Politique

Rapport américain : cinq foyers de tension susceptibles de transformer la guerre entre l’Iran et les États-Unis en conflit international


Le magazine américain Newsweek met en garde contre le risque que l’imbrication des crises au Moyen-Orient, en Ukraine et à Taïwan entraîne les grandes puissances dans une dynamique d’escalade rappelant les conditions qui ont précédé le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914.

Un rapport publié par le magazine américain Newsweek évoque les risques d’un élargissement de la guerre entre les États-Unis et l’Iran à une confrontation internationale sur plusieurs fronts. Il avertit que l’imbrication des crises au Moyen-Orient, en Ukraine et à Taïwan pourrait entraîner les grandes puissances dans une dynamique d’escalade comparable aux conditions qui ont précédé le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914.

Le rapport esquisse un scénario dans lequel cinq dossiers sensibles ou susceptibles de dégénérer s’entrecroisent : la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient, les troubles au Yémen et au Liban, ainsi que la crise autour de Taïwan. Cette situation pourrait placer les États-Unis, la Russie, la Chine et les puissances européennes face à des impératifs sécuritaires simultanés et modifier leurs calculs stratégiques sur plusieurs fronts.

Au Moyen-Orient, le rapport estime que la poursuite de la confrontation pourrait maintenir le détroit d’Ormuz sous une pression constante, alors que les menaces répétées pesant sur la navigation maritime se poursuivent. Parallèlement, les Houthis, soutenus par l’Iran, continuent de menacer la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, ce qui accroît les risques pesant sur l’une des principales routes commerciales mondiales.

Selon le rapport, Washington continue de mener des frappes ponctuelles visant des sites militaires iraniens et des entités qui leur sont liées, tout en maintenant ouverte la voie diplomatique. Téhéran, de son côté, maintient sa position concernant son rôle dans l’organisation du trafic maritime à travers le détroit d’Ormuz.

Les conséquences de la crise ne se limitent toutefois pas au volet militaire. La perturbation persistante des flux de pétrole et de gaz naturel liquéfié transitant par le détroit pourrait exercer des pressions supplémentaires sur l’économie mondiale, en raison de la hausse des primes d’assurance, de l’augmentation des coûts de transport maritime et de l’obligation pour les navires marchands d’emprunter des itinéraires plus longs. Cette situation pourrait se répercuter sur les prix de l’énergie, l’inflation ainsi que sur les secteurs fortement dépendants des carburants et des matières premières.

Les Houthis apparaissent dans ce contexte comme un facteur susceptible d’élargir le cercle des tensions, compte tenu de leur position géographique et de leur capacité à menacer le détroit de Bab el-Mandeb. Le Liban constitue, quant à lui, un autre front potentiel, alors que les efforts visant à limiter l’influence régionale de l’Iran et le rôle du Hezbollah s’intensifient.

L’Irak pourrait également se retrouver confronté au risque de devenir un nouveau théâtre de confrontation si les attaques menées par des groupes soutenus par l’Iran contre les forces et les installations américaines venaient à s’intensifier. Une telle évolution pourrait inciter Washington à renforcer son déploiement dans la région du Kurdistan irakien afin de protéger ses forces et les opérations de la coalition internationale.

Si les pressions exercées sur Téhéran venaient à s’intensifier, la Russie, la Chine et la Corée du Nord pourraient réévaluer leurs propres calculs, notamment si elles estimaient que la chute du régime iranien à la suite d’une campagne militaire américaine donnerait à Washington une position plus avantageuse dans une région abritant certains des principaux corridors énergétiques mondiaux.

Selon le rapport, une implication de la Chine dans la confrontation ne nécessite pas l’envoi de troupes sur les champs de bataille. Dans le scénario envisagé, Pékin pourrait soutenir l’Iran en lui fournissant des équipements électroniques et des technologies à double usage civil et militaire, ainsi que des drones, des capacités balistiques, une assistance financière et des renseignements. La Chine pourrait également utiliser son influence diplomatique pour entraver toute initiative visant à fournir une couverture internationale à une extension des opérations militaires.

Pour Moscou, le soutien à l’Iran pourrait prendre une forme militaire et technologique, notamment à travers le renforcement de ses capacités de défense aérienne et de guerre électronique, ainsi que par le partage de renseignements. La Corée du Nord pourrait, quant à elle, s’engager dans cette coopération en fournissant des munitions, des missiles ou d’autres formes de soutien militaire, en échange d’une assistance économique et de technologies avancées.

En Europe, la Russie pourrait profiter de la concentration des États-Unis et de leurs alliés sur le Moyen-Orient pour intensifier ses opérations en Ukraine, notamment si le redéploiement d’une partie des systèmes de défense aérienne et des missiles de précision américains et occidentaux vers d’autres régions venait à réduire le soutien disponible pour Kyiv.

Le scénario avertit que Moscou, si elle conclut que la mobilisation de l’Occident constitue une occasion favorable pour modifier l’équilibre des forces, pourrait lancer une offensive de grande ampleur sur le front ukrainien, tout en accentuant la pression sur le flanc oriental de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord à travers la Biélorussie et la région de Kaliningrad.

Dans le Pacifique, la Chine pourrait considérer la mobilisation des États-Unis comme une occasion d’intensifier la pression sur Taïwan, que ce soit par un blocus maritime ou par des mouvements militaires plus directs. Une telle évolution pourrait pousser les États-Unis, le Japon et l’Australie à renforcer leur présence militaire dans la région et à accroître leur coordination en matière de sécurité.

Dans les scénarios les plus pessimistes, la confrontation pourrait se répartir simultanément sur plusieurs théâtres. L’Europe serait alors confrontée aux défis russes sur le flanc oriental de l’OTAN, tandis que les États-Unis et leurs alliés en Asie chercheraient à empêcher une modification du statut de Taïwan par la force. Dans le même temps, les forces américaines poursuivraient leurs opérations au Moyen-Orient afin de rouvrir les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb et de contenir l’Iran et les forces qui lui sont alliées.

Le rapport n’exclut pas non plus que le conflit s’étende à des domaines moins visibles, notamment à travers des cyberattaques susceptibles de viser les institutions financières, les ports, les réseaux énergétiques et les infrastructures de communication, ainsi que par le biais d’activités de renseignement comprenant l’espionnage, le sabotage et les tentatives d’influencer les décisions politiques.

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