Des condamnations sans soutien : la communauté internationale mise à l’épreuve dans la bataille de la côte ouest du Yémen
La récente offensive des Houthis, menée par voie terrestre et maritime en direction du détroit de Bab el-Mandeb, ne constitue pas seulement une escalade sur le front de la mer Rouge. Elle représente également un test de la détermination de la communauté internationale à protéger la sécurité de la navigation maritime.
Cette offensive a mis en évidence un profond décalage entre les positions internationales, qui se sont limitées aux condamnations, et la réalité sur le terrain, où les Yéménites se retrouvent seuls à supporter le poids des combats et à affronter les milices houthies. Selon des observateurs, celles-ci cherchent à exercer un contrôle sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb au service des intérêts iraniens.
Le vice-président du Conseil présidentiel de direction et commandant de la Résistance nationale, Tareq Saleh, a déclaré que « la communauté internationale s’est contentée de paroles », soulignant ainsi que ses forces, déployées sur la côte occidentale donnant sur Bab el-Mandeb et le sud de la mer Rouge, mènent « la bataille seules ».
Selon Saleh, la sécurisation de la mer Rouge et du détroit de Bab el-Mandeb passe par la reprise de Hodeïda et de Sanaa aux milices houthies. Il a insisté sur le fait que la sécurité des voies maritimes au large du Yémen dépend de la poursuite de la libération de l’ensemble du territoire national.
Les milices houthies ont lancé plus de 100 missiles balistiques et drones suicides contre des cibles civiles et militaires sur la côte ouest, notamment le port de Mokha, en plus d’attaques maritimes et aériennes visant les fronts d’Al-Barah, Hays, At-Tuhayta et l’île de Zuqar, considérée comme la première ligne de défense de Bab el-Mandeb et une base avancée pour la libération de Hodeïda.
Le lien entre la sécurité maritime et la libération de Hodeïda
Malgré ces attaques, la Résistance nationale s’est placée en première ligne dans l’affrontement contre les Houthis, alors que, selon plusieurs observateurs et analystes, la communauté internationale n’a pas su établir un lien concret entre la sécurité de la navigation maritime et la libération de Hodeïda, pourtant considérée comme une condition nécessaire pour permettre aux institutions compétentes d’assurer efficacement la sécurité des côtes.
L’analyste politique Abdulsalam Al-Qaisi a affirmé que la Résistance nationale avait réussi à démontrer son efficacité sur la côte ouest et dans la région de Bab el-Mandeb avec des moyens limités, tandis que les alliances internationales chargées de protéger la navigation maritime se seraient contentées de « paroles sans actes ».
Al-Qaisi a ajouté que « les positions internationales continuent de considérer la mer Rouge comme une voie de transit mondiale qui doit être protégée, tout en négligeant la libération de Hodeïda et des côtes donnant sur cette voie maritime », ce qui, selon lui, montre que ces positions restent éloignées d’une solution globale à un problème urgent.
Il a également souligné que « la Résistance nationale yéménite a constitué un rempart empêchant l’Iran d’exercer un contrôle direct sur la navigation maritime et sur le détroit de Bab el-Mandeb », dans un contexte marqué par l’incapacité du monde à faire face à ce qui se déroule dans le détroit d’Ormuz et par l’ambiguïté de la position de la communauté internationale.
Selon Al-Qaisi, « la sécurité de la navigation constitue un enjeu stratégique yéménite, mais le silence et l’indifférence du monde ne signifient pas que les Yéménites renonceront à défendre les frontières de leur bataille nationale et à faire face au chaos iranien, même dans un contexte d’abandon international ».
Il conclut en affirmant que « l’objectif stratégique du Yémen est la libération de Hodeïda et de Sanaa. Cet objectif rejoint l’intérêt international consistant à garantir la sécurité de la navigation maritime, mais la communauté internationale exploite cette situation pour protéger ses propres intérêts au détriment des Yéménites ».
Une prise de conscience internationale qui ne s’est pas traduite par un soutien
De son côté, l’analyste politique yéménite Abdul Karim Al-Madi estime que la réaction hésitante de la communauté internationale face aux Houthis n’est pas nouvelle et que le monde fait preuve de cette même retenue depuis 2004.
Al-Madi a affirmé : « Il n’y a rien de véritablement nouveau concernant la position internationale, même si l’on constate une évolution du discours général, désormais plus conscient des positions des milices houthies et de leur alignement sur le projet iranien. La perception de la situation dans la région arabe a également évolué. »
Il a exprimé l’espoir que le discours et la position de la communauté internationale à l’égard des menaces que représentent les milices pour la navigation internationale en mer Rouge, de leurs attaques contre les infrastructures civiles et du siège imposé au peuple yéménite évoluent vers un soutien concret aux actions de la Résistance nationale, des Brigades des Géants, de l’armée à Marib ainsi que des autres unités déployées à Al-Jawf, Saada, Al-Dhalea et sur l’ensemble des fronts.
L’analyste a également évoqué une évolution importante sur la scène yéménite, à savoir « la mise en place d’une salle d’opérations militaires unifiée, qui dirige chaque jour des frappes douloureuses contre les Houthis à l’aide de drones ». Selon lui, cette situation aurait poussé les milices à s’en prendre à des infrastructures civiles, comme lors de la destruction du port de Mokha et des camps de personnes déplacées à Marib.
L’analyste politique attribue ces actions des milices houthies à leur tentative d’échapper à leurs difficultés internes après leurs revers sur le terrain. Il qualifie leur comportement de « grave échec », estimant que « les milices sont incapables d’affronter la Résistance nationale, l’armée et les autres fronts et se tournent vers des attaques contre des infrastructures civiles, sans que cela ne suscite jusqu’à présent une réaction internationale décisive ».
