Sixième anniversaire de l’explosion du port de Beyrouth : une responsabilité toujours attendue et un Hezbollah affaibli
Les habitants de Beyrouth commémorent le sixième anniversaire de l’explosion du port dans un climat mêlé d’émotion et d’attente, alors que les appels en faveur de l’ouverture des procès se multiplient après que le processus judiciaire a surmonté de nombreux obstacles.
Depuis six ans, les familles des victimes de l’explosion du port de Beyrouth attendent qu’une justice puisse apaiser leur douleur, ravivée par la perte de leurs proches lors de la catastrophe du 4 août 2020, une déflagration massive qui a coûté la vie à 230 personnes et blessé plus de 5 000 autres.
À l’occasion de ce sixième anniversaire, le président libanais Joseph Aoun a estimé que la publication de l’acte d’accusation constituait désormais « une nécessité qui ne peut plus attendre davantage ». Il a appelé la justice à « rendre justice aux victimes », soulignant que « la justice ne signifie pas la vengeance, mais l’établissement de la vérité, la révélation complète des faits et la responsabilisation de tous ceux qui ont fait preuve de négligence, de manquement ou qui ont contribué à cette catastrophe, quelle que soit leur fonction ou leur position ».
Il a insisté sur le fait que « la justice libanaise est aujourd’hui plus que jamais appelée à démontrer son indépendance et sa capacité à rendre justice aux victimes », ajoutant que « l’acte d’accusation n’est pas une simple procédure juridique, mais un droit dû aux martyrs ainsi qu’à leurs familles, qui attendent depuis longtemps de connaître toute la vérité afin de trouver la paix ».
L’ancien Premier ministre libanais Saad Hariri a, pour sa part, écrit sur son compte du réseau social X : « Six ans après, l’écho de l’explosion résonne encore dans notre mémoire, tandis qu’une question demeure suspendue au-dessus de Beyrouth : qui est responsable de l’explosion du port de Beyrouth ? Qui rendra justice ? Quand le processus de reddition des comptes commencera-t-il afin que la vérité soit établie ? »
Il a ajouté : « Le moment est venu de publier l’acte d’accusation et d’ouvrir le procès. »
Évolutions judiciaires
Le juge d’instruction Tarek Bitar a achevé son enquête à la fin du mois de mars dernier, selon une source judiciaire citée à l’époque par l’Agence France-Presse, après avoir inculpé environ soixante-dix personnes, parmi lesquelles des responsables politiques, des chefs des services de sécurité, des officiers militaires et des fonctionnaires.
Le dossier a ensuite été transmis au parquet général près la Cour de cassation, chargé de l’examiner, de formuler son avis et de le renvoyer au juge d’instruction en vue de la publication de l’acte d’accusation.
Depuis lors, le dossier demeure entre les mains du parquet général.
Selon des rapports locaux, le ministère public poursuit encore l’examen du dossier, qui comprend des milliers de pages d’interrogatoires, de témoignages, de documents, de rapports techniques et de pièces à conviction.
Ces dernières avancées judiciaires interviennent après plusieurs années durant lesquelles le Hezbollah et le mouvement Amal ont tenté d’entraver l’enquête, accusant le juge chargé du dossier, Tarek Bitar, de politiser les investigations et de violer les procédures judiciaires et légales.
Le Hezbollah a cherché à bloquer l’enquête après que le juge a émis un mandat d’arrêt contre le député et ancien ministre des Finances Ali Hassan Khalil, membre du mouvement Amal, ainsi que contre plusieurs autres parlementaires et responsables. Toutefois, l’arrivée au pouvoir du président Joseph Aoun et les revers subis par le Hezbollah ont réduit sa capacité d’influence dans cette affaire.
Dès le premier jour, les autorités libanaises ont attribué l’explosion, qui a fait plus de 220 morts et plus de 6 500 blessés, au stockage de grandes quantités de nitrate d’ammonium dans le port sans mesures de sécurité adéquates, après qu’un incendie dont l’origine demeure inconnue s’est déclaré.
Par la suite, il est apparu que plusieurs responsables à différents niveaux étaient pleinement conscients des dangers liés au stockage de cette substance, mais qu’aucune mesure concrète n’avait été prise.
