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Qatar et Soudan : un soutien discret à l’armée et une influence qui dépasse la médiation


Depuis le déclenchement de la guerre au Soudan en avril 2023, le Qatar n’a pas été l’une des puissances régionales les plus visibles sur le plan militaire, mais il a maintenu une présence politique progressive ainsi que des relations étroites avec les dirigeants de l’État soudanais et l’armée, alors que la guerre entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide est devenue l’un des conflits les plus complexes du continent africain.

En 2026, ce rôle est de nouveau apparu au premier plan avec l’intensification des contacts entre Doha et Khartoum, notamment après la visite à Doha, en janvier, du président du Conseil de souveraineté et commandant de l’armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhan. Celui-ci a rencontré l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, lors d’entretiens portant sur les relations bilatérales ainsi que sur les développements sécuritaires et politiques au Soudan. À l’issue de la visite, Khartoum a exprimé sa reconnaissance pour le soutien du Qatar aux institutions soudanaises ainsi qu’à l’unité, à la souveraineté et à la stabilité du pays.

Une relation ancienne réactivée par la guerre

Les relations entre le Qatar et le Soudan ne datent pas de la guerre actuelle. Doha a entretenu des liens politiques et économiques avec Khartoum à différentes étapes du règne de l’ancien président Omar el-Béchir et a également joué par le passé un rôle de médiateur dans le conflit au Darfour.

Mais l’éclatement de la guerre entre l’armée et les Forces de soutien rapide a entraîné une redéfinition des priorités. Avec le déplacement du centre effectif du pouvoir vers les zones contrôlées par les Forces armées soudanaises, Doha s’est retrouvée face à une nouvelle réalité, consistant à traiter avec la direction de l’armée comme avec l’acteur détenant les institutions officielles de l’État dans les territoires sous son contrôle.

Des rapports analytiques indiquent que le Qatar est devenu, aux côtés de la Turquie, l’un des pays ayant maintenu des canaux de communication solides avec le camp de l’armée. Selon un rapport du Chatham House, le Qatar et la Turquie ont accueilli des personnalités et des réseaux liés à l’ancien régime, des réseaux qui, selon l’étude, ont joué un rôle dans la mise à disposition de circuits financiers et de besoins militaires au profit des Forces armées soudanaises.

C’est ici qu’apparaît l’un des aspects les plus sensibles du rôle du Qatar : son soutien ne peut être réduit à une annonce officielle de déploiement de troupes ou de participation directe à des opérations militaires. Il se manifeste plutôt à travers un réseau plus large de relations politiques, financières et logistiques.

Des rapports faisant état d’un soutien militaire

Des rapports spécialisés vont plus loin. En octobre 2025, Africa Intelligence a fait état d’un soutien militaire qatari aux Forces armées soudanaises, indiquant que Doha avait apporté un soutien politique et financier à l’armée, en plus de fournitures militaires. Toutefois, la nature et l’ampleur de ces fournitures ne bénéficient pas du même niveau de documentation publique que dans d’autres cas de soutien extérieur apporté à l’armée.

Ce point est important pour comprendre le rôle du Qatar. Alors que l’existence d’une relation politique étroite, de rencontres de haut niveau et d’une aide humanitaire peut être établie, les détails concernant les contrats d’armement ou leurs modalités de transfert demeurent en partie fondés sur des informations rapportées par des sources journalistiques et du renseignement, sans être détaillés publiquement par le gouvernement qatari.

Il convient donc de faire preuve de prudence lorsqu’on présente le Qatar comme un acteur militaire direct de la guerre. Il est plus précis de dire que Doha a maintenu une relation étroite avec les dirigeants soudanais et que des rapports spécialisés lui attribuent un soutien militaire aux Forces armées soudanaises, parallèlement à un soutien politique et humanitaire clairement établi.

La rencontre entre al-Burhan et Tamim : un message politique

La rencontre de janvier 2026 entre l’émir du Qatar et al-Burhan revêtait une importance politique particulière. La visite est intervenue à un moment où l’armée soudanaise avait repris plusieurs positions stratégiques, tandis que la guerre se poursuivait dans d’autres régions, notamment au Kordofan et au Darfour.

Khartoum a annoncé que les discussions avaient porté sur la coopération politique, économique et humanitaire, tandis que le ministre soudanais des Affaires étrangères a évoqué le soutien du Qatar aux institutions légitimes ainsi qu’à l’unité et à la souveraineté du Soudan.

En septembre 2026, le Qatar a officiellement renouvelé sa position en faveur de l’unité du Soudan et de son intégrité territoriale, et souligné la nécessité de parvenir à une solution politique soudanaise inclusive. Il a également annoncé l’allocation d’environ 18 millions de riyals qataris, soit près de cinq millions de dollars, par l’intermédiaire de Qatar Charity, pour des interventions humanitaires au Soudan en 2026, notamment dans les domaines de l’alimentation, de la santé, de l’hébergement, de l’eau et des services essentiels.

