Politique

Le terrorisme gagne l’Afrique de l’Ouest : failles sécuritaires, ressources et menace croissante


Les groupes terroristes progressent vers le sud du Sahel africain, exploitant la faiblesse de la gouvernance, les ressentiments locaux et les économies illicites.

L’Afrique de l’Ouest semble en passe de devenir le prochain foyer majeur de conflits liés au terrorisme. Cette évolution s’explique notamment par l’existence de frontières directes et poreuses avec des pays clés du Sahel, comme le Mali et le Burkina Faso, ainsi que par plusieurs vulnérabilités internes historiquement exploitées par les groupes extrémistes.

La présence persistante des organisations terroristes au Sahel depuis 2012 et leur propagation récente vers les pays du golfe de Guinée — notamment le Togo, le Bénin, le Ghana et la Côte d’Ivoire depuis 2021 — témoignent de la dimension de plus en plus régionale de la menace pesant sur l’Afrique de l’Ouest.

Cette crise sécuritaire est aggravée par les liens croissants entre le terrorisme et les réseaux criminels organisés transnationaux.

Selon une étude de l’experte Carlota Ahrens Teixeira, publiée par la plateforme GIS consacrée aux questions internationales, l’incapacité des gouvernements civils à contenir les menaces croissantes et à garantir la sécurité pourrait accentuer la pression sur les institutions publiques, alimenter l’instabilité politique et ouvrir la voie aux interventions militaires et aux coups d’État en Afrique de l’Ouest.

Situation sécuritaire

Selon l’Indice mondial du terrorisme 2026, le nombre d’attaques en Afrique subsaharienne a presque doublé au cours de l’année écoulée, passant de 111 à 221 incidents.

Le Sahel est devenu l’épicentre mondial du terrorisme. En 2025, la région a concentré plus de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde, contre moins de 1 % en 2007.

Certains indicateurs se sont néanmoins améliorés en 2025. Cinq pays du Sahel ont enregistré moins d’attaques et de victimes civiles qu’en 2024.

Ces progrès ne doivent toutefois pas masquer la tendance générale : le taux global de mortalité a augmenté, les attaques étant moins nombreuses mais plus meurtrières, tandis que l’expansion géographique des groupes armés se poursuit.

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, ou GSIM — connu sous son acronyme arabe JNIM et affilié à Al-Qaïda — a été le principal moteur de la progression vers les côtes occidentales de l’Afrique, utilisant le sud du Burkina Faso comme base de départ.

Depuis cette zone, ses unités se sont infiltrées dans le nord du Bénin et du Togo, et de manière plus occasionnelle en Côte d’Ivoire.

La Province du Sahel de l’organisation État islamique figure également parmi les principaux acteurs. Elle cherche, elle aussi, à étendre son influence grâce à un réseau croissant de groupes armés locaux affiliés.

Plutôt que de recourir principalement à une violence indiscriminée contre les civils, ces organisations adoptent de plus en plus des stratégies visant à consolider leur présence et leur contrôle, à développer un soutien local et à s’imposer comme des autorités de fait, selon l’étude.

Bénin

L’experte cite le Bénin comme exemple de la progression du terrorisme.

Le pays est actuellement l’État côtier le plus exposé aux violences terroristes. Le nombre d’attaques y est passé de cinq en 2021 à 155 en 2024, tandis que l’armée a subi des pertes sans précédent.

La position géographique du Bénin en fait un corridor stratégique pour les réseaux de contrebande liés aux groupes terroristes, notamment ceux opérant depuis le Nigeria.

Le nord du pays abrite le vaste complexe W-Arly-Pendjari, ou WAP, caractérisé par un réseau routier limité et un relief difficile.

Cet environnement offre aux insurgés de nombreuses possibilités de se déplacer sans être détectés, ce qui complique considérablement les opérations militaires et les interventions rapides.

Les forces de sécurité béninoises continuent par ailleurs de manquer de ressources pour faire face à une menace toujours plus complexe.

Cette situation résulte de plusieurs années de sous-investissement chronique et d’une perception durable de stabilité relative, qui ont retardé les préparatifs nécessaires et le développement des capacités, selon l’étude.

Togo

La situation sécuritaire au Togo s’est fortement détériorée depuis la première apparition de violences terroristes en 2022, faisant du pays le deuxième État le plus touché de la sous-région.

