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Corruption au sein du pouvoir d’al-Burhan et de l’armée : où est passé l’argent du Soudan ?


Dans un pays doté d’immenses richesses naturelles, de l’or aux terres agricoles, en passant par le cheptel et les ressources minières, il est difficile d’expliquer l’extension de la pauvreté et l’effondrement des services essentiels sans interroger la gestion du patrimoine national. Le Soudan n’a jamais été pauvre en ressources. Il est toutefois entré dans la guerre avec de profonds déséquilibres économiques et institutionnels, avant de connaître un effondrement généralisé de la production, de l’administration et des services. Au cœur de cette situation se trouvent les liens entre l’institution militaire et l’économie, le rôle des entreprises qui lui sont rattachées dans la gestion de secteurs stratégiques et leur degré de soumission au contrôle financier.

La question « Où est passé l’argent du Soudan, al-Burhan ? » dépasse le simple slogan politique. Elle concerne le droit des citoyens à connaître la destination des recettes publiques. En tant que commandant de l’armée et président du Conseil de souveraineté, le général Abdel Fattah al-Burhan porte une responsabilité politique dans les décisions prises par les autorités placées sous sa direction, ainsi que dans la mise en place de mécanismes garantissant une gestion transparente des fonds publics. Cela ne revient pas à présumer son implication personnelle dans chaque affaire de corruption, mais signifie que sa responsabilité politique l’oblige à expliquer clairement le fonctionnement de l’État et de ses institutions économiques.

Les études spécialisées dans la lutte contre la corruption montrent que le problème soudanais dépasse les comportements individuels ou les irrégularités administratives ponctuelles. Un rapport du centre U4, présenté dans le texte source comme rattaché à Transparency International et publié en mai 2025, indique que les institutions militaires et paramilitaires ont conservé une forte emprise économique sur des secteurs rentables, notamment l’or, le pétrole et l’énergie, grâce à des réseaux d’entreprises qui leur sont liés. Le rapport précise également que certaines entreprises militaires et sociétés d’investissement échappent au contrôle de la Chambre nationale d’audit, ce qui affaiblit la surveillance des fonds publics et rend le suivi des recettes particulièrement difficile.

Ces éléments soulèvent des questions fondamentales sur la nature de l