Moyen-Orient

L’après-FINUL : bataille internationale autour du sud du Liban et du désarmement du Hezbollah


À l’approche de l’expiration, à la fin de l’année, du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), les divergences concernant l’avenir du sud du pays s’intensifient.

Le désaccord porte sur les dispositifs de sécurité qui devront être instaurés après la fin du mandat onusien, dans un contexte marqué par la crainte qu’un vide sécuritaire ne favorise une présence israélienne durable.

Israël plaide en faveur d’une force internationale placée sous commandement américain et disposant des pouvoirs nécessaires pour désarmer le Hezbollah. Beyrouth cherche, pour sa part, à prolonger la mission de la FINUL ou à la remplacer par une force multinationale dirigée par des pays européens et chargée de soutenir l’armée libanaise.

Les divergences ne concernent pas uniquement l’identité de cette éventuelle force de remplacement. Elles portent également sur la nature de son mandat et les limites de son intervention.

Dans un environnement politique et militaire particulièrement complexe, l’avenir du sud du Liban reste étroitement lié au sort de l’arsenal du Hezbollah, à la présence israélienne et aux équilibres régionaux.

Le départ des « casques bleus »

Beyrouth considère le maintien de la FINUL comme un élément essentiel à la préservation de la stabilité, notamment en raison de la présence militaire israélienne persistante dans des villages situés au sud du Litani.

Le gouvernement étudie une prolongation du mandat, pour une durée comprise entre six mois et un an, ou la constitution d’une force européenne de remplacement susceptible d’assurer la continuité du soutien sécuritaire et humanitaire.

La force onusienne joue également un rôle essentiel auprès des villages dont les habitants refusent de partir. Ses unités franchissent les points de contrôle israéliens afin d’acheminer des denrées alimentaires et des médicaments vers des localités telles que Rmeich.

Son retrait suscite donc des inquiétudes quant au risque d’isoler ces communautés du reste du pays.

Israël réclame en revanche la fin de la mission de la FINUL, qu’il accuse de ne pas avoir empêché le Hezbollah de renforcer ses capacités militaires.

Il ne s’oppose toutefois pas au déploiement d’une force de remplacement en dehors du cadre des Nations unies. Il souhaiterait que celle-ci soit dirigée par les États-Unis et dispose de pouvoirs plus étendus pour frapper l’arsenal du Hezbollah.

Ces demandes interviennent alors qu’Israël maintient sa présence dans cinq positions stratégiques du sud du Liban, malgré l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024.

Les affrontements ont repris en mars 2026 après l’assassinat du Guide iranien Ali Khamenei et les attaques lancées par le Hezbollah contre Israël. Cette nouvelle escalade a ravivé les tensions frontalières et laissé en suspens la question du retrait israélien.

La résolution 1701 au cœur du désaccord entre Israël et l’ONU

Adoptée après la guerre de 2006, la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies constitue le fondement des dispositifs de sécurité dans le sud du Liban.

Elle prévoit que la zone située entre la Ligne bleue et le fleuve Litani soit exempte d’armes autres que celles détenues par l’armée libanaise et la FINUL.

Israël accuse la force onusienne de ne pas appliquer intégralement cette résolution. La FINUL rappelle cependant que son mandat ne prévoit pas le désarmement forcé du Hezbollah.

Cette divergence entre les missions définies par les Nations unies et les exigences israéliennes complique la recherche de nouveaux arrangements sécuritaires.

Le projet israélien se heurte toutefois à un obstacle majeur : Washington ne souhaite pas déployer de troupes terrestres au Liban.

Plusieurs pays européens se déclarent disposés à participer à une force de remplacement, mais à condition que celle-ci dispose d’un mandat des Nations unies. Si un tel mandat s’avérait impossible, les États intéressés pourraient constituer une coalition multinationale en dehors du cadre onusien.

Dans ce contexte, l’Italie dirige un groupe chargé d’apporter un soutien technique et militaire à l’armée libanaise. L’Union européenne a par ailleurs annoncé que plus d’une dizaine de pays étaient disposés à contribuer à une force alternative.

Le désaccord relatif à ses prérogatives reste néanmoins entier. Israël exige qu’elle soit autorisée à inspecter des domiciles et à saisir des armes, tandis que les Européens privilégient le soutien aux institutions libanaises et souhaitent éviter toute confrontation directe.

Trois scénarios proposés par l’ONU pour l’avenir du sud

Les Nations unies ont élaboré trois scénarios pour une éventuelle force de remplacement, dont les effectifs pourraient varier de 2 000 à 5 000 soldats.

Cette force bénéficierait de moyens de surveillance comprenant des radars, des hélicoptères et des satellites.

Le premier scénario prévoit de vastes opérations conjointes avec l’armée libanaise au nord comme au sud du Litani.

Le deuxième limite la coopération opérationnelle au sud du fleuve et prévoit une surveillance restreinte au nord.

Le troisième repose sur des capacités plus limitées et se concentre sur la coordination entre les armées libanaise et israélienne.

Le Hezbollah représente le principal défi auquel serait confrontée toute force chargée de procéder à son désarmement. Le mouvement dispose d’une importante expérience militaire et d’un ancrage populaire au sein de la communauté chiite, qui représente environ un tiers de la population libanaise.

Des opérations forcées d’inspection et de confiscation pourraient provoquer des affrontements avec ses partisans et faire des victimes civiles. Elles risqueraient également de menacer la cohésion de l’armée libanaise, qui comprend elle-même des militaires issus de la communauté chiite.

L’Union européenne privilégie pour sa part le renforcement des capacités de l’armée libanaise au moyen de formations et d’équipements, afin de permettre à l’État d’étendre progressivement son autorité sans confrontation militaire directe.

Beyrouth redoute qu’une force dotée de pouvoirs de combat étendus ne déclenche un conflit intérieur susceptible de dégénérer en guerre civile.

Le maintien de l’occupation israélienne pourrait parallèlement renforcer l’influence du Hezbollah et la légitimité de son discours de résistance, au détriment de l’autorité de l’État.

La conclusion d’un accord capable de répondre aux préoccupations sécuritaires israéliennes tout en garantissant un retrait et le renforcement des institutions libanaises apparaît donc essentielle.

La question de l’arsenal du Hezbollah reste également liée au soutien iranien et aux équilibres régionaux. Son règlement dépasse ainsi le seul cadre libanais, notamment dans un contexte où plusieurs acteurs régionaux cherchent à participer aux futurs dispositifs de stabilisation du pays.

L’avenir de la force appelée à succéder à la FINUL ne dépendra donc pas uniquement de sa taille ou de ses prérogatives. Il sera déterminé par son intégration dans un règlement politique respectant les équilibres intérieurs et les intérêts régionaux, définissant l’avenir des relations entre l’État libanais et le Hezbollah ainsi que le sort de la présence israélienne dans le sud.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page