Politique

Une autorisation iranienne ouvre le détroit d’Ormuz aux pétroliers irakiens


L’autorisation accordée aux pétroliers irakiens d’emprunter ce passage stratégique constituait l’une des principales demandes formulées par Bagdad lors de la visite du président du Parlement iranien, Mohammad-Bagher Ghalibaf, en Irak.

L’Iran a accordé une autorisation spéciale à plusieurs pétroliers irakiens pour traverser le détroit d’Ormuz, une mesure qui répond aux demandes répétées de Bagdad, désireux de sortir de l’impasse dans laquelle se trouvent ses exportations pétrolières et de limiter les conséquences financières provoquées par la perturbation du trafic maritime dans ce passage stratégique.

L’agence de presse iranienne IRNA a révélé que l’autorisation accordée aux pétroliers irakiens figurait parmi les principales demandes formulées par Bagdad lors de la visite du président du Parlement iranien, Mohammad-Bagher Ghalibaf, en Irak, dans le cadre de ses discussions avec les responsables irakiens sur les dossiers économiques, sécuritaires et politiques entre les deux pays.

Cette mesure intervient quelques jours après que le président du Parlement irakien, Haibat al-Halboussi, a demandé à l’Iran d’accorder à son pays un « traitement particulier » concernant l’exportation de pétrole via le détroit d’Ormuz, insistant sur la nécessité de prendre en compte les intérêts économiques de l’Irak et de garantir la continuité de ses exportations pétrolières.

La question revêt une importance particulière pour l’Irak, qui dépend largement de ses ports méridionaux pour exporter son pétrole brut, alors que la perturbation de la navigation dans le détroit a fortement réduit ses exportations pétrolières.

Selon des rapports irakiens, les exportations du pays sont tombées à environ 526 000 barils par jour, contre près de 3,3 millions de barils par jour avant la guerre, alors que le pétrole représente plus de 90 % des recettes du gouvernement fédéral.

Bagdad a intensifié ses démarches au cours des dernières semaines afin de sécuriser une voie pour ses exportations pétrolières, tout en étudiant des options alternatives pour éviter de dépendre entièrement du détroit d’Ormuz. Des sources ont indiqué que la compagnie de commercialisation du pétrole, SOMO, avait engagé des négociations avec des compagnies maritimes américaines et allemandes afin de garantir le passage de pétroliers battant pavillon irakien, dans un contexte marqué par les inquiétudes concernant les assurances, les coûts du transport maritime et les autorisations nécessaires.

Ces développements montrent que Bagdad se trouve confronté à une équation délicate entre la nécessité de rétablir ses exportations pétrolières, d’une part, et celle de préserver ses relations avec Washington et Téhéran, d’autre part. L’Irak cherche ainsi à garantir un passage sûr à ses pétroliers, tandis que l’Iran met en place un nouveau régime de transit dans le détroit, fondé sur l’obtention d’autorisations préalables et la coordination avec ses forces navales.

Dans ce contexte, la marine relevant des Gardiens de la révolution iraniens a annoncé que 28 navires, parmi lesquels des pétroliers, des porte-conteneurs et des navires commerciaux, avaient franchi le passage en l’espace de 24 heures après avoir obtenu des autorisations et assuré une coordination sécuritaire avec les forces iraniennes. Téhéran a également insisté sur la nécessité pour tous les navires de respecter les itinéraires et les instructions fixés par les autorités iraniennes.

Cette évolution intervient alors que la République islamique affirme que la situation dans le détroit d’Ormuz est liée aux tensions plus larges avec les États-Unis. Le 18 août, Ghalibaf avait déclaré que le détroit ne serait pas rouvert à la navigation normale tant que Washington n’aurait pas respecté les engagements prévus dans le mémorandum d’entente conclu entre les deux parties, notamment la levée du blocus et des sanctions pétrolières ainsi que le déblocage des avoirs iraniens gelés.

Ainsi, l’autorisation exceptionnelle accordée aux pétroliers irakiens semble constituer une solution partielle destinée à venir en aide à l’un des pays les plus durement touchés par la crise du détroit d’Ormuz, sans pour autant signifier nécessairement un retour de la navigation commerciale à la normale. L’Iran continue en effet de considérer le passage dans le détroit comme une opération soumise à des autorisations et à une coordination préalables, tandis que Bagdad fait pression pour obtenir des arrangements garantissant la continuité de ses exportations pétrolières et évitant l’effondrement de l’une de ses principales sources de revenus.

Ces développements révèlent également l’ampleur croissante de la dimension économique de la crise. Les conséquences de la fermeture ou de la restriction de la navigation ne se limitent désormais plus au trafic maritime et aux prix du pétrole : elles affectent directement la capacité de l’Irak à financer son budget et à maintenir le flux de ses recettes pétrolières. Parallèlement, la crise pousse Bagdad à accélérer la recherche de voies d’exportation alternatives par voie terrestre ou via des oléoducs, afin de réduire à l’avenir l’exposition de son économie à toute perturbation dans le détroit.

La mesure iranienne demeure toutefois limitée dans sa portée. La formulation de la décision indique que des autorisations ont été accordées à un certain nombre de pétroliers irakiens, et non qu’une ouverture générale du détroit à la navigation commerciale a été annoncée. Le secteur pétrolier irakien attend donc de voir si cette autorisation se transformera en un mécanisme régulier permettant de maintenir les exportations, ou si elle restera une mesure exceptionnelle liée aux circonstances de la crise et aux arrangements politiques entre Bagdad et Téhéran.

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