Golfe Persique

Qaani aux factions irakiennes : pas de remise des armes, pas d’affrontement avec l’État


Le commandant de la Force Al-Qods a fixé, lors de sa visite non annoncée à Bagdad et de ses rencontres avec les dirigeants des milices et ceux du Cadre de coordination, des lignes rouges concernant la question du monopole des armes par l’État.

Le commandant de la Force Al-Qods des Gardiens de la révolution iraniens, le général Ismail Qaani, a fixé, lors de réunions tenues à Bagdad avec des dirigeants du Cadre de coordination et des factions armées, des lignes rouges concernant la question des armes détenues par les factions, alors que le gouvernement irakien s’apprête à trancher ce dossier et à imposer le monopole des armes aux institutions de l’État.

Selon des informations exclusives rapportées par l’agence kurde irakienne Shafaq News, citant des sources présentées comme informées du contenu des réunions, Qaani a insisté, lors de ses entretiens, sur le fait que les factions irakiennes ne devaient pas remettre leurs armes à l’État pour le moment. Cette position traduit la volonté de maintenir les capacités militaires de ces factions en dehors d’un processus de remise directe, jusqu’à ce que soient réunies des conditions politiques et sécuritaires que ces forces jugent propices à une nouvelle discussion sur l’avenir de leurs arsenaux.

Mais le message transmis par Qaani ne s’est pas limité au refus de remettre les armes. Il a parallèlement fixé une autre ligne rouge : empêcher que le différend avec le gouvernement irakien ne dégénère en confrontation armée avec les forces de sécurité. Selon les sources, la priorité était clairement d’éviter tout affrontement interne susceptible de menacer l’équilibre politique et sécuritaire actuel en Irak.

Ainsi, la position iranienne semble reposer sur deux axes parallèles : maintenir les armes des factions tout en empêchant leur utilisation contre l’État. Cette formule traduit une tentative de gérer le différend plutôt que de le trancher sur le terrain, en maintenant ouvertes les voies de négociation et de pression politique auprès du gouvernement et des différentes forces politiques.

Dans ce contexte, les informations rapportées indiquent que Qaani a appelé à exercer une pression politique sur le gouvernement du Premier ministre Ali Faleh al-Zaidi afin de parvenir à un compromis permettant d’éviter la remise des armes à ce stade. L’objectif serait ainsi de reporter la confrontation autour de ce dossier sans qu’elle ne se transforme en crise sécuritaire ouverte.

Cette position intervient à un moment particulièrement sensible, à l’approche du 30 septembre, date fixée par les principales forces politiques comme échéance pour placer toutes les armes sous l’autorité des institutions officielles. La Coalition de l’administration de l’État avait confirmé, lors de sa réunion tenue au début du mois d’août, la nécessité de mettre fin à toute activité armée en dehors du cadre de l’État, avertissant que toute activité armée menée en dehors des institutions officielles après la date fixée serait traitée conformément à la loi antiterroriste.

Ces développements placent le gouvernement d’al-Zaidi face à un test complexe. D’un côté, il cherche à unifier la décision sécuritaire et à placer les armes sous l’autorité exclusive des institutions officielles ; de l’autre, il se heurte au refus de factions armées qui considèrent que l’abandon de leurs capacités militaires dans les circonstances actuelles constituerait une menace pour leur position et leur rôle.

À travers ses dernières rencontres, Qaani semble avoir tenté de définir des limites claires pour les factions et les forces politiques : pas de remise des armes pour le moment, mais pas non plus de confrontation armée avec l’État. Entre ces deux lignes, le compromis politique apparaît comme la voie que Téhéran souhaite maintenir ouverte afin d’éviter une explosion du conflit entre le gouvernement et les factions.

Cette équation prend davantage d’importance au regard de la divergence des positions au sein même des factions. Certaines se montrent disposées à réorganiser leurs relations avec l’État, tandis que d’autres refusent d’abandonner leurs capacités militaires et lient l’avenir de leurs armes au retrait des forces étrangères ainsi qu’à la garantie de protéger l’Irak contre les attaques extérieures.

Par conséquent, les lignes rouges fixées par Qaani ne signifient pas la fermeture de la porte aux négociations, mais plutôt l’établissement de conditions préalables à celles-ci : préserver les armes des factions à ce stade, en contrepartie du gel de l’option d’un affrontement avec l’État, tout en laissant aux forces politiques la possibilité de rechercher une formule permettant de reporter la décision finale et d’empêcher que la question des armes ne se transforme en conflit armé interne en Irak.

Dans une évolution qui ajoute une nouvelle dimension au dossier du monopole des armes en Irak, le président de la région du Kurdistan, Nechirvan Barzani, a révélé que des responsables iraniens s’étaient déclarés prêts à aider le Premier ministre Ali Faleh al-Zaidi à mettre en œuvre la politique visant à placer les armes sous l’autorité de l’État. Cette position revêt une importance particulière compte tenu de la sensibilité du dossier et de ses liens avec des factions armées proches de Téhéran.

Il a affirmé que les armes devaient être placées exclusivement sous l’autorité de l’État et utilisées sur ordre du commandant en chef des forces armées, soulignant ainsi la nécessité d’unifier la décision sécuritaire et de mettre fin à la multiplicité des centres de pouvoir armés. Il a déclaré que les responsables iraniens qu’il avait rencontrés lors de sa visite à Téhéran lui avaient fait part de leur volonté d’aider le gouvernement irakien sur ce dossier et qu’ils avaient transmis le même message au Premier ministre.

Selon Barzani, les responsables iraniens chargés du dossier irakien ont lié leur volonté d’apporter leur aide au principe de soutien à un État voisin et au maintien de sa stabilité, estimant que la stabilité de l’Irak sert également les intérêts de l’Iran. Ces déclarations revêtent une portée politique notable, notamment parce qu’elles interviennent alors que la pression exercée sur Bagdad pour régler la question des factions armées s’intensifie, tandis que certaines forces armées refusent toujours de renoncer à leurs capacités militaires.

Cette position intervient parallèlement à une pression américaine croissante sur le gouvernement d’al-Zaidi afin qu’il mette en œuvre ses engagements concernant le monopole des armes par l’État. Le 30 septembre a été fixé comme date limite pour l’abandon des armes, parallèlement aux échéances liées à la fin de la mission de la coalition internationale en Irak.

Les propos de Barzani sur la volonté de Téhéran d’apporter son aide indiquent que la position iranienne pourrait ne pas être parfaitement alignée sur celle de l’ensemble des factions. Ils ouvrent également la voie à l’hypothèse d’un rôle iranien dans l’élaboration d’un compromis politique sur ce dossier, plutôt que de laisser celui-ci évoluer vers une confrontation directe entre le gouvernement et les factions.

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