Sous terre, la Russie protège son plus grand site de production de drones contre les frappes ukrainiennes
La Russie construit de vastes installations de production souterraines au sein du complexe industriel d’Alabouga, au Tatarstan, afin de protéger ses chaînes de fabrication de drones.
Selon les estimations de Dnipro OSINT, un analyste ukrainien spécialisé dans le renseignement en sources ouvertes, près de 42 000 mètres carrés d’espaces souterrains auraient déjà été aménagés sur ce site, devenu l’un des principaux centres de production des drones Geran-2.
L’utilisation définitive de ces nouvelles infrastructures n’a toutefois pas encore pu être confirmée de manière indépendante.
Cette expansion intervient après plusieurs attaques contre les installations industrielles du complexe, situé à proximité de la ville d’Ielabouga, à environ 1 200 kilomètres de la frontière ukrainienne.
Les images satellites et les analyses en sources ouvertes indiquent une accélération des travaux de construction souterraine. Moscou n’a cependant publié aucune déclaration officielle précisant la nature de ces installations ou les missions auxquelles elles seront affectées.
Un vaste complexe industriel
Alabouga ne se limite plus à quelques installations consacrées à l’assemblage de drones. Le site s’est transformé en un vaste réseau industriel couvrant la fabrication de structures en matériaux composites, la production de moteurs, le travail des métaux, l’électronique et le câblage électrique, ainsi que l’assemblage final et le stockage.
Les images satellites montrent que le site, qui ne comptait que deux bâtiments à ses débuts, comprend désormais plusieurs dizaines d’installations. La superficie totale du complexe dépasse 2,8 millions de mètres carrés.
Environ 15 % des installations de la zone économique spéciale d’Alabouga seraient désormais liées à la production de drones.
Cette expansion a permis à la Russie d’accroître la fréquence d’utilisation de ces appareils dans ses attaques contre l’Ukraine, tandis que Moscou continue d’affecter des ressources militaires à la gestion de défis sécuritaires plus vastes.
De quelques centaines de drones par mois à une production de masse
En juillet 2025, des médias russes ont diffusé des images filmées à l’intérieur de l’usine d’Alabouga. Elles montraient des centaines de drones achevés dans une installation présentée comme la plus grande de ce type.
Depuis le milieu de l’année 2022, la Russie a considérablement renforcé ses capacités industrielles dans ce domaine.
Selon The Economist, la production de drones Geran-2 est passée d’environ 300 unités par mois à plus de 100 par jour. Les autorités envisageraient désormais d’atteindre une capacité de production de 500 drones quotidiennement.
Le programme a également donné lieu au développement de nouvelles versions, notamment des appareils conçus pour transporter des mines antichars.
En juin 2025, plusieurs rapports avaient par ailleurs fait état de l’envoi en Russie d’environ 25 000 ouvriers nord-coréens afin de soutenir la production industrielle au Tatarstan.
Selon des évaluations des services de renseignement ukrainiens citées dans ces rapports, cette initiative aurait renforcé les ressources humaines affectées au secteur.
Indépendamment de l’utilisation définitive de ces nouvelles installations, la construction d’infrastructures souterraines témoigne de la volonté de la Russie d’accroître la résilience du complexe d’Alabouga face aux frappes et de garantir la continuité de la production de drones à un rythme élevé.
La protection des infrastructures industrielles devient ainsi une composante de plus en plus importante de la guerre entre Moscou et Kyiv.
