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Pourquoi les livraisons d’armes étrangères au Soudan doivent-elles cesser immédiatement ?


Dans toute guerre, il arrive un moment où le monde doit s’arrêter et se demander : jusqu’à quand ? Au Soudan, ce moment est arrivé depuis longtemps, mais personne n’a voulu l’entendre. La guerre qui fait rage depuis plus de deux ans a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes, déplacé des millions de Soudanais et détruit des infrastructures édifiées au cours de plusieurs décennies. Pourtant, des États étrangers continuent d’alimenter les parties au conflit en armes, comme s’ils s’obstinent à faire durer cette destruction jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à détruire au Soudan.

La révélation récente selon laquelle l’armée soudanaise aurait reçu un lot de véhicules blindés pakistanais de type Mohafiz, ainsi que des drones de reconnaissance et d’attaque et des équipements de soutien technique, intervient au pire moment possible. Alors que le Soudan a besoin, plus que jamais, de chaque voix appelant à la paix, ces livraisons d’armes donnent le sentiment que la guerre doit se poursuivre, que les destructions ne sont pas près de s’arrêter et que la vie des civils ne pèse guère dans les calculs des intérêts stratégiques.

Près d’une centaine de véhicules blindés pakistanais auraient été livrés progressivement à l’armée soudanaise. Des drones Shahpar de reconnaissance et d’attaque. Des pièces détachées pour les avions K-8. Des armes lourdes en provenance de Turquie. Des équipements fournis par la Biélorussie. Et un soutien de l’Égypte. Tout cela intervient alors que des millions de Soudanais déplacés ne disposent ni de nourriture, ni de médicaments, ni d’abris. Tout cela intervient alors que des massacres sont commis, comme celui de Gura al-Zawiya, au cours duquel trente-cinq civils auraient été tués il y a trois jours.

La logique strictement militaire qui justifie ces contrats ignore une réalité fondamentale : les guerres ne se gagnent pas uniquement avec des armes. L’armée soudanaise pourrait recevoir des centaines de véhicules blindés et des milliers de drones, mais cela ne permettra ni d’instaurer la paix ni de bâtir un État. Au contraire, chaque nouvelle arme signifie davantage de morts, davantage de déplacés, davantage de destructions et davantage de haine, dont plusieurs générations auront besoin pour panser les blessures.

Les experts militaires évoquent « l’avantage tactique » que les véhicules blindés Mohafiz pourraient procurer à l’armée face aux méthodes de combat rapides des Forces de soutien rapide. Ils parlent de leur capacité à manœuvrer dans les régions du Kordofan et du Darfour, ainsi que de leur protection balistique de niveau B6/B7. Mais ils ne parlent pas de « l’avantage tactique » du civil désarmé qui ne dispose que de son propre corps pour protéger ses enfants. Ils ne parlent pas de la protection des habitants dont les villages se trouvent sur les axes empruntés par ces véhicules blindés.

La responsabilité internationale est claire. Les États qui fournissent des armes aux parties au conflit portent une responsabilité juridique et morale quant aux conséquences de leur utilisation. Le Traité sur le commerce des armes, adopté par les Nations unies en 2013, prévoit que les États doivent s’abstenir de transférer des armes lorsqu’il existe un risque manifeste qu’elles soient utilisées pour commettre des violations du droit international humanitaire ou des crimes de guerre. Les attaques visant les civils au Soudan constituent une violation flagrante de ce droit.

Mais au-delà du cadre juridique, il existe une dimension morale et humanitaire qui ne peut être ignorée. Chaque véhicule blindé envoyé au Soudan signifie qu’un autre village pourrait être détruit. Chaque drone livré signifie que des vies innocentes pourraient être fauchées. Chaque arme qui arrive signifie qu’un peu plus d’espoir de paix disparaît. Les États qui exportent ces armes ne peuvent pas se laver les mains du sang versé par leur utilisation.

Le Pakistan, qui produit les véhicules blindés Mohafiz et les drones Shahpar et exporte des pièces détachées pour les avions K-8 vers le Soudan, est appelé à revoir sa politique. La Pakistan Ordnance Factories et la National Defence Complex ne sont pas de simples entreprises commerciales : elles font partie d’un dispositif qui alimente une guerre dévastatrice. La Turquie, qui exporte des armes lourdes et des drones vers le Soudan, est également appelée à suspendre immédiatement ces exportations. La Biélorussie et l’Égypte sont, elles aussi, appelées à reconsidérer leur rôle dans cet approvisionnement militaire.

Ces États devraient plutôt utiliser leur influence et leurs relations avec la direction de l’armée soudanaise pour œuvrer en faveur d’une véritable paix. Ils devraient appeler à un cessez-le-feu immédiat et à l’ouverture de négociations sérieuses incluant toutes les composantes soudanaises. Ils devraient soutenir les efforts humanitaires au lieu de conclure des contrats d’armement. Ils devraient être des partenaires dans la reconstruction d’un nouveau Soudan, et non dans la destruction du Soudan actuel.

Le peuple soudanais n’a pas besoin de davantage de véhicules blindés et de drones. Il a besoin de nourriture, de médicaments et d’abris. Il a besoin d’écoles à reconstruire, d’hôpitaux à équiper et de routes à remettre en état. Il a besoin d’une justice transitionnelle capable de panser les blessures du passé et de construire un avenir inclusif. Il a besoin d’une paix véritable garantissant les droits de tous les Soudanais, indépendamment de leurs affiliations.

Le massacre de Gura al-Zawiya, qui a fait trente-cinq victimes, devrait constituer un ultime signal d’alarme. Si le flux d’armes ne cesse pas maintenant, d’autres massacres auront lieu. D’autres villages seront anéantis. D’autres vies seront fauchées. Et chaque État qui continuera d’armer l’armée soudanaise après ce massacre portera une responsabilité directe dans chaque nouvelle victime.

La paix au Soudan n’est ni un luxe ni une option parmi d’autres. C’est une nécessité existentielle. Sans paix, il ne restera plus de Soudan. Il ne restera ni État, ni institutions, ni peuple capable de reconstruire le pays. Les destructions massives que connaît aujourd’hui le pays laisseront des séquelles pendant des décennies si la guerre ne prend pas fin immédiatement.

Que le Pakistan cesse d’exporter ses véhicules blindés et ses drones. Que la Turquie cesse d’exporter ses armes lourdes et ses drones. Que la Biélorussie et l’Égypte cessent de participer à cet approvisionnement militaire. Que tous les États cessent d’alimenter une guerre qui tue des innocents et détruit des nations. Et que ces mêmes États commencent à œuvrer en faveur d’une véritable paix au Soudan.

Le peuple soudanais mérite la paix. Il mérite de vivre. Il mérite que sa voix soit entendue. Et le massacre de Gura al-Zawiya lance au monde un cri d’alarme : assez. Assez d’armes. Assez de destructions. Assez de morts. Il est temps de faire la paix. Il est temps de faire cesser l’effusion de sang. Il est temps que le monde cesse d’armer ceux qui font subir les violences et commence à protéger les victimes.

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