Politique

L’Iran s’accroche à l’armement des factions irakiennes face aux efforts de Bagdad pour restaurer sa souveraineté


Un expert américain : les États-Unis continueront de faire pression sur l’Iran afin de faire progresser le processus de désarmement, notamment en renforçant les sanctions économiques contre les dirigeants des factions.

Des milieux universitaires américains estiment peu probable que les factions armées respectent l’échéance fixée par le Premier ministre irakien Ali Al-Zaidi pour mettre fin à leur arsenal, échéance qui expire à la fin du mois de septembre prochain. Cette position serait encouragée par Téhéran, qui considère ces milices comme un élément central du réseau d’influence stratégique que l’Iran a construit au fil des années.

Cité dimanche par l’agence de presse kurde Shafaq News, Paul Davis, universitaire et chercheur à l’Institut des politiques mondiales à Washington, a déclaré que Bagdad se trouvait dans une situation complexe, tentant de concilier la poursuite de ses politiques nationales avec la nécessité de faire face à l’opposition de son allié traditionnel, Téhéran.

Selon Davis, le recours aux factions armées constitue l’un des piliers fondamentaux de la politique étrangère iranienne, fondée sur le principe de l’exportation de la révolution. Malgré l’affaiblissement considérable des capacités de certains de ses alliés, notamment le Hamas, Téhéran conserverait une influence et un contrôle importants sur les Forces de mobilisation populaire, auxquelles il aurait demandé de ne pas remettre leurs armes.

Les responsables iraniens ont intensifié leurs visites en Irak à l’approche de l’expiration du délai fixé pour le désarmement. En effet, tout démantèlement effectif de leurs capacités militaires ou tout placement intégral de leurs armes sous une autorité irakienne indépendante représenterait une réduction majeure de la capacité de l’Iran à influencer les décisions irakiennes et régionales.

La visite à Bagdad du président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui a débuté mercredi dernier, ne semble pas étrangère à ce contexte. Des sources irakiennes ont indiqué que cette visite dépassait son caractère parlementaire officiellement affiché et portait principalement sur des dossiers politiques et sécuritaires, notamment sur l’avenir des armes détenues par les factions armées à l’approche de la date fixée par le gouvernement irakien pour placer toutes les armes sous le contrôle exclusif de l’État, le 30 septembre.

Selon ces sources, Ghalibaf aurait présenté des propositions iraniennes visant à éviter une confrontation directe entre le gouvernement irakien et les factions loyales à Téhéran. Parmi ces propositions figurent le « gel » des armes lourdes ou leur dissimulation, voire le transfert temporaire d’une grande partie de cet arsenal vers l’Iran, dans l’attente d’un règlement politique concernant l’avenir de l’armement des factions.

Ces initiatives interviennent alors que les tensions s’intensifient entre le gouvernement irakien et certaines factions armées, notamment les Brigades du Hezbollah, qui refusent de remettre ce qu’elles qualifient d’« armes de la résistance ».

Selon l’expert américain, les États-Unis continueront à exercer des pressions sur l’Iran afin de faire avancer le dossier du désarmement, notamment par un renforcement des sanctions économiques visant les dirigeants des factions.

En revanche, les factions armées avancent leurs propres exigences, rendant le processus de désarmement particulièrement complexe. Elles demandent notamment que les forces kurdes peshmergas soient également concernées par les décisions relatives au désarmement. Par ailleurs, selon Davis, l’armée irakienne ne dispose actuellement pas de la capacité nécessaire pour imposer le désarmement par la force.

Davis a conclu en estimant que cette crise constituait un problème de long terme qui ne connaîtrait probablement pas de solution dans un avenir proche. Il a souligné que la seule véritable possibilité de réussite de ces efforts dépendrait en partie de l’évolution du conflit actuel entre Washington et Téhéran et de ses répercussions sur l’avenir du régime iranien.

Au début du mois d’août, le New York Times a cité deux responsables iraniens selon lesquels les dirigeants des Gardiens de la révolution avaient secrètement élaboré, durant le bref cessez-le-feu, des plans avec les dirigeants de « milices alliées » afin d’élargir le conflit et d’en accroître le coût pour Washington.

Les deux responsables ont ajouté que les récentes attaques au Moyen-Orient visant des alliés des États-Unis s’inscrivent dans le cadre de ce plan secret et progressif, qui prévoit le recours aux alliés de l’Iran pour intensifier les attaques si Washington venait à renforcer ses opérations militaires.

Selon ces responsables iraniens, l’objectif du plan était de maximiser le coût de la guerre pour le président américain Donald Trump.

Vendredi dernier, le gouvernement irakien a de nouveau confirmé que la date limite pour placer les armes sous le contrôle exclusif de l’État restait fixée au 30 septembre prochain. Il a également indiqué avoir informé les factions armées de cette échéance ainsi que des mécanismes prévus pour traiter ce dossier.

La date du 30 septembre coïncide également avec les échéances liées à la fin de la présence militaire de la coalition internationale en Irak, un élément que certaines factions utilisent pour conditionner l’avenir de leur arsenal au retrait des forces étrangères.

Le dossier des factions armées demeure l’un des plus sensibles auxquels le gouvernement irakien est confronté, à l’approche du 30 septembre, date que les principales forces politiques ont fixée comme échéance pour placer l’ensemble des armes sous le contrôle des institutions officielles.

Les factions armées n’adoptent toutefois pas une position unifiée sur cette question. Alors que certaines forces se sont dites disposées à réorganiser leur relation militaire et sécuritaire avec l’État, d’autres factions, notamment les Brigades du Hezbollah, le Mouvement al-Nujaba et les Brigades Sayyid al-Shuhada, ont refusé d’abandonner leurs capacités militaires. Elles conditionnent toute discussion sur leur arsenal à la fin de la présence des forces étrangères et à l’obtention de garanties assurant la protection de l’Irak contre d’éventuelles attaques extérieures.

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