Six défis susceptibles d’entraver la conclusion d’un accord final entre les États-Unis et l’Iran
Lorsque les négociateurs américains et iraniens entameront la prochaine phase des discussions, ils seront confrontés à une série d’obstacles susceptibles de compromettre les efforts visant à parvenir à un accord de paix global.
Bien qu’une avancée demeure possible, la plupart des analystes doutent de la capacité des deux parties à parvenir à un règlement définitif durant la période de soixante jours prévue par le protocole d’accord convenu cette semaine entre le président Donald Trump et les dirigeants iraniens, selon Reuters.
Cet accord provisoire a repoussé les questions les plus complexes à la phase suivante des négociations, sans aucune garantie qu’elles puissent être résolues. Voici les principaux facteurs susceptibles de faire échouer un accord.
Le dossier nucléaire : les divergences peuvent-elles être surmontées ?
Le sort du programme nucléaire iranien, que Donald Trump a présenté comme la principale raison de l’entrée en guerre des États-Unis, constitue probablement le sujet le plus risqué pour les négociations. Le président américain affirme régulièrement que l’Iran s’est engagé à ne jamais développer d’arme nucléaire, mais cette déclaration reprend essentiellement des engagements déjà formulés par Téhéran par le passé.
Les négociations pourraient se heurter à la question du stock iranien d’uranium enrichi à un niveau proche de celui nécessaire à la fabrication d’armes nucléaires. Donald Trump souhaite que ce stock soit transféré à l’étranger ou détruit. L’Iran rejette ces deux options, tout en se disant éventuellement disposé à réduire le niveau d’enrichissement.
Un autre point de désaccord concerne l’avenir de l’enrichissement de l’uranium en Iran. Les États-Unis ont parfois exigé l’arrêt complet de cette activité sur le territoire iranien. Téhéran affirme pour sa part qu’il ne renoncera jamais à son droit à l’enrichissement. Des sources indiquent que les deux parties ont déjà discuté d’une suspension temporaire pouvant aller de cinq à vingt ans, mais un compromis semble encore éloigné.
La question du retour à un régime d’inspections internationales comparable à celui prévu par l’accord nucléaire conclu avec l’administration de Barack Obama en 2015 constitue également un sujet de discorde. Cet accord avait été abandonné par Donald Trump en 2018.
Le détroit d’Ormuz pourrait-il compliquer les discussions ?
De nombreuses interrogations subsistent concernant le détroit d’Ormuz, dont la circulation a été pratiquement interrompue par l’Iran après les frappes américaines et israéliennes du 28 février, provoquant un choc majeur sur les marchés mondiaux de l’énergie.
Selon le protocole d’accord, cette voie maritime, par laquelle transitait auparavant environ un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole, doit être rouverte. Toutefois, les compagnies maritimes demeurent prudentes.
Les États-Unis soutiennent que la navigation devra être libre de tout péage, tandis que l’Iran insiste pour conserver un rôle dans la gestion du détroit.
Qu’en est-il des sanctions et des avoirs gelés ?
L’un des autres obstacles majeurs réside dans la volonté iranienne d’obtenir une levée rapide des sanctions ainsi qu’un accès aux milliards de dollars d’avoirs gelés à l’étranger. Washington, de son côté, insiste sur un allègement progressif conditionné au respect des engagements iraniens.
Selon le texte du protocole d’accord présenté mercredi par des responsables américains, l’Iran bénéficiera immédiatement d’exemptions lui permettant de reprendre ses exportations pétrolières. Ce geste conciliant a suscité les critiques des courants les plus hostiles à l’Iran, qui estiment que Donald Trump accorde trop de concessions.
Des comparaisons ont déjà été établies entre ce protocole d’accord et l’accord conclu sous Barack Obama, souvent critiqué par Donald Trump en raison des avantages financiers accordés à l’Iran.
Israël pourrait-il faire dérailler le processus ?
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, qui a contribué à convaincre Donald Trump d’engager la guerre, affirme qu’Israël n’est lié par aucun accord conclu entre Washington et Téhéran dans le cadre de son affrontement avec le Hezbollah, allié de l’Iran au Liban.
Bien que les hostilités se soient atténuées après les critiques adressées par Donald Trump à Benjamin Netanyahou cette semaine, toute nouvelle escalade pourrait menacer les négociations. L’Iran affirme d’ailleurs que l’accord doit également inclure un cessez-le-feu au Liban.
Les méthodes de négociation risquent-elles d’entrer en conflit ?
L’équipe américaine, composée notamment du vice-président J.D. Vance, de l’émissaire Steve Witkoff et de Jared Kushner, pourrait rencontrer des difficultés à harmoniser ses méthodes avec celles des négociateurs iraniens.
Donald Trump est réputé pour rechercher des résultats rapides, tandis que l’Iran privilégie généralement des négociations longues et complexes. Cette divergence a déjà contribué à l’échec de précédents cycles de discussions et pourrait produire le même résultat aujourd’hui.
Le président américain a déclaré aux journalistes que cette phase des négociations serait « plus facile » que la précédente. Les deux parties souhaitent mettre fin au conflit : Donald Trump subit des pressions croissantes en raison de la hausse des prix de l’essence, tandis que l’Iran a subi d’importants revers militaires et économiques.
Cependant, de nombreux observateurs estiment que l’équipe américaine pourrait manquer de l’expertise technique nécessaire pour faire face à des négociateurs iraniens expérimentés, réputés pour leur capacité à prolonger les discussions. Dans ce contexte, le délai de soixante jours pourrait s’avérer insuffisant pour élaborer un accord détaillé. À titre de comparaison, l’accord nucléaire de 2015 avait nécessité près de deux années de négociations.
Même en cas d’accord, des interrogations subsistent quant à sa mise en œuvre. Donald Trump avait déjà contribué à la conclusion d’un cessez-le-feu dans le conflit entre Israël et le Hamas à Gaza l’année précédente, mais le processus est resté largement bloqué depuis.
Le manque de confiance peut-il jouer un rôle décisif ?
L’Iran se montre extrêmement méfiant à l’égard de Donald Trump, qui a ordonné deux attaques contre le pays en l’espace d’un an alors même que des négociations étaient en cours.
La volonté iranienne de faire des concessions dépendra également du guide suprême Mojtaba Khamenei, considéré comme plus intransigeant que son père, tué avec l’épouse de ce dernier, la femme de Mojtaba Khamenei et son fils lors d’un raid américano-israélien.
De leur côté, les États-Unis demeurent vigilants et surveillent toute tentative iranienne de gagner du temps. Les conseillers de Donald Trump affirment avoir déjà observé ce type de comportement dans le passé.
Si les deux parties échouent à surmonter leurs divergences pour parvenir à un accord global, un accord limité ou une prolongation des négociations resteraient possibles, tandis que le risque d’une reprise des hostilités demeurerait constamment présent.
Autres facteurs susceptibles de provoquer l’échec des négociations
- Si Donald Trump cède aux pressions des partisans d’une ligne dure opposés à toute concession envers l’Iran.
- Si les ultraconservateurs iraniens contraignent leurs négociateurs à adopter une position plus rigide.
- Si les interprétations divergentes du protocole d’accord créent des attentes irréalistes dès le départ.
- Si Donald Trump recourt à nouveau à des menaces agressives similaires à celles formulées durant le conflit, poussant l’Iran à se retirer des négociations.
