Politique

Les transformations au sein de la direction iranienne déstabilisent les factions irakiennes


Le Conseil atlantique américain conclut que les factions irakiennes font face à une crise organisationnelle et idéologique qui menace leur cohésion et leur avenir, dans un contexte marqué par l’affaiblissement de l’autorité de référence unifiée qui encadrait jusqu’alors leur fonctionnement.

Un rapport publié par l’Atlantic Council estime que l’Iran connaît une transformation structurelle de son système de gouvernance à la suite du transfert du pouvoir au nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei. Selon le rapport, cette évolution ne se limite pas aux affaires intérieures iraniennes, mais exerce également une influence sur les zones d’influence régionales, notamment en Irak, où les factions armées proches de Téhéran traversent une période de fragmentation et de désorientation sans précédent.

D’après le rapport, le système politique iranien dans sa nouvelle phase diffère sensiblement du modèle qui a gouverné le pays depuis la révolution islamique de 1979. Sous la direction du fondateur de la République islamique, Ruhollah Khomeini, le pouvoir était presque entièrement concentré entre les mains du Guide suprême. Son successeur, Ali Khamenei, a conservé son statut d’autorité décisionnelle ultime dans les domaines politiques et stratégiques pendant plus de trois décennies, malgré l’influence croissante du Islamic Revolutionary Guard Corps au sein de l’appareil d’État.

Toutefois, selon le rapport, la situation a changé avec l’arrivée de Mojtaba Khamenei à la tête du pays. Le Guide suprême ne constituerait plus l’unique centre de gravité du processus décisionnel. L’Atlantic Council décrit désormais le système iranien comme se rapprochant d’un « gouvernement dirigé par un conseil militaire », dans lequel un groupe restreint de hauts responsables des Gardiens de la révolution supervise les principaux dossiers stratégiques et sécuritaires, tandis que le bureau du Guide suprême conserve le rôle de légitimation religieuse et politique des décisions prises.

Le rapport souligne que Mojtaba Khamenei ne dispose pas de plusieurs des atouts qui caractérisent son père, notamment en matière de présence politique, d’influence au sein des institutions religieuses et militaires, ainsi que d’expérience accumulée dans la gestion des dossiers régionaux. Il appartient également à une génération qui n’a pas vécu directement la révolution islamique ni la guerre Iran-Irak, événements qui ont constitué le socle idéologique et politique de nombreux dirigeants actuels des Gardiens de la révolution.

Le document indique également que les récentes confrontations avec les États-Unis et Israël ont renforcé l’influence d’un groupe de généraux dont la formation politique et stratégique a été façonnée par la guerre Iran-Irak. Ces responsables seraient aujourd’hui les acteurs les plus influents dans la définition des politiques sécuritaires et militaires iraniennes.

Selon le rapport, ces dirigeants contrôlent désormais les principaux leviers de la prise de décision stratégique, y compris la gestion de l’influence iranienne dans la région.

Les répercussions de cette transformation apparaissent clairement en Irak, considéré depuis plusieurs décennies comme l’un des principaux espaces d’influence de Téhéran. Alors que Qassem Soleimani — ancien commandant de la Force Al-Qods, tué par Washington à Bagdad au début de l’année 2020 et souvent présenté comme l’architecte de la stratégie d’expansion régionale iranienne — puis son successeur Esmail Qaani géraient directement le dossier irakien, la décision finale revenait à Ali Khamenei, qui jouait le rôle de référence politique et religieuse commune pour les factions et les forces alliées à l’Iran.

Aujourd’hui, selon l’Atlantic Council, ce centre unifié de décision s’est affaibli, ce qui a eu des répercussions directes sur les factions irakiennes liées à l’Iran, en particulier celles qui se réfèrent à l’école religieuse de Qom. Avec l’intensification des pressions américaines visant à démanteler ces groupes ou à les intégrer aux institutions de l’État, des divergences de plus en plus visibles sont apparues concernant l’avenir des armes et de l’action armée.

Le rapport met également en évidence une réalité désormais manifeste : les factions irakiennes se sont divisées en plusieurs camps. Certaines ont annoncé leur volonté d’abandonner leurs armes ou de les remettre à l’État ; d’autres se montrent ouvertes à cette perspective ; tandis que certains groupes rejettent catégoriquement toute démarche de ce type. D’autres encore préfèrent adopter une position attentiste dans l’attente d’une clarification du contexte politique et régional.

Selon le rapport, cette diversité de positions reflète l’affaiblissement de la capacité de Téhéran à unifier les positions de ses alliés, comme cela était le cas sous Ali Khamenei et Qassem Soleimani. Il estime que ces divisions pourraient s’accentuer à mesure que les pressions américaines se poursuivent ou si des accords venaient à être conclus entre Washington et Téhéran sur les principaux dossiers régionaux.

L’Atlantic Council conclut que les factions irakiennes traversent une crise organisationnelle et morale susceptible de menacer leur cohésion ainsi que leur avenir, en raison du déclin de l’autorité centrale qui régulait autrefois leurs orientations. Alors que certaines factions semblent désormais plus enclines à s’intégrer pleinement au processus politique et à abandonner la lutte armée, les groupes les plus radicaux pourraient être confrontés à une situation plus complexe, notamment si l’influence dominante des Gardiens de la révolution sur la prise de décision iranienne se maintient. Le rapport estime enfin qu’un accord clair entre Washington et Téhéran sur cette question pourrait constituer la solution la plus simple, tandis que le risque d’une confrontation militaire demeurerait réel en cas d’échec des voies politiques et diplomatiques.

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