Fares Manaa : une pieuvre houthie confrontée à la prétendue fille de Saddam Hussein
Une mèche de cheveux a déclenché une affaire qui remet sous les projecteurs une figure houthie influente, dont les réseaux transfrontaliers sont depuis longtemps associés au trafic d’armes.
Le nom de Fares Manaa est largement associé à l’un des principaux acteurs du commerce des armes au profit des Houthis et à l’alimentation de leurs opérations militaires. Pourtant, selon plusieurs observateurs, l’ampleur réelle de son influence demeure méconnue du grand public.
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La puissance de celui qui est souvent présenté comme l’un des plus importants marchands d’armes du Moyen-Orient ne résiderait pas uniquement dans les transactions d’armement elles-mêmes, mais également dans les réseaux logistiques complexes et les structures financières opaques qui s’étendent du Yémen jusqu’à la Corne de l’Afrique.
Aujourd’hui, le nom de Manaa, originaire de la région d’Al-Talh, dans le district de Sahar, gouvernorat de Saada, refait surface après la confiscation d’une villa liée à une femme connue sous le nom de « Mira Saddam Hussein », qui affirme être la fille de l’ancien président irakien Saddam Hussein.
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Selon les informations rapportées, Mira a coupé une mèche de ses cheveux conformément à une ancienne tradition tribale arabe et l’a remise à des chefs tribaux afin de solliciter leur protection selon les usages coutumiers. Ce geste a suscité une vive réaction au sein de plusieurs tribus et ravivé l’attention portée sur l’influence de cette « pieuvre » ainsi que sur les abus qui lui sont attribués.
Après leur prise de pouvoir à la fin de l’année 2014, les Houthis ont accordé à Manaa un rôle officiel dans leur administration en le nommant gouverneur de Saada, puis ministre d’État au sein du gouvernement de facto non reconnu internationalement, avant qu’il ne disparaisse progressivement de la scène publique à partir de 2023.
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Manaa aurait utilisé ses fonctions au sein du gouvernement houthi ainsi que son ancien réseau de marchand d’armes afin d’agir comme intermédiaire financier et logistique pour les dirigeants du mouvement à Sanaa.
Il aurait également participé au financement de l’acheminement d’armes iraniennes vers la Corne de l’Afrique, notamment à destination du mouvement somalien Al-Shabaab. Ces activités lui ont valu d’être inscrit depuis 2010 sur les listes de sanctions des Nations unies, des États-Unis, de l’Union européenne, du Royaume-Uni et du Brésil, en raison de son implication présumée dans un vaste réseau de trafic d’armes et de soutien à des groupes armés au Yémen et dans la Corne de l’Afrique.
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Des réseaux logistiques sophistiqués
Ces dernières années, Manaa se serait appuyé sur un réseau logistique et financier administré par plusieurs de ses fils impliqués dans les structures houthies, notamment Rashid, Fahd et Adib, auxquels aurait été confiée la gestion des opérations de contrebande d’armes, tandis que lui-même se tenait davantage à l’écart de la scène publique.
Son réseau logistique et financier comprend plusieurs sociétés commerciales, dont des entreprises de façade spécialisées dans le transport maritime et l’import-export international. Parmi elles figure la société Four Seasons General Trading and Shipping Company, qui servirait de couverture commerciale pour le transport de matériel lourd ainsi que de cargaisons d’armes transitant par des ports intermédiaires.
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Manaa s’appuierait également sur Rashid Fares Mohammed Trading and Import Establishment, une société écran récemment créée afin de signer des contrats internationaux, de transférer des fonds et d’effectuer des opérations commerciales interdites au profit des Houthis. Cette structure serait dirigée par son fils Rashid.
D’autres sociétés seraient également impliquées, notamment East Fishing and Fisheries Company, présentée comme une entreprise de façade maritime destinée au transport de cargaisons d’armes de contrebande via la mer Rouge et le golfe d’Aden. À cela s’ajoute le groupe Manaa Commercial Group, ancienne holding commerciale dont les activités ont été gelées après l’imposition de sanctions internationales.
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Manaa aurait également créé plusieurs sociétés financières à Sanaa, notamment des entreprises spécialisées dans la sécurité privée, les services et les travaux publics, qui seraient utilisées pour le blanchiment d’argent, le financement du trafic d’armes ainsi que des activités liées au marché noir du pétrole.
Selon les mêmes informations, les sociétés de sécurité privée liées à Manaa recrutaient du personnel armé, détiendrait le monopole des contrats de protection des installations dans les zones contrôlées par les Houthis, assurent la circulation de liquidités destinées à financer les réseaux de contrebande et généreraient des centaines de millions de dollars de revenus provenant de contrats conclus avec des organisations internationales.
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Rashid Manaa et les évaluations des services de sécurité
Selon les évaluations des services de sécurité yéménites, les Houthis auraient nommé Rashid Fares Manaa à la tête d’un département stratégique du Service de sécurité et de renseignement du mouvement, avec pour mission de superviser les opérations transfrontalières.
Rashid Manaa aurait été désigné responsable de la « neuvième direction » des services de renseignement houthis, une unité chargée des opérations de renseignement extérieur ainsi que de l’organisation des transactions d’armes et des financements illicites. Cette direction supervisait les réseaux de contrebande approvisionnant les Houthis en armes et en munitions provenant d’Iran par différents circuits, notamment via une plateforme de renseignement située dans un pays de la région et dirigée par le responsable houthi Hilal Al-Nafish.
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Selon les informations disponibles, Manaa aurait créé plusieurs sociétés écrans au nom de ses fils, en particulier Rashid, afin d’ouvrir des lettres de crédit et de transférer des fonds par l’intermédiaire du Trésor du ministère houthi de la Défense à Sanaa ainsi que de sociétés locales de change, avant d’acheminer ces fonds vers des entreprises étrangères spécialisées dans le transport et l’importation, donnant ainsi l’apparence de transactions commerciales civiles.
Toujours selon ces informations, Manaa importait des armes légères et moyennes, des munitions spécialisées, des systèmes électroniques destinés aux drones et aux missiles balistiques, des équipements de communication militaire cryptés ainsi que du matériel de surveillance provenant de plus de huit pays.
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