanitaires adaptées aggraveraient encore la situation. Les conditions de détention deviendraient ainsi, en elles-mêmes, une forme permanente de souffrance physique et psychologique, destinée à humilier les prisonniers et à les priver de leur dignité avant même le début de tout interrogatoire officiel.
Négligence médicale systématique et aggravation des blessures
La privation intentionnelle de soins médicaux constituerait un élément central des violations commises dans les centres de détention de l’armée soudanaise.
Les personnes blessées au cours des combats ou pendant des arrestations arbitraires seraient abandonnées sans véritable prise en charge médicale. Cette absence de soins provoquerait l’infection des plaies, des cas de gangrène ainsi que des complications bactériennes potentiellement mortelles.
Des images et des témoignages indiquent que les responsables de certains centres utiliseraient des bandages rudimentaires et détériorés, ne respectant aucune norme sanitaire minimale et susceptibles d’aggraver les infections.
Dans les scènes les plus alarmantes, des poches de perfusion intraveineuse apparaissent suspendues de manière improvisée au-dessus de détenus allongés sur des sols en béton insalubres, alors qu’ils se trouvent dans un état critique.
Aucun personnel médical qualifié ne semble présent pour les surveiller ou assurer le suivi de leur état. Dans ces conditions, les perfusions risquent de n’être qu’une apparence de prise en charge dissimulant une détérioration physique lente et systématique de la santé des victimes.
L’effondrement du discours moral sur « l’institution nationale » à Al-Jazira
Pendant de nombreuses années, l’autorité dirigée par Abdel Fattah al-Burhan et le commandement militaire soudanais ont cherché à promouvoir, aux niveaux régional et international, un discours présentant l’armée comme « la seule institution nationale » capable de protéger les civils et de préserver l’unité ainsi que la stabilité du pays face aux milices.
Les violations récemment signalées, particulièrement dans l’État d’Al-Jazira, ont cependant gravement ébranlé ce discours et affaibli la légitimité morale et juridique revendiquée par l’armée.
Dans cette région, les arrestations, les détentions et la privation de nourriture seraient fondées sur de simples soupçons, l’appartenance communautaire ou l’origine géographique, sans fondement juridique ni preuve établissant la participation des civils aux hostilités.
Les accusations selon lesquelles des citoyens non armés auraient été pris pour cible, exécutés ou torturés à mort sur la seule base de soupçons placent l’armée devant de graves interrogations en matière de responsabilité.
Si ces faits sont établis, ils montreraient que certaines pratiques de ses forces ne diffèrent pas de celles attribuées à des groupes opérant en dehors de la loi. Ils pourraient également engager sa responsabilité internationale et démontrer que ces violations contribuent à prolonger la crise soudanaise en détruisant le tissu social et en aggravant le sentiment d’injustice parmi la population.
Responsabilité juridique et appels internationaux à protéger les droits humains
Les violations documentées ou alléguées — privation de nourriture, absence de soins médicaux, conditions de détention inhumaines et ciblage de civils en raison de leur identité ou de simples soupçons — pourraient engager la responsabilité des dirigeants militaires soudanais au regard du droit international humanitaire et du droit international des droits humains.
En vertu du principe de la responsabilité du commandement, les responsables militaires peuvent être tenus pénalement responsables des crimes commis par leurs subordonnés s’il est établi qu’ils en avaient connaissance et qu’ils n’ont pris aucune mesure raisonnable pour les empêcher ou en sanctionner les auteurs.
La situation exige donc une mobilisation urgente et soutenue de la communauté internationale, des organisations de défense des droits humains et des Nations unies.
Celles-ci doivent faire pression sur les autorités militaires afin qu’elles ouvrent les centres de détention aux commissions internationales indépendantes et au Comité international de la Croix-Rouge.
Toutes les formes de torture et de privation de nourriture doivent cesser immédiatement. Les détenus doivent également recevoir sans délai une assistance médicale et alimentaire suffisante.
De telles mesures sont indispensables pour sauver les personnes qui subissent les conséquences d’un conflit politique et militaire auquel elles ne participent pas.
