Politique

De la rupture au rapprochement… La France revient au Tchad par la petite porte


Après deux années de rupture entre les deux pays, le Tchad et la France semblent s’orienter vers une relance et un élargissement d’un partenariat militaire qui s’inscrit dans une longue histoire.

Selon une analyse de l’Institut d’études de sécurité (ISS Africa), le rapprochement entre les deux pays connaît un nouvel élan au moment où le Tchad cherche à diversifier ses partenariats militaires et sécuritaires.

La manière de gérer cette nouvelle coopération sans remettre en cause le discours de N’Djamena sur la souveraineté, ni ses relations avec les pays du Sahel, figure parmi les principaux enjeux liés au retour français.

Un partenariat militaire depuis l’indépendance

Le Tchad et la France coopèrent militairement depuis le milieu des années 1960, après l’indépendance du Tchad vis-à-vis de la France.

Les relations avaient été interrompues entre septembre 1975 et mars 1976, avant de connaître une nouvelle rupture en novembre 2024. Depuis mars 2026, les deux pays ont toutefois renoué avec une dynamique de rapprochement.

La coopération militaire entre Paris et N’Djamena reposait sur des intérêts communs. Des officiers tchadiens ont ainsi été formés dans des académies françaises et sur le territoire tchadien, tandis que la France fournissait des armes, des équipements de protection individuelle, des véhicules blindés et du matériel de communication, ainsi qu’un soutien logistique.

Paris apportait également une assistance dans les domaines du renseignement, de la surveillance et de la reconnaissance à travers le Tchad, en plus de participer à des opérations militaires et de fournir un soutien politique et diplomatique.

En retour, la position géographique du Tchad offrait à la France une base avancée pour ses opérations en Afrique centrale et dans la région du Sahel, lui permettant de disposer de capacités militaires et de préserver son influence dans ces deux espaces.

La rupture de 2024 : la souveraineté au premier plan

Malgré leurs intérêts communs, les relations entre le Tchad et la France ont connu plusieurs périodes de tension. Parmi les facteurs ayant contribué à la détérioration des relations en 1975 figurait notamment la décision unilatérale de la France de prendre des mesures visant à obtenir la libération d’un ressortissant français enlevé par des rebelles, ainsi que des survols non autorisés du territoire tchadien.

En novembre 2024, le Tchad a annoncé la fin de sa coopération militaire avec la France, dans le cadre d’une volonté de réaffirmer sa souveraineté et de rechercher des partenariats sécuritaires alternatifs.

Cette décision s’inscrivait dans un contexte régional marqué par l’éloignement de plusieurs pays du Sahel vis-à-vis de la France. La République centrafricaine s’est rapprochée de la Russie, tandis que le Mali, le Burkina Faso et le Niger se sont tournés vers Moscou après l’expulsion des forces françaises et d’autres partenaires occidentaux.

Les États membres de l’Alliance des États du Sahel, ainsi que le Tchad et la Mauritanie, faisaient partie du G5 Sahel, créé en 2014 avec le soutien de la France afin de renforcer la sécurité, le développement et la lutte contre les groupes terroristes locaux.

La force militaire conjointe du G5 Sahel a été dissoute en 2023, après la rupture des relations entre les pays de l’Alliance des États du Sahel et la France.

Le Tchad à la recherche d’alternatives

Pendant sa période d’éloignement de Paris, le Tchad a cherché à diversifier sa coopération militaire.

La tentative d’établir un partenariat avec la Russie n’a pas abouti, tandis que la coopération avec la Turquie a notamment porté sur l’acquisition de véhicules blindés et de drones, ainsi que sur la formation, l’assistance technique et une présence turque dans le pays.

Depuis 2021, le Tchad a signé plusieurs accords dans le domaine de la sécurité. La Hongrie a également conclu avec N’Djamena des accords de coopération économique et militaire.

Cependant, la nature de ces partenariats diffère de celle de la coopération proposée par la France. Les alternatives se concentrent sur des domaines précis tels que l’armement, la formation, le soutien financier et matériel, tandis que la coopération française couvre un éventail plus large de domaines militaires, sécuritaires et politiques.

Les défis sécuritaires favorisent le rapprochement

Le Tchad fait face à des menaces sécuritaires persistantes, notamment aux répercussions de la guerre au Soudan, à l’émergence du Mouvement pour la paix, la reconstruction et le développement, un groupe rebelle actif dans la province du Moyen-Chari, dans le sud du pays, ainsi qu’à la présence persistante de Boko Haram dans la région du lac Tchad.

Ces défis poussent le Tchad à rechercher un renforcement de ses capacités en matière de surveillance, de reconnaissance et de renseignement aérien.

Par ailleurs, l’aggravation des défis sécuritaires auxquels sont confrontés les pays de l’Alliance des États du Sahel, qui dépendent du soutien russe, rend Moscou moins attractif comme partenaire pour N’Djamena, selon l’analyse.

Dans ce contexte, le rapprochement avec la France constitue une occasion pour Paris de reconstruire ses relations dans la région. Toutefois, le retour français semble devoir prendre une forme différente de celle du passé.

Une présence française réduite

La France adopte désormais en Afrique une stratégie fondée sur la réduction du nombre de ses soldats et de ses équipements.

Au Tchad, la France a déployé un contingent d’environ 600 militaires français, contre quelque 2 300 auparavant, tout en réduisant également ses équipements et ses moyens matériels.

Cette présence limitée pourrait rendre la coopération franco-tchadienne davantage ciblée, tout en permettant au Tchad de continuer à tirer parti de ses partenariats avec d’autres pays.

La souveraineté et les relations avec les pays voisins

Le retour de la France constitue un défi pour le Tchad, compte tenu de son discours antérieur sur la souveraineté et de sa décision de mettre fin à la coopération militaire avec Paris.

Selon l’analyse, un retour français pourrait être perçu sur le plan intérieur comme un recul par rapport à ce discours, notamment auprès de la jeunesse, et pourrait également influencer la perception du Tchad par les pays du Sahel.

En revanche, la réduction de l’empreinte militaire française permet à N’Djamena de poursuivre sa coopération avec d’autres partenaires, tout en conservant une marge de manœuvre plus importante dans sa politique étrangère.

L’analyse souligne également que la stabilité et la sécurité du Tchad dépendent de la poursuite de la réduction des tensions politiques internes, notamment à travers la récente grâce présidentielle accordée à des dirigeants de l’opposition emprisonnés, le dialogue avec les mouvements rebelles et l’amélioration de la gouvernance économique.

L’analyse recommande enfin de continuer à rassurer les pays voisins sur la position du Tchad à leur égard, de renforcer la diplomatie et la coopération, et de maintenir une position neutre à l’égard du Soudan, afin de contribuer aux efforts visant à résoudre les conflits régionaux.

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