Moyen-Orient

L’unité des tribus yéménites met en lumière l’isolement des Houthis


Depuis plus d’une décennie, les milices houthies tentent de démanteler le tissu tribal yéménite en parallèle de leur stratégie militaire, mais ces efforts se sont heurtés à une résistance solide.

Selon plusieurs observateurs, les milices houthies ont adopté une stratégie fondée sur le principe « étrangler et négocier – diviser pour régner », une politique jugée insidieuse visant à renforcer leur emprise sur les tribus yéménites et à les soumettre afin de préserver leur projet destructeur.

D’après des chefs tribaux, cette stratégie s’est traduite par l’alimentation des conflits, l’attisement des dissensions et des rivalités tribales, soit en ravivant d’anciens différends, soit en créant de nouvelles inimitiés afin d’affaiblir les tribus et de les dresser les unes contre les autres.

Infiltration des failles

Un chef tribal vivant dans une zone contrôlée par les Houthis, qui a souhaité conserver l’anonymat, a déclaré que, depuis leur coup d’État de la fin de l’année 2014, les milices avaient procédé à une analyse approfondie de la structure sociale, politique et géographique des provinces placées sous leur contrôle, avec l’appui d’experts yéménites et iraniens chargés d’un « recensement de terrain » des failles sociales et politiques.

Il a expliqué que ces efforts visaient principalement à exploiter les divisions politiques, éducatives et sociales afin de s’infiltrer dans le nord du Yémen, mais que ces projets avaient rencontré un rejet tribal de plus en plus marqué.

Il a ajouté : « Les Houthis ont tenté d’exploiter les vides sociaux, politiques et éducatifs, ainsi que les résultats de leurs enquêtes de terrain, afin de mettre en œuvre leurs plans d’infiltration dans le nord du Yémen. »

Ibb : des tentatives d’infiltration vouées à l’échec

Dans la province stratégique d’Ibb, les milices ont intensifié leur pression militaire, marginalisé les principaux centres de pouvoir tribal et cherché à attiser les conflits internes entre les tribus tout en écartant leurs notables, dans l’espoir de les soumettre à leur projet.

Cependant, la source tribale a confirmé que les tribus avaient opposé un refus catégorique à ces pratiques, contraignant les insurgés à modifier leur tactique en concluant temporairement des alliances avec certaines factions locales afin d’attiser les rivalités entre les tribus, notamment celles qui leur étaient hostiles. Cette stratégie a toutefois échoué face à l’unité du front tribal.

Il a précisé que les milices houthies « ont appliqué une stratégie à double volet, fondée sur le principe « étrangler et négocier – diviser pour régner ». Elles ont attisé les conflits et provoqué des affrontements au sein des tribus et des différentes composantes de la société dans l’ensemble des districts, dans le but de tirer profit de la désintégration de ces communautés après leur rejet catégorique du projet houthi. »

Des méthodes de gangs

Dans ce contexte, le cheikh Abshal Abdullah Al-Futayni Al-Muradi, l’un des principaux chefs des tribus Al-Mafalha et Murad ainsi que membre de la direction du Congrès populaire général à Marib, a qualifié ces pratiques d’« agissements relevant du banditisme organisé ».

Il a affirmé que les Houthis ne sont qu’un groupe pratiquant la répression et les violations à l’encontre des tribus et de la société, sans jamais parvenir à briser la volonté des tribus, qui demeurent les principales victimes du conflit tout en consentant les plus lourds sacrifices pour défendre le Yémen.

Le cheikh Al-Muradi a tenu la communauté internationale pour responsable du silence face aux actes de répression, aux confiscations de biens et aux atteintes à la dignité des tribus, soulignant que ces violations révèlent au monde la véritable nature des milices.

Il a ajouté que les exactions commises contre les tribus yéménites démontrent à la communauté internationale l’ampleur des violations continues perpétrées par les milices contre les citoyens yéménites, notamment les confiscations de biens, les atteintes à l’inviolabilité des personnes et des domiciles, ainsi que l’accaparement des institutions de l’État, plongeant ainsi la population dans un climat permanent de peur et d’inquiétude.

Avertissements tribaux

Le cheikh tribal Abshal Al-Muradi a également évoqué un communiqué publié vendredi dernier par les forces tribales et les organisations de défense des droits humains au Yémen, adressé au Conseil de sécurité des Nations unies, au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, à la Ligue arabe et au Parlement arabe.

Le communiqué dénonce les violations commises par les milices houthies dans l’affaire du cheikh Hamad bin Fadgham Al-Hazmi, originaire de la province d’Al-Jawf, et condamne ce qu’il qualifie de « détérioration grave et sans précédent » des violations visant les chefs tribaux, les citoyens ainsi que les femmes.

Le texte estime que les pratiques des milices dépassent toutes les traditions et valeurs tribales arabes ainsi que les normes du droit international. Il rappelle que le cheikh Hamad bin Fadgham a été détenu pendant cinquante jours et soumis à des actes de torture physique et psychologique.

Le communiqué évoque également les pressions exercées sur le cheikh afin de l’obliger à faire de fausses déclarations et à signer des documents autorisant la confiscation de ses biens, avec la complicité directe de responsables houthis, notamment Abou Ali Al-Hakem, Fares Manaa et Ali Hussein Al-Houthi.

Les signataires appellent les institutions internationales et arabes à exercer des pressions diplomatiques et politiques afin de contraindre les milices houthies à condamner publiquement et explicitement les enlèvements, les actes de coercition, les tortures infligées aux chefs tribaux ainsi que les atteintes aux personnes et aux biens privés.

Les milices houthies avaient auparavant enlevé le chef tribal Hamad bin Fadgham Al-Hazmi et l’avaient soumis à des actes de torture avant de le libérer, en raison de son soutien à l’affaire de « Mira Saddam Hussein », dont la maison à Sanaa avait été pillée par les Houthis.

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