Cette annonce montre que Doha cherche à suivre deux voies parallèles : préserver sa relation avec les autorités présentes dans les zones contrôlées par l’armée, tout en se présentant comme un acteur favorable à la stabilité et à une solution politique.

Pourquoi le Soudan est-il important pour le Qatar ?

Pour le Qatar, le Soudan représente davantage qu’un simple dossier africain. Le pays occupe une position stratégique sur la mer Rouge et constitue un élément des équilibres politiques et sécuritaires de la Corne de l’Afrique.

Le Soudan est également lié à des dossiers régionaux dans lesquels se croisent les intérêts du Golfe, de la Turquie et de l’Égypte, en plus de sa position géographique entre la mer Rouge, l’Afrique du Nord et l’est du continent.

Du point de vue qatari, le maintien d’une relation avec les autorités soudanaises permet à Doha de conserver un point d’ancrage politique dans un pays qui pourrait, une fois la guerre terminée, connaître une reconstruction de ses institutions, de son économie et de ses infrastructures.

C’est pourquoi le Qatar n’a pas adopté une politique de rupture avec la direction de l’armée, mais a choisi de maintenir le dialogue avec celle-ci, y compris pendant les périodes où les efforts internationaux poussaient en faveur d’un cessez-le-feu.

Du soutien politique à l’influence sur l’équilibre de la guerre

L’aspect le plus important du rôle qatari réside dans le fait que le soutien politique peut, en période de guerre, devenir un facteur influant sur la capacité de l’un des protagonistes du conflit à tenir dans la durée.

L’armée soudanaise a besoin de trois types de soutien extérieur : la légitimité politique, les ressources économiques et les capacités militaires et technologiques.

Elle a bénéficié de degrés variables de ces différents éléments de la part de plusieurs pays. Dans le cas du Qatar, la légitimité politique et la relation directe avec les dirigeants soudanais apparaissent plus clairement que l’ampleur du soutien militaire officiellement déclaré.

Quant aux rapports faisant état de fournitures militaires, ils indiquent que Doha ne considère pas le Soudan uniquement comme un dossier humanitaire, mais qu’elle envisage sa relation avec l’armée comme faisant partie de sa relation plus large avec l’État soudanais.

La guerre impose à Doha des calculs délicats

Dans le même temps, le Qatar ne souhaite pas que sa relation avec l’armée se transforme en engagement militaire déclaré qui ferait de lui un acteur direct du conflit.

La situation soudanaise est complexe et la communauté internationale se montre de plus en plus stricte à l’égard des États qui fournissent des armes aux parties au conflit. En septembre 2026, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a appelé à demander des comptes aux États qui fournissent des armes utilisées contre les civils, après que la mission d’établissement des faits des Nations unies eut conclu que le soutien extérieur sous forme d’armes, de technologies, de combattants et de réseaux logistiques contribue à la poursuite de la guerre.

Doha évolue donc dans un espace particulièrement délicat : soutenir l’État soudanais, maintenir ses relations avec l’armée, fournir une aide humanitaire et, dans le même temps, mettre l’accent sur le dialogue et la paix.

Le Qatar après trois années de guerre

Alors que la guerre entre dans sa quatrième année, il devient difficile de dissocier l’avenir du Soudan de ses relations régionales. L’armée dépend d’un réseau de partenaires extérieurs dans différents domaines, tandis que les États influents cherchent à préserver leurs intérêts dans un pays qui possède une position stratégique, des ressources naturelles et une longue façade maritime sur la mer Rouge.

De son côté, le Qatar semble déterminé à maintenir la porte ouverte à la direction de l’armée, sans annoncer pour autant sa transformation en partie combattante directe.

Dans ce contexte, les rencontres répétées entre les dirigeants qataris et soudanais peuvent être comprises comme faisant partie d’une politique visant à préserver l’influence et les relations, tandis que l’ampleur réelle du soutien militaire qatari aux Forces armées soudanaises demeure moins claire dans les sources publiques que le soutien politique et humanitaire.

En conclusion, le rôle du Qatar au Soudan ne repose pas sur une intervention militaire ouverte, mais sur une combinaison de relation politique, de soutien aux institutions dirigées par l’armée, d’aide humanitaire, de réseaux d’influence économique et diplomatique, ainsi que de rapports faisant état d’un appui militaire.

Tant que la guerre se poursuivra, la capacité du Qatar à maintenir cet équilibre restera liée à sa capacité à concilier sa relation étroite avec les autorités soudanaises et son discours officiel en faveur de l’unité du Soudan, du dialogue et de la fin des combats.

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