Le refus d’une faction irakienne de limiter les armes menace de provoquer une confrontation avec l’État
Harakat al-Nujaba affirme son attachement à ses armes et rejette toute démarche pouvant conduire à leur abandon, malgré le lancement des travaux de la commission gouvernementale chargée de mettre en œuvre le projet de monopole des armes par l’État.
Les signes se multiplient indiquant que les efforts du gouvernement irakien visant à faire avancer le projet de concentration des armes entre les seules mains de l’État entrent dans une phase particulièrement sensible. L’émergence de positions hostiles de la part de certaines factions armées place désormais ces groupes face à un choix difficile : s’intégrer aux nouvelles dispositions étatiques ou s’opposer à une volonté politique orientée vers la réorganisation du paysage sécuritaire et militaire sous l’autorité exclusive des institutions officielles.
La récente position adoptée par Harakat al-Nujaba illustre l’ampleur des défis auxquels est confronté le plan du Premier ministre Ali Al-Zaidi. Le mouvement a réaffirmé son attachement à ses armes et son refus de toute initiative susceptible de conduire à leur abandon, alors même que la commission gouvernementale compétente a commencé ses travaux en vue de mettre en œuvre le projet de monopole des armes par l’État.
Dans un communiqué, le mouvement a déclaré : « La position de la Résistance islamique – Mouvement Al-Nujaba est constante et ne changera pas concernant les armes sacrées et disciplinées qui ont été créées pour défendre l’Irak, ses lieux saints et son peuple. »
Cette déclaration suggère qu’un courant au sein de certaines factions continue de considérer les armes comme un élément d’un projet idéologique et politique distinct des institutions de l’État. Cette vision entre en contradiction avec l’orientation défendue par le gouvernement actuel et les forces politiques qui le soutiennent, lesquelles cherchent à réorganiser le secteur de la sécurité et à mettre fin à la dualité du pouvoir militaire.
L’importance de cette question s’accroît dans le contexte des pressions régionales et internationales auxquelles est confronté Bagdad, notamment les demandes répétées des États-Unis visant à encadrer les armes en dehors du cadre étatique et à empêcher que le territoire irakien ne soit utilisé comme théâtre de rivalités entre puissances régionales et internationales. Des observateurs estiment que certaines déclarations émanant de factions armées révèlent la persistance de liens avec des agendas dépassant les considérations strictement nationales irakiennes, notamment lorsque les priorités d’alliances régionales sont placées avant les intérêts politiques et économiques de l’Irak.
Le secrétaire général du mouvement, Akram al-Kaabi, avait précédemment appelé les factions armées à rejeter toute discussion concernant l’avenir de leurs armes, affirmant qu’il n’était pas question d’y renoncer. Cette position reflète une volonté de maintenir une confrontation politique avec les nouvelles orientations gouvernementales, alors que Bagdad cherche à construire un consensus national autour du principe du monopole de la force armée par les institutions officielles.
En parallèle, le gouvernement semble bénéficier d’un soutien politique croissant pour poursuivre cette démarche. L’Coordination Framework a accordé au Premier ministre une marge de manœuvre lui permettant de prendre les mesures qu’il juge nécessaires pour protéger les intérêts supérieurs du pays, tout en soutenant le projet de limitation des armes aux seules institutions étatiques et la réorganisation des relations entre les Popular Mobilization Forces et les acteurs politiques.
Par ailleurs, plusieurs initiatives prises par d’autres groupes et factions ont donné un nouvel élan au projet gouvernemental. Muqtada al-Sadr a annoncé la séparation des Saraya al-Salam du Courant national chiite et leur rattachement à l’État, appelant les autres factions à adopter des mesures similaires.
De même, Asaib Ahl al-Haq et les Kataib Imam Ali ont annoncé le lancement de procédures organisationnelles relatives au recensement des armes et des membres ainsi qu’à la réorganisation de leurs relations avec le commandant en chef des forces armées.
Ces développements montrent que la scène politique chiite n’affiche plus une position unifiée concernant l’avenir des armes. Certaines forces semblent désormais davantage disposées à s’inscrire dans le projet étatique, tandis que d’autres continuent de défendre leurs approches traditionnelles.
Par ailleurs, des informations faisant état de l’attribution de dizaines de milliers d’emplois aux membres des factions acceptant de régulariser leur situation et d’intégrer les institutions officielles suggèrent que le gouvernement cherche à combiner incitations économiques et politiques avec un cadre juridique destiné à assurer le succès de son plan.
Si certaines factions persistent à rejeter cette démarche, elles pourraient se retrouver confrontées directement à une orientation officielle bénéficiant d’un soutien politique de plus en plus large. La question des armes pourrait alors passer du stade de la négociation à celui d’un véritable test de la capacité de l’État irakien à imposer sa souveraineté et à conserver le monopole légitime de l’usage de la force.
