Quelque 1 300 mystérieuses cargaisons aériennes acheminées de Chine vers l’Iran en quelques mois
Une enquête journalistique fondée sur des données douanières révèle que Pékin aurait expédié par voie aérienne au ministère iranien de la Défense des composants à double usage susceptibles d’entrer dans la fabrication de missiles et de drones. Ces livraisons auraient été assurées par un pont aérien intensif, parallèlement à la fourniture de pétrole et de facilités financières à Téhéran.
Des données douanières iraniennes analysées par le Wall Street Journal révèlent qu’environ 1 300 cargaisons aériennes en provenance de Chine ont été livrées au ministère iranien de la Défense au cours du premier semestre 2026.
Elles contenaient des composants à double usage pouvant servir à fabriquer des drones et des systèmes de guidage de missiles, alors que Pékin se présentait comme un médiateur œuvrant à la désescalade entre Washington et Téhéran.
Les données, qui couvrent la période allant de janvier 2025 à la fin de juin 2026, font apparaître des milliers d’expéditions à destination du ministère iranien de la Défense et de plusieurs entreprises du pays.
Celles-ci comprenaient notamment des appareils électroniques, des équipements de géolocalisation GPS, des moteurs électriques et des pièces destinées à des moteurs d’avion.
Plusieurs registres mentionnent également « l’article 119 », une exemption douanière iranienne applicable aux importations liées à la défense, selon l’enquête.
L’une des cargaisons se distingue particulièrement par la date de son arrivée.
Un avion en provenance de Chine a atterri à Téhéran le jour même où les États-Unis et l’Iran sont parvenus, en juin, à une trêve provisoire de 60 jours.
L’appareil transportait des composants électroniques susceptibles d’être utilisés dans les drones et les systèmes de guidage de missiles.
Deux jours plus tard, les données faisaient état de plus de 12 autres cargaisons contenant pour plus de six millions de dollars de composants pouvant être intégrés à des drones.
Les autorités iraniennes n’ont pas répondu à la demande de commentaire du journal.
L’enquête fait néanmoins état d’une expansion rapide du pont aérien entre les deux pays, après que les restrictions américaines et les opérations navales eurent fortement entravé les voies d’expédition traditionnelles.
Une forte augmentation des vols de Mahan Air
Selon les données de Flightradar24, la compagnie iranienne Mahan Air, visée par des sanctions américaines, a fait passer le nombre de ses vols reliant Pékin, Shanghai et Guangzhou à Téhéran de quatre par semaine au début du mois de mars à environ 27 à la fin du mois d’avril.
Durant la première semaine de septembre, 39 vols ont été enregistrés entre la Chine et l’Iran, soit près du double du niveau observé avant la guerre.
Plusieurs de ces liaisons semblaient davantage consacrées au transport de marchandises qu’à celui de passagers.
Les registres indiquent également que la Chine a fourni à l’Iran des substances chimiques utilisées dans la production de propergol pour missiles.
Avant le déclenchement de la guerre, le 28 février, une cargaison de 300 tonnes de composés chimiques avait été livrée au ministère iranien de la Défense.
Une entreprise chinoise sous sanctions, Haokun Energy, a également étudié un contrat portant sur l’exportation de perchlorate de sodium, une substance utilisée dans la fabrication du propergol pour missiles.
Dans un courrier consulté par le Wall Street Journal, l’entreprise affirmait avoir coordonné secrètement l’obtention des autorisations d’exportation et créé une société-écran à Pékin.
Le journal a pu vérifier l’enregistrement de cette société, mais n’a pas été en mesure d’établir que la transaction avait effectivement été conclue.
Des réseaux chinois visés par les sanctions américaines
Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte plus large de sanctions américaines contre des réseaux chinois et hongkongais accusés d’aider l’Iran à se procurer des technologies militaires.
La Commission d’examen économique et sécuritaire États-Unis–Chine a également relevé la poursuite des transferts de technologies à double usage vers l’Iran, tout en précisant que Pékin n’avait pris aucun engagement formel en matière de défense envers Téhéran.
Le soutien potentiel dépasserait par ailleurs le seul secteur des composants.
Selon le Wall Street Journal, des responsables américains ont établi un lien entre des images satellites à haute résolution obtenues par l’Iran auprès d’entités chinoises et une frappe iranienne en Jordanie ayant tué trois soldats américains.
Washington n’a toutefois pas accusé directement le gouvernement chinois d’avoir participé à l’attaque.
Sur le plan économique, la Chine est devenue le principal acheteur de pétrole iranien.
Des sociétés-écrans et des banques chinoises utilisent parallèlement la monnaie chinoise dans le cadre d’opérations qui, selon Washington, permettent à Téhéran de contourner les sanctions.
Pékin dément fournir une aide militaire illicite à l’Iran.
Les autorités chinoises affirment appliquer des contrôles stricts aux exportations de biens à double usage et rejettent les sanctions unilatérales imposées par les États-Unis.
En septembre, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, avait déclaré que la Chine et l’Iran constituaient des « partenaires stratégiques globaux ».
Il avait également affirmé que Pékin était disposé à renforcer leur coopération afin de protéger ce que la Chine considère comme les droits et les intérêts légitimes de l’Iran.
Un dossier sensible au sommet Trump-Xi
La publication de ces informations coïncide avec la visite à Washington du président chinois Xi Jinping pour rencontrer son homologue américain Donald Trump.
Si le commerce, l’intelligence artificielle et Taïwan figurent parmi les principaux sujets du sommet, le soutien chinois à l’Iran s’impose comme un dossier particulièrement sensible.
Trump avait auparavant déclaré faire confiance aux assurances de Xi selon lesquelles la Chine ne fournirait pas d’armes à Téhéran.
Des responsables américains et des membres du Congrès ont néanmoins averti que le rôle croissant des entreprises chinoises contribue à maintenir opérationnels les programmes iraniens de drones et de missiles.
