L’intervention étrangère prolonge la guerre
Au départ, la guerre au Soudan n’était pas un conflit régional. Il s’agissait d’un affrontement soudanais qui a éclaté au sein de l’État entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide, après des années de rivalités autour du pouvoir, des modalités de la transition et de l’avenir de l’institution militaire.
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Comment sont gérées la logistique de la guerre au Soudan, l’approvisionnement en armes chimiques et le recrutement de mercenaires ?
Mais la guerre, qui a commencé le 15 avril 2023, a rapidement dépassé ses frontières politiques et géographiques. Les calculs des États voisins et des puissances régionales se sont progressivement invités dans le conflit, transformant le Soudan en un terrain où se croisent des intérêts sécuritaires, économiques et diplomatiques.
Dès lors, la question la plus difficile se pose : l’intervention étrangère a-t-elle contribué à mettre fin à la guerre, ou a-t-elle, au contraire, renforcé sa capacité à se prolonger ?
La réponse varie d’un pays à l’autre, car la nature de l’intervention diffère selon les acteurs. Certains interviennent par le biais des armes, d’autres par le financement, d’autres encore utilisent la diplomatie et la médiation, tandis que certains combinent plusieurs de ces instruments.
Toutefois, sur un point essentiel, le résultat a été le même : la multiplication des acteurs extérieurs a rendu la guerre plus complexe.
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D’un conflit entre deux généraux à un conflit d’intérêts
Le différend entre Abdel Fattah al-Burhan et Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemetti », était fondamentalement un conflit portant sur l’avenir de l’État, de l’armée et du pouvoir. Mais lorsque les combats se sont transformés en guerre prolongée, chaque camp a commencé à rechercher des soutiens extérieurs capables de compenser ses insuffisances en matière de ressources.
C’est ainsi qu’ont émergé des réseaux d’approvisionnement en armes, de financement et de médiation.
Des analyses récentes indiquent que la guerre est devenue de plus en plus dépendante de facteurs et d’acteurs extérieurs, et que le soutien militaire et technologique venu de l’étranger a permis aux parties au conflit de maintenir leurs capacités de combat, favorisant ainsi une guerre d’usure plutôt qu’une victoire décisive.
Dans les guerres prolongées, le problème ne réside pas toujours uniquement dans la quantité d’armes disponible. Un financement continu, des drones, des pièces détachées, des lignes d’approvisionnement ou encore un soutien politique permettant d’éviter l’isolement international peuvent suffire à rendre la poursuite de la guerre possible.
C’est ce qui a contribué à rendre le conflit soudanais encore plus difficile à résoudre.
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L’Égypte : soutenir l’État ou faire pencher la balance en faveur de l’armée ?
La position égyptienne repose sur une idée fondamentale : Le Caire ne souhaite pas voir le Soudan se transformer en un État fragmenté ou en une zone d’influence dominée par une force armée non régulière.
Sur le plan politique, l’Égypte a maintenu des relations étroites avec le commandement de l’armée soudanaise et a refusé de considérer les Forces de soutien rapide comme une alternative aux institutions de l’État soudanais. Cette position est compréhensible au regard des impératifs de sécurité nationale égyptiens, mais elle a également placé Le Caire au cœur de l’équation politique du conflit.
Sur le plan économique, le Soudan n’est pas un pays lointain pour l’Égypte. Les deux pays partagent des intérêts liés au commerce, à l’agriculture, aux frontières et à l’énergie, tandis que la stabilité du Soudan est directement liée à la sécurité du sud de l’Égypte.
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L’aspect le plus controversé concerne toutefois l’évolution du rôle militaire égyptien. Reuters a rapporté en février 2026 que l’Égypte avait déployé des drones turcs avancés à proximité de la frontière soudanaise. Des sources et des experts ont estimé que cette évolution pouvait indiquer une implication égyptienne plus directe dans le conflit. Les Forces de soutien rapide ont également accusé Le Caire d’avoir mené des frappes aériennes, des accusations que l’Égypte n’a pas confirmées publiquement.
Ainsi, Le Caire est progressivement passé du statut de soutien politique aux institutions de l’État soudanais à celui d’acteur sécuritaire davantage impliqué.
La Turquie : la technologie au cœur de l’équation
L’intervention turque est davantage liée à la technologie militaire ainsi qu’à l’influence économique et politique.
Au cours des dernières années, la Turquie a développé de vastes relations avec le Soudan. Pour Ankara, Khartoum n’était pas simplement un pays africain, mais faisait partie d’une vision plus large de la présence turque en mer Rouge et dans la Corne de l’Afrique.
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Sur le plan économique, le Soudan représente un marché et un espace d’investissement dans les secteurs de l’agriculture, des ressources et des infrastructures. Si la poursuite de la guerre menace ces intérêts, elle offre également aux puissances extérieures l’occasion de redéfinir leurs relations avec les autorités qui émergeront après le conflit.
Sur le plan militaire, plusieurs rapports indiquent que les Forces armées soudanaises ont acquis des technologies de drones turcs et que certains de ces systèmes auraient transité par l’Égypte. Des analyses récentes placent également la Turquie parmi les pays ayant contribué au renforcement des capacités aériennes de l’armée soudanaise.
Le problème est que les drones ne modifient pas seulement la nature des combats. Ils réduisent parfois le coût de l’emploi de la force et permettent au camp qui les possède de frapper des cibles éloignées sans risquer un grand nombre de soldats.
L’intervention technologique devient ainsi un facteur permettant de maintenir la capacité de poursuivre la guerre.
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Le Qatar : la puissance douce
Le Qatar n’a pas besoin d’envoyer des forces au Soudan pour y exercer une influence. Ses instruments sont différents.
