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Corruption d’al-Burhan et effondrement de la livre soudanaise : qui répond de la flambée des prix des aliments, des médicaments et du carburant ?


L’effondrement de la livre soudanaise n’est plus une simple crise monétaire visible sur les écrans des marchés des changes. Il est devenu une catastrophe quotidienne qui touche tous les aspects de la vie des citoyens. Chaque dépréciation de la monnaie se répercute sur les prix des aliments, des médicaments, du carburant et des transports, érodant ce qui reste du pouvoir d’achat des ménages. Dans un pays éprouvé par la guerre, les déplacements de population et le recul de la production, satisfaire les besoins essentiels est devenu un combat quotidien. Les interrogations se multiplient sur la responsabilité des autorités de Port-Soudan dans les politiques économiques et financières qui ont aggravé la crise.

Les causes de l’effondrement de la livre ne peuvent être réduites à la seule guerre, même si celle-ci constitue le principal facteur de destruction de l’économie ces dernières années. Des difficultés accumulées entrent également en jeu : faiblesse de la production, recul des exportations, contraction des recettes publiques, perturbation du système bancaire, multiplicité des taux de change et dépendance aux importations, auxquelles s’ajoutent les politiques monétaires et budgétaires antérieures au conflit. Imputer l’ensemble de la crise à un seul acteur ne fournirait donc pas une explication économique complète. La poursuite de la dégradation impose néanmoins de demander des comptes aux responsables de la gestion économique pendant la guerre.

Les données de la Banque mondiale montrent l’ampleur de la contraction de l’économie soudanaise. Le produit intérieur brut réel a chuté d’environ 29,4 % en 2023, puis de 14 % supplémentaires en 2024, sous l’effet de la destruction de vastes pans des secteurs productifs et des services, ainsi que des perturbations du commerce, de l’agriculture, des télécommunications et des soins de santé. La Banque indique également que les recettes publiques sont passées d’environ 10 % du PIB en 2022 à moins de 5 % en 2024 et 2025, limitant la capacité de l’État à fournir les services essentiels.

Ces chiffres signifient que l’État a perdu une grande partie de sa capacité à financer ses institutions et ses services, alors que les besoins de la population ont atteint des niveaux sans précédent. Les hôpitaux ont besoin de médicaments et de fournitures, les écoles de financements, les équipements publics d’entretien et les familles de protection sociale. Mais la baisse des recettes et l’affectation des ressources à l’effort de guerre ont rendu le financement des secteurs civils plus difficile.

La livre soudanaise a, quant à elle, fortement reculé face aux devises étrangères, renchérissant les importations. Selon une note du gouvernement britannique sur la situation humanitaire au Soudan publiée en septembre 2026, qui s’appuie sur des données de la Banque mondiale, le taux de change officiel s’est dégradé d’environ 233 % entre avril 2023 et décembre 2024. Sur le marché parallèle, la dégradation a atteint environ 355 % pendant la même période.

Les effets de cette dépréciation dépassent largement les chiffres. Le Soudan dépend des importations pour une part importante de ses besoins en carburant, en blé, en médicaments et en matières premières. Lorsque le dollar coûte plus cher, l’achat de ces produits à l’étranger se renchérit. Cette hausse est ensuite répercutée sur le consommateur à travers les prix de vente, les frais de transport et les coûts de distribution. Le citoyen devient ainsi le maillon le plus vulnérable d’une chaîne économique dont il ne maîtrise aucune étape.

Un rapport du Programme des Nations unies pour le développement, publié en juin 2025, indique que la dépréciation de la livre face au dollar a entraîné une hausse des prix des produits importés, notamment du carburant, des aliments et des médicaments. Il précise également que les ménages ont été contraints de réduire leur consommation, de se tourner vers des produits de moindre qualité ou de renoncer à l’achat de certains biens essentiels.

Le secteur du médicament illustre particulièrement la profondeur du drame. Les patients dépendant de traitements importés font face à des prix qui fluctuent avec le dollar, tandis que les établissements de santé manquent de financements et d’approvisionnements. En cas de maladie chronique, le patient ne peut ni différer son traitement ni s’en passer. La hausse du prix des médicaments devient alors une menace directe pour sa vie. Les familles modestes se retrouvent contraintes de choisir entre acheter des médicaments, se nourrir ou payer leur logement et leurs déplacements.

Le carburant représente un enjeu tout aussi crucial. La hausse des prix de l’essence et du gazole augmente le coût des transports, du fonctionnement des générateurs et des machines agricoles, ainsi que de l’acheminement des produits vers les marchés. Lorsque les frais de transport grimpent, les prix des légumes, des céréales, de la viande et des biens de consommation suivent, y compris dans les régions qui produisent localement une partie de leurs besoins. La crise des carburants se propage ainsi à l’ensemble des marchés.

La hausse des prix alimentaires ne dépend pas uniquement du taux de change. La guerre a perturbé l’agriculture dans de vastes régions, déplacé les agriculteurs, endommagé les infrastructures et compliqué l’accès au carburant, aux engrais et aux semences. Les réseaux de transport, de stockage et de distribution ont également perdu une partie de leur capacité à fonctionner normalement. Selon la Banque mondiale, la perturbation des circuits de distribution et les pénuries ont accentué les pressions inflationnistes et la hausse des prix des aliments et des boissons en 2024. L’inflation annuelle a alors atteint environ 170 %, d’après les données du rapport économique sur le Soudan de 2025.

