Un journal israélien : Al-Charaa projette de bâtir une armée puissante et de se préparer à des affrontements régionaux
Selon des évaluations sécuritaires citées par le Jerusalem Post, Ahmed al-Charaa envisagerait, à terme, d’affronter le Hezbollah au Liban et les milices chiites pro-iraniennes en Irak, tout en se préparant à une éventuelle guerre avec Israël.
Le journal Jerusalem Post, qui cite des évaluations des services de sécurité israéliens, affirme que le président syrien Ahmed al-Charaa consacre des ressources croissantes à la constitution d’une importante armée régulière et au renforcement de ses capacités militaires. L’objectif serait de pouvoir affronter le Hezbollah au Liban et les milices chiites pro-iraniennes en Irak, mais aussi de se préparer à une éventuelle guerre avec Israël.
Cette orientation alimente les craintes de voir la reconstruction de l’institution militaire syrienne évoluer vers un projet visant à établir une puissance régionale susceptible de modifier l’équilibre des forces au Moyen-Orient. Il n’est toutefois pas exclu que cette évaluation cherche à justifier de futures frappes israéliennes contre des bases militaires syriennes au nom de préoccupations sécuritaires.
Selon les estimations publiées dimanche par le journal, Damas s’emploie à accroître les effectifs de ses forces armées et à acquérir de nouveaux systèmes militaires, parallèlement à la réorganisation de l’armée et au renforcement de sa capacité à opérer comme une force conventionnelle. Des sources sécuritaires israéliennes considèrent que cette stratégie ne vise pas uniquement à consolider les fondements du nouvel État syrien, mais qu’elle pourrait également servir de socle à l’établissement d’une influence militaire dépassant les frontières du pays.
Israël considère notamment la reconstruction des forces terrestres syriennes comme l’une de ses principales sources d’inquiétude. Des évaluations militaires font état du passage de la nouvelle armée, jusque-là composée de petites formations, à des unités structurées en compagnies, bataillons et brigades, avec la perspective d’une évolution ultérieure vers des divisions de plus grande envergure. Les forces syriennes ont déjà mené des exercices à l’échelle des brigades, même si des responsables israéliens estiment que leur niveau de préparation opérationnelle demeure, à ce stade, limité.
Ces évolutions revêtent une sensibilité accrue pour Israël depuis la décision de Washington de lever les dernières restrictions encore en vigueur sur les ventes d’armes à la Syrie et sur leur financement, imposées en vertu d’une loi américaine relative aux armes chimiques et biologiques. L’administration américaine a justifié cette mesure par ses évaluations concernant les changements intervenus au niveau de la direction et des politiques syriennes.
D’après les analyses israéliennes rapportées par le journal, Al-Charaa ne considérerait pas la construction de l’armée comme un simple moyen de protéger le nouveau pouvoir. Il chercherait plutôt à se doter d’une force susceptible d’être employée, à l’avenir, à l’échelle régionale. Selon ces mêmes estimations, ses projets militaires pourraient, à un stade ultérieur et si les conditions politiques et militaires s’y prêtent, viser le Hezbollah au Liban ainsi que les milices chiites pro-iraniennes en Irak.
Cette interprétation contredit toutefois les déclarations publiques d’Al-Charaa, qui affirme vouloir éviter toute implication dans des guerres régionales et concentrer les efforts de Damas sur la reconstruction, la stabilité et l’établissement de relations équilibrées avec les puissances régionales et internationales. Le président syrien avait également présenté une politique fondée sur le soutien à la souveraineté de l’État libanais et sur la recherche d’accords sécuritaires avec Israël, des positions qui diffèrent des scénarios envisagés dans certaines évaluations sécuritaires israéliennes.
Al-Charaa cherche par ailleurs à nouer des relations solides avec le gouvernement irakien, fondées sur des intérêts communs et le respect du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures du pays voisin, malgré l’attitude hostile des milices soutenues par Téhéran et fidèles à sa ligne idéologique.
Tel-Aviv observe également avec méfiance le rapprochement croissant entre Damas et Ankara. Selon des sources sécuritaires israéliennes, la coopération turco-syrienne n’est pas exempte de désaccords concernant les zones d’influence et les bases militaires. Al-Charaa chercherait ainsi à conserver une marge d’autonomie dans la gestion de son pays, y compris dans la conduite de l’institution militaire.
En toile de fond de ces préoccupations se dessine la conviction, du côté israélien, qu’Al-Charaa entend transformer la Syrie en une puissance régionale capable d’agir sur plusieurs fronts, et non en un simple État sortant d’une longue guerre. Selon les évaluations relayées par le journal, cette transformation pourrait, à l’avenir, confronter Israël à une armée syrienne mieux organisée et mieux équipée. Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad, les efforts israéliens se sont principalement concentrés sur la nécessité d’empêcher le transfert d’armes et de capacités militaires à des acteurs hostiles.
Ces inquiétudes conduisent l’appareil sécuritaire israélien à renforcer sa surveillance du processus de reconstruction de l’armée syrienne, notamment en ce qui concerne les armes lourdes, les systèmes de défense aérienne et les capacités susceptibles de restreindre la liberté d’action de l’aviation israélienne.
De leur côté, plusieurs pays arabes, parmi lesquels l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, misent sur le soutien à la stabilité de la Syrie et sur le rapprochement d’Al-Charaa avec son environnement arabe. Selon l’analyse rapportée par le journal, cette orientation pourrait contribuer à pousser Damas vers des politiques plus modérées et à l’éloigner des groupes extrémistes.