Le nombre total d’attaques demeure relativement limité. Cela pourrait s’expliquer par la faible longueur de la frontière entre le Togo et le Burkina Faso, qui s’étend sur 126 kilomètres, ainsi que par une « structure étatique fortement militarisée ».

La trajectoire actuelle reste néanmoins préoccupante.

Les incidents récents révèlent une escalade à la fois dans l’ampleur et dans le degré de sophistication des opérations.

L’attaque menée en juillet 2024 contre la base de Kpinkankandi, à laquelle auraient participé environ 100 membres d’un groupe présenté comme Al-Qaïda au Maghreb islamique, illustre cette évolution.

La capacité rapportée des assaillants à pénétrer dans une installation militaire et à s’emparer d’armes lourdes souligne les moyens opérationnels croissants des groupes terroristes.

La rareté des informations officielles entretient cependant l’incertitude quant à l’ampleur réelle de la menace, précise l’étude.

Ghana

Bien qu’il partage une frontière de 600 kilomètres avec le Burkina Faso, le Ghana a jusqu’à présent fait preuve d’une forte résilience face à la propagation du terrorisme.

Le pays a réussi à déjouer plusieurs tentatives d’attentats grâce à des forces de sécurité relativement solides et correctement équipées.

Il demeure toutefois fortement exposé à la menace régionale.

Comme de nombreux autres pays d’Afrique de l’Ouest, le Ghana est confronté à des difficultés socio-économiques et de gouvernance que les groupes terroristes cherchent à exploiter : tensions communautaires, mécontentement populaire et expansion des activités illicites, notamment l’extraction artisanale illégale de l’or.

L’absence d’attaques réussies ne doit donc pas être interprétée comme une immunité.

La résilience du Ghana pourrait être mise à l’épreuve si les groupes terroristes élargissent leurs ambitions régionales ou si l’instabilité au Burkina Faso, son voisin septentrional, accentue la pression transfrontalière.

Nigeria

En sa qualité de grande puissance régionale, le Nigeria a connu une hausse préoccupante du nombre de morts liés aux violences terroristes, qui a progressé de 46 % en 2025.

Dans les États de Sokoto et de Kebbi, dans le nord-ouest du pays, les médias ont commencé à employer l’appellation « Lakurawa ».

Selon l’étude, ce terme désigne cependant de manière largement impropre des opérations de l’organisation État islamique implantées depuis longtemps dans la région.

Ces groupes exploitent l’instabilité chronique pour saboter les infrastructures, notamment l’oléoduc Bénin-Niger.

Les mécanismes de l’expansion

Selon l’étude, la progression du terrorisme vers le sud ne doit pas être interprétée comme un simple repli tactique face à la pression militaire exercée au Sahel.

Elle constitue plutôt une stratégie visant à obtenir des recrues, à contrôler des territoires riches en ressources, à sécuriser des routes de contrebande et à s’implanter dans des régions reculées où l’autorité publique est limitée.

Les groupes armés profitent ainsi de la combinaison de vulnérabilités géographiques, sociales et économiques.

La proximité territoriale et les déficits d’autorité expliquent une grande partie de cette propagation.

L’insurrection apparue au Mali s’est étendue au Niger et au Burkina Faso, puis plus récemment à des États côtiers comme le Togo et le Bénin. Les menaces visant la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, le Sénégal et la Mauritanie se sont également renforcées.

De même, les groupes terroristes actifs au Nigeria franchissent les frontières vers le Cameroun, le Niger et le Tchad.

Dans toute l’Afrique de l’Ouest, les régions frontalières constituent souvent des zones de vide sécuritaire et institutionnel, où la présence de l’État et son contrôle territorial sont particulièrement faibles.

Cette situation permet aux groupes armés d’y établir des sanctuaires.

Les réserves naturelles transfrontalières, comme le complexe W-Arly-Pendjari — qui s’étend entre le Bénin, le Burkina Faso et le Niger — et le parc national de la Comoé, en Côte d’Ivoire, sont particulièrement propices à cette dynamique.

Leur immensité, leur relief accidenté et les difficultés liées à leur surveillance réduisent l’efficacité des dispositifs traditionnels d’observation terrestre et aérienne.

Selon l’étude, ces espaces offrent aux groupes insurgés des zones où ils peuvent se réorganiser, mettre en place des réseaux logistiques et poursuivre leurs opérations hors de portée des autorités nationales.

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