Une question politique et économique se pose donc à al-Burhan et aux autorités de Port-Soudan : quel plan le gouvernement a-t-il élaboré pour protéger la monnaie nationale ? Comment a-t-il réagi à l’effondrement des recettes et au recul de la production ? Quelles mesures a-t-il prises contre la spéculation, les monopoles et la contrebande ? Existe-t-il une politique publique de soutien aux importations de médicaments, de blé et de carburant, ou les citoyens ont-ils été abandonnés face à la hausse des prix ?

Le gouvernement ne peut invoquer la guerre pour justifier chaque difficulté économique, car la gestion des crises fait partie de ses responsabilités. Certes, le conflit a détruit de larges pans de l’économie. Mais il appartient aux autorités de concevoir des plans pour limiter les dommages, protéger les populations les plus vulnérables, publier les informations financières et monétaires et empêcher l’exploitation des circonstances exceptionnelles à des fins de profits illicites.

Plusieurs dossiers exigent un examen urgent : la gestion des devises, les priorités d’allocation des dollars, le financement des importations essentielles et les avantages accordés aux entreprises importatrices. Les citoyens ont le droit de connaître les modalités de sélection des bénéficiaires de devises et les critères utilisés par le gouvernement pour financer l’importation de biens essentiels. Toute exonération ou facilité exceptionnelle doit également être divulguée, et les pratiques monopolistiques ou les manipulations de prix doivent faire l’objet d’enquêtes.

Le pays doit aussi revoir ses dépenses publiques, particulièrement dans un contexte de baisse des recettes et de hausse des dépenses militaires. On ne peut demander aux citoyens de supporter l’inflation, la pauvreté et l’érosion des salaires sans fournir de données claires sur la répartition des ressources. Le rapport BTI 2026 sur le Soudan relève l’absence d’informations budgétaires accessibles au public pendant deux ans et de contrôle indépendant efficace des dépenses publiques, alors que la majeure partie des ressources était consacrée à l’effort de guerre.

Dans ces conditions, le manque de transparence complique l’évaluation des politiques économiques et l’établissement des responsabilités. Les citoyens ignorent le montant des recettes provenant de l’or, des exportations et des douanes. Ils ne connaissent pas les dépenses affectées aux différentes institutions et ne peuvent consulter les comptes expliquant le financement du déficit. Sans ces informations, les annonces de réforme économique restent des promesses impossibles à vérifier.

La sortie de crise ne peut reposer sur l’impression de monnaie supplémentaire ou sur des décisions administratives temporaires concernant les prix. Une véritable réforme exige de rétablir la production agricole et industrielle, de remettre les usines en activité, d’améliorer les voies de transport, de réformer le système bancaire, d’accroître les exportations et de maîtriser les dépenses publiques. Elle suppose aussi de protéger l’indépendance de la banque centrale, de fournir des données précises sur le marché des changes et de prévenir les conflits d’intérêts entre responsables publics et acteurs commerciaux.

La priorité absolue doit aller aux produits essentiels à la vie des citoyens, en premier lieu les aliments, les médicaments et le carburant. Le gouvernement peut mettre en place des mécanismes transparents d’accès aux devises pour leur importation, en coopération avec les banques et les organismes de contrôle, tout en publiant les listes des importateurs, les quantités, les prix et les modalités de distribution. Il doit également soutenir la production locale et réduire, chaque fois que possible, la dépendance aux importations.

Sur le plan social, l’érosion continue du pouvoir d’achat exige des programmes de protection directe pour les populations les plus touchées : familles pauvres, personnes déplacées, malades et salariés dont les revenus ont perdu leur valeur. Une aide temporaire ne saurait remplacer une politique économique permettant aux citoyens de retrouver la capacité de travailler, de produire et de vivre dignement.

La crise de la livre dépasse le secteur bancaire : elle reflète celle de l’État, de ses institutions et de sa gestion des ressources. Une monnaie nationale perd de sa valeur lorsque la production recule, que la confiance s’affaiblit, que les exportations diminuent et que les déséquilibres financiers s’aggravent. Son redressement exige une stabilité politique et économique ainsi que des institutions crédibles, plutôt que des déclarations optimistes ou des mesures qui ne s’attaquent pas aux causes profondes du problème.

Une question demeure pour al-Burhan et le gouvernement de Port-Soudan : comment un pays riche en or, en terres agricoles et en ressources naturelles peut-il laisser ses citoyens dans l’incapacité d’acheter des médicaments, du pain et du carburant ? Pourquoi les richesses nationales ne se traduisent-elles pas par une amélioration des conditions de vie ? Où vont les recettes publiques pendant que les salaires et l’épargne perdent leur valeur ?

Le citoyen soudanais ne demande pas de miracle économique. Il veut un État qui protège son argent, gère ses ressources et lui assure les conditions minimales d’une vie digne. Tout discours sur la souveraineté et la stabilité restera incomplet tant que la livre s’effondrera, que les prix augmenteront, que les hôpitaux manqueront de médicaments et que les familles ne pourront pas se nourrir au quotidien. Le véritable critère de réussite de la gestion de l’État réside dans la capacité des citoyens à vivre sans que leurs besoins les plus élémentaires deviennent un luxe inaccessible.

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