Saddam Haftar veille à une approche légale et humanitaire dans la lutte contre l’immigration irrégulière
Le vice-commandant en chef des forces de l’Est libyen affirme que la campagne d’expulsion est menée conformément à la loi et dans le respect de la dignité des personnes ainsi que de leurs droits fondamentaux.
Le vice-commandant en chef des forces de l’Est de la Libye, Saddam Haftar, cherche à établir un équilibre entre les exigences internes et les pressions extérieures en insistant sur la discipline et le professionnalisme dans la campagne d’expulsion des migrants en situation irrégulière. Cette démarche s’inscrit dans le respect des règles et des normes internationales relatives aux droits humains, tout en réaffirmant le droit souverain de l’État à contrôler la présence des résidents en infraction.
Haftar a adopté un discours mesuré visant à rassurer l’opinion publique nationale, préoccupée par la gestion de la question migratoire, tout en répondant aux critiques des organisations internationales de défense des droits humains. Il a souligné que les mesures en cours sont appliquées conformément à la loi et aux normes humanitaires, de manière à préserver la dignité des personnes concernées et à garantir le respect de leurs droits fondamentaux.
Il a également tenu à adresser un message rassurant aux États dont les ressortissants se trouvent en Libye, affirmant que leurs citoyens « sont en sécurité » et qu’ils peuvent suivre leur situation. Cette déclaration reflète une volonté de prévenir toute tension diplomatique éventuelle avec les partenaires internationaux de la Libye.
Mardi dernier, Haftar avait donné des instructions aux services de sécurité de l’Est et du Sud du pays afin de mettre fin à la présence illégale des migrants en situation irrégulière. À la suite de ces directives, de vastes opérations de terrain ont été lancées. Plusieurs directions de la sécurité ont annoncé l’arrestation d’un grand nombre de contrevenants ainsi que l’expulsion par voie aérienne de plusieurs groupes le jour même.
Les autorités de l’Est libyen justifient ces mesures par l’augmentation des préoccupations sécuritaires liées à l’immigration. Selon les responsables, les réseaux de trafic d’êtres humains et la criminalité transfrontalière organisée exploitent la fragilité de la situation sécuritaire et l’immensité des frontières pour pénétrer sur le territoire libyen et l’utiliser comme point de transit vers l’Europe. C’est dans ce contexte que Haftar a affirmé que cette campagne vise à « préserver la sécurité publique et la protection des citoyens » et constitue une réponse aux « menaces croissantes » associées à l’immigration clandestine.
Cette évolution intervient alors que la Libye connaît un vaste débat sur l’avenir de la gestion migratoire. Ces derniers jours, des militants ont relayé des informations faisant état de prétendus projets des Nations unies visant à installer des migrants en situation irrégulière sur le territoire libyen. Ces informations ont provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux, accompagnée d’appels à l’expulsion des migrants et à la fermeture des bureaux du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Tripoli.
Cependant, la Mission d’appui des Nations unies en Libye a rapidement démenti ces allégations, affirmant qu’aucune agence des Nations unies, y compris le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, ne met en œuvre de programme visant à installer des migrants en Libye, et que toutes les informations circulant à ce sujet sont « totalement infondées ».
Ces développements illustrent l’ampleur des défis auxquels la Libye est confrontée dans la gestion de l’immigration irrégulière, en particulier au regard des estimations officielles faisant état d’un nombre très important de migrants présents sur son territoire. En décembre 2025, le ministre de l’Intérieur du Gouvernement d’unité nationale, Imad Trabelsi, avait estimé que près de trois millions de migrants en situation irrégulière se trouvaient en Libye, la majorité d’entre eux espérant rejoindre l’Europe par la mer Méditerranée.
La Libye demeure l’un des principaux points de transit pour les migrants venant de plusieurs pays africains vers les côtes européennes, grâce à sa position géographique stratégique. Les réseaux de trafic de migrants sont particulièrement actifs dans plusieurs villes côtières de l’ouest du pays, profitant de la division politique persistante et des défis sécuritaires toujours présents.
De leur côté, les autorités libyennes affirment que leur pays supporte un fardeau dépassant largement ses capacités dans la lutte contre ce phénomène. Elles appellent les pays européens à fournir davantage de soutien et d’assistance, soulignant que la Libye constitue avant tout un « pays de transit » plutôt qu’un pays de destination pour les migrants.
Entre impératifs sécuritaires et considérations humanitaires, la question migratoire devrait demeurer l’un des dossiers les plus sensibles de la scène politique libyenne au cours de la période à venir, notamment en raison de l’intensification des pressions internes et des inquiétudes croissantes liées à la sécurité, à l’économie et à l’équilibre démographique du pays.
