Israël refuse le renouvellement du mandat de la FINUL : la crise dans le sud du Liban prend un tournant complexe
La crise dans le sud du Liban entre dans une phase diplomatique et politique particulièrement délicate, alors qu’approche l’expiration du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), fixée au 31 décembre 2026.
Selon des sources occidentales bien informées, le gouvernement israélien aurait fait savoir aux États-Unis ainsi qu’aux membres du Conseil de sécurité des Nations unies qu’il refusait catégoriquement et définitivement le maintien de la force internationale dans le sud du Liban sous sa forme actuelle.
Ces sources ont estimé que cette position plaçait le Liban et l’ensemble de la région face à une véritable épreuve concernant la nature des futurs dispositifs de sécurité. Elles ont également fait état de sérieuses inquiétudes quant à la création d’un vide sécuritaire susceptible de provoquer de nouveaux affrontements sur le terrain ou d’imposer un rapport de force exclusivement favorable aux intérêts israéliens.
Un vide sécuritaire susceptible de servir Israël
Ces informations rejoignent les mises en garde formulées par de hauts responsables politiques et militaires libanais, selon lesquels l’absence de renouvellement du mandat de la FINUL — ou de création d’une force internationale de remplacement — provoquerait un vide préjudiciable à la sécurité et à la stabilité régionales.
Cette évolution intervient alors que les forces israéliennes poursuivent leurs tentatives visant à imposer de nouvelles réalités sur le front libanais, dépassant en certains points les frontières internationalement reconnues. Une situation qui complique davantage le paysage politique et militaire et fait de l’avenir de la force internationale un important levier de pression dans les négociations.
Les sources occidentales dressent un tableau préoccupant des objectifs qu’elles prêtent à Israël derrière son insistance à mettre fin à la mission de la FINUL.
Selon elles, Tel-Aviv ne chercherait pas uniquement à procéder à un réaménagement logistique sur le terrain, mais viserait également à démanteler le cadre juridique et politique qui régit depuis plusieurs décennies la stabilité précaire du sud du Liban.
Les motivations israéliennes résideraient notamment dans la volonté de prendre le contrôle opérationnel total des positions actuellement occupées par la FINUL et de les transformer en postes d’observation ou en zones tampons placées sous administration israélienne directe. L’objectif principal consisterait à écarter tout témoin international susceptible de documenter les opérations militaires ainsi que les destructions et les opérations de nivellement menées dans les villages et les localités.
D’après les mêmes sources, le départ de la force internationale priverait le Liban de la protection symbolique des Nations unies et de la légitimité internationale, l’exposant entièrement à une éventuelle nouvelle offensive militaire. Il s’accompagnerait également d’une volonté israélienne manifeste de réduire l’influence européenne — notamment française et italienne — dans le dossier libanais, alors que ces deux pays constituent l’épine dorsale de la FINUL et défendent le respect de la souveraineté du Liban.
La stratégie israélienne viserait également, selon ces sources, à se soustraire définitivement aux obligations découlant de la résolution 1701 du Conseil de sécurité et à contourner les accords opérationnels antérieurs afin d’imposer un nouveau cadre répondant exclusivement à ses intérêts sécuritaires et politiques. Israël chercherait ainsi à obtenir la reconnaissance de la liberté de mouvement de son armée dans l’espace aérien et sur le territoire libanais.
Le principal danger résiderait cependant dans la volonté présumée d’Israël d’établir des canaux de coordination directe avec l’armée libanaise, en se passant de la médiation internationale assurée par la FINUL, du mécanisme international de vérification et du groupe de coordination militaire. À Beyrouth, cette proposition est perçue comme une manœuvre destinée à imposer une normalisation sécuritaire forcée sous couvert de « dispositifs de sécurité conjoints ».
« Des pressions considérables »
Pour sa part, l’analyste politique Jomaa Suleiman Al-Nasaa confirme que l’État libanais est soumis, en coulisses, à de très fortes pressions internationales.
Il explique que « Washington a transmis à Beyrouth des messages rejoignant la position israélienne hostile au renouvellement systématique du mandat de la FINUL. Plusieurs options difficiles ont été présentées : la fin complète du mandat et le retrait de la force, un désengagement progressif, ou encore une prolongation purement technique et très limitée, dont l’objectif principal serait d’organiser le démantèlement des positions et le transfert des responsabilités sécuritaires à l’armée libanaise ».
Il ajoute que « la position officielle libanaise consiste actuellement à présenter des contre-propositions diplomatiques fondées sur le maintien du cadre juridique en vigueur et des dispositions de la résolution 1701, afin d’éviter un vide sécuritaire immédiat et de gagner du temps dans l’attente d’une clarification des orientations politiques internationales ».
Selon Al-Nasaa, « le Liban ne souhaite pas être entraîné dans des discussions susceptibles d’être interprétées comme un recul par rapport à ses engagements découlant des résolutions internationales. Il a toutefois informé les parties concernées, par l’intermédiaire de canaux diplomatiques, qu’il imposerait des conditions et des lignes rouges strictes pour la période suivant le retrait de la force internationale. Toute atteinte à la souveraineté libanaise ou tentative d’imposer une tutelle sécuritaire directe de la part de l’occupation se heurterait à un rejet catégorique sur les plans politique et opérationnel, et ne saurait être acceptée en aucune circonstance ».
L’analyste souligne que « la FINUL n’était pas une simple force d’observation. Elle constituait un dispositif de coordination et de sécurité permettant d’éviter les frictions directes avec Israël. Son absence priverait la communauté internationale de ses yeux et de ses oreilles dans le sud du Liban ».
Il conclut que « le projet israélien viserait à isoler l’armée libanaise sur le terrain et à lui imposer une coordination directe, sans médiateur international. Le Liban ne peut l’accepter, car cela porterait atteinte à l’essence même de sa souveraineté nationale et ouvrirait la voie à une normalisation sécuritaire rejetée aussi bien par la classe politique que par la population ».
Les responsables de la force internationale reconnaîtraient eux-mêmes, lors de réunions à huis clos, la difficulté de la situation. Des avertissements auraient notamment été émis quant à la grande complexité du transfert des responsabilités, en particulier dans les positions actuellement situées au sein de zones d’incursion ou d’affrontement. Toute démarche insuffisamment préparée pourrait ainsi être interprétée comme un feu vert à une escalade plus large.
À la lumière de ces éléments, le Liban se trouve aujourd’hui confronté à une échéance décisive qui dépasse largement la simple prolongation technique du mandat de la force de maintien de la paix. L’enjeu se transforme en une lutte ouverte autour de la future configuration sécuritaire et politique du sud du pays.
Alors que les pressions exercées sur le Liban se poursuivent, la recherche d’une formule internationale capable de protéger sa souveraineté devient particulièrement difficile. La diplomatie libanaise se voit ainsi contrainte de s’accrocher à la légitimité internationale, incarnée par la résolution 1701, considérée comme sa dernière ligne de défense face aux tentatives israéliennes présumées d’imposer unilatéralement de nouveaux dispositifs de sécurité.
