Golfe Persique

La décision de former le Conseil souverain suprême pour l’intégrité, le contrôle et la récupération des fonds publics en Irak suscite une controverse constitutionnelle


Les détracteurs de cette mesure estiment que la présidence du Conseil par Al-Zaidi, alors qu’il regroupe des organismes de contrôle censés surveiller l’action du gouvernement, soulève une problématique liée au conflit de rôles.

La décision du Premier ministre irakien, Ali Faleh Al-Zaidi, de créer le Conseil souverain suprême pour l’intégrité, le contrôle et la récupération des fonds publics a suscité un large débat, avec des opinions divergentes entre ceux qui considèrent cette initiative comme nécessaire pour lutter contre la corruption et renforcer la surveillance, et ceux qui estiment qu’elle est contraire à la nature des institutions de contrôle indépendantes prévues par la Constitution.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre des efforts du gouvernement visant à réexaminer les contrats publics et à contrôler les projets gouvernementaux. Al-Zaidi a ordonné la création d’un nouveau conseil chargé de suivre les dossiers de contrôle les plus importants, sous sa présidence et avec la participation des présidents de la Commission de l’intégrité et du Bureau du contrôle financier. Les résultats de ses travaux devraient être transmis à la justice afin que les mesures nécessaires soient prises contre les contrevenants et les personnes impliquées dans des affaires de corruption.

La controverse autour de la création du Conseil souverain suprême pour l’intégrité met en lumière l’ampleur des défis posés par la corruption en Irak. Malgré la succession des gouvernements et le lancement de nombreuses campagnes de lutte contre ce phénomène, plusieurs rapports continuent de signaler l’existence de réseaux d’influence profitant des failles administratives et des insuffisances du contrôle pour détourner des fonds publics.

L’affaire dite du « vol du siècle » demeure l’un des exemples les plus marquants ayant bouleversé l’opinion publique irakienne en 2022, lorsque les enquêtes ont révélé la disparition de 2,5 milliards de dollars provenant des dépôts fiscaux, dans ce qui a été considéré comme l’un des plus grands scandales de corruption financière de l’histoire récente du pays.

Cette affaire est devenue une référence incontournable dans tout débat portant sur l’efficacité des institutions de contrôle et la capacité de l’État à protéger les fonds publics. Elle a également renforcé les revendications populaires et politiques en faveur d’un contrôle plus strict des contrats gouvernementaux et de la fermeture des canaux de gaspillage et de corruption qui ont coûté au Trésor irakien des milliards de dollars au fil des années.

Le gouvernement d’Al-Zaidi cherche à renforcer la surveillance des marchés publics, à vérifier la rentabilité économique des projets, ainsi qu’à récupérer les fonds publics et à empêcher la répétition des irrégularités ayant accompagné de nombreux programmes au cours des dernières années. Ces mesures s’inscrivent également dans les efforts du pouvoir exécutif pour démontrer une plus grande détermination dans la lutte contre la corruption, considérée comme l’un des défis structurels majeurs auxquels l’État irakien est confronté.

Cependant, la décision n’a pas été adoptée sans opposition. Le député Mohammed Jassem Al-Khafaji a estimé que la création de ce nouveau conseil manquait de fondement juridique et constitutionnel. Il a souligné que la Commission fédérale de l’intégrité et le Bureau du contrôle financier relèvent du Parlement en vertu de la Constitution et bénéficient d’une indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif afin de contrôler les institutions gouvernementales et d’enquêter sur les affaires de corruption.

Les critiques de cette décision estiment que le fait que le Premier ministre préside un conseil regroupant des organismes chargés de contrôler l’action du gouvernement lui-même pose un problème de conflit de rôles. Ils rappellent que ces institutions sont précisément responsables de la surveillance des ministères et des administrations publiques, y compris le bureau du Premier ministre, ce qui soulève des interrogations quant à la compatibilité de cette nouvelle structure avec le principe d’indépendance du contrôle consacré par la Constitution.

Ils ont également souligné que les lois en vigueur, notamment la loi sur la Commission de l’intégrité et celle relative au Bureau du contrôle financier, définissent clairement les compétences et les mécanismes de fonctionnement de ces institutions. Selon eux, la priorité devrait être accordée au renforcement de leur indépendance et à la nomination permanente de leurs dirigeants plutôt qu’à la gestion de certains postes sensibles à titre intérimaire, afin de garantir une lutte plus efficace contre la corruption, à l’abri des influences politiques.

À l’inverse, les partisans de cette initiative estiment que l’Irak a besoin d’une coordination renforcée entre les organismes de contrôle, les autorités judiciaires et les institutions financières afin de faire face aux réseaux de corruption complexes qui épuisent les ressources de l’État. Selon eux, ce nouveau conseil pourrait constituer une plateforme permettant d’unifier les efforts, d’accélérer l’échange d’informations et de suivre les grands contrats nécessitant la coopération de plusieurs organismes de contrôle.

Cette controverse intervient alors que le gouvernement d’Al-Zaidi intensifie ses mesures de contrôle. Le Premier ministre avait déjà ordonné l’ouverture d’enquêtes approfondies sur plusieurs contrats publics importants, avec une vérification de leur conformité aux lois et règlements en vigueur, ainsi qu’une identification des bénéficiaires de toute irrégularité éventuelle au détriment des fonds publics.

Les débats entourant le Conseil souverain suprême pour l’intégrité reflètent un dilemme ancien en Irak : comment concilier la nécessité d’un leadership gouvernemental fort dans la lutte contre la corruption avec la préservation de l’indépendance des institutions de contrôle et de la justice. Il est probable que cette controverse se poursuit dans les prochains mois, en particulier si les objections dépassent le cadre politique pour donner lieu à des recours juridiques et constitutionnels, ce qui pourrait rendre l’avenir de ce nouveau conseil tributaire des interprétations constitutionnelles et des limites des prérogatives du pouvoir exécutif dans la gestion des affaires de contrôle.

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