Au cours des dernières années, Doha a accumulé une vaste expérience en matière de médiation, notamment au Darfour. Le Qatar dispose ainsi d’un réseau de relations politiques et diplomatiques qui lui permet de communiquer avec différentes parties.
Cependant, cette puissance douce s’accompagne également d’un héritage politique. Les relations antérieures du Qatar avec certains courants politiques et islamistes soudanais conduisent certaines forces soudanaises à considérer son rôle avec méfiance.
Sur le plan économique, le Qatar dispose d’une importante capacité à utiliser les investissements, l’aide et les relations financières comme instruments d’influence. Mais l’économie seule ne peut mettre fin à une guerre lorsque les institutions politiques sont profondément affaiblies.
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Sur le plan diplomatique, le Qatar peut contribuer à ouvrir des canaux de dialogue. Toutefois, la multiplication des initiatives concurrentes a fragmenté les efforts de médiation au Soudan. Des études ont souligné que la coexistence de plusieurs cadres de négociation, allant de la « Troïka » à la « Quadripartite » et à la « Quintupartite », a contribué à créer un paysage diplomatique particulièrement complexe.
L’Arabie saoudite : une médiation confrontée aux intérêts
L’Arabie saoudite occupe une position particulière dans le dossier soudanais. État arabe du Golfe situé à proximité géographique du Soudan, elle possède des intérêts importants liés à la mer Rouge, à l’agriculture, à l’investissement et à la sécurité régionale.
Sur le plan économique, le Soudan représente une opportunité stratégique pour les investissements saoudiens dans l’agriculture et l’élevage. Mais il constitue également un risque majeur lorsqu’il se transforme en zone de guerre ouverte.
Sur le plan politique, Riyad cherche à empêcher l’effondrement de l’État soudanais. Dans le même temps, elle ne souhaite pas nécessairement qu’une seule force remporte une victoire susceptible de créer un nouvel équilibre régional contraire à ses intérêts.
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Sur le plan diplomatique, l’Arabie saoudite a été l’un des principaux acteurs des efforts de médiation, notamment à travers le processus de Djeddah. Toutefois, les trêves conclues dans ce cadre n’ont pas permis d’instaurer un cessez-le-feu durable.
C’est là que réside la principale limite de la médiation : un État peut réunir les parties autour d’une table, mais il ne peut imposer la paix si les deux camps estiment que la poursuite des combats pourrait leur procurer davantage d’avantages.
L’économie fait partie intégrante de la guerre
L’une des erreurs dans l’analyse de la guerre au Soudan consiste à se concentrer uniquement sur les armes.
Une guerre nécessite des ressources financières. Elle exige du carburant, de la nourriture, des moyens de communication, des transports, de la maintenance, l’achat d’équipements, le paiement des salaires et le financement de réseaux logistiques.
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Les ressources économiques sont donc devenues une composante essentielle du conflit.
Le Soudan est riche en ressources agricoles, en cheptel et en or, tout en occupant une position stratégique sur la mer Rouge. Les puissances extérieures ne considèrent donc pas le Soudan uniquement comme une crise humanitaire, mais également comme un pays doté d’une importante valeur géopolitique et économique.
Des études européennes ont souligné que les États du Golfe disposent de moyens considérables pour exercer une influence au Soudan en raison de leurs relations financières et de leurs intérêts dans les ressources agricoles, animales et minières.
Cela signifie que tout règlement politique qui ne prendrait pas en compte l’économie parallèle de la guerre resterait incomplet.
La multiplication des initiatives diplomatiques complique le paysage
Le problème du Soudan n’est peut-être pas le manque d’initiatives diplomatiques, mais plutôt leur multiplication.
Il existe de nombreuses initiatives internationales et régionales, de multiples médiateurs et des agendas parfois divergents.
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Chaque pays aborde le dossier en fonction de ses propres intérêts. L’Égypte se concentre sur la sécurité, les frontières et le Nil. L’Arabie saoudite privilégie la mer Rouge et la stabilité régionale. La Turquie s’intéresse à son influence économique et stratégique. Le Qatar mise davantage sur la médiation et les relations politiques.
Le problème n’est donc pas l’absence de diplomatie, mais l’absence d’une diplomatie unifiée disposant de véritables moyens de pression sur les parties au conflit.
Le Soudan paie le prix
En définitive, les puissances extérieures ne sont pas celles qui ont payé le prix le plus lourd de cette guerre.
Ce sont les Soudanais qui ont perdu leurs maisons, leurs villes et leurs moyens de subsistance. Des millions de personnes ont été contraintes de fuir, tandis que l’économie s’est enfoncée dans une crise profonde.
Des estimations récentes indiquent que des millions de Soudanais ont été déplacés à l’intérieur du pays ou ont fui à l’étranger, faisant de cette guerre l’une des plus graves crises humanitaires au monde.
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C’est pourquoi toute réflexion sérieuse sur la fin du conflit doit partir d’un principe clair : il est impossible de construire une paix durable tant que chaque partie soudanaise dispose d’un canal extérieur lui permettant de reconstituer et de prolonger ses capacités de guerre.
L’intervention extérieure peut faire partie de la solution lorsqu’elle est utilisée pour mettre fin aux combats, protéger les civils et soutenir un règlement politique.
Mais elle devient une partie du problème lorsqu’elle donne aux belligérants les moyens de poursuivre la guerre.
C’est là toute la grande contradiction de la guerre au Soudan : les États affirment vouloir la paix, mais la multiplicité des intérêts et des instruments utilisés rend le chemin vers cette paix toujours plus long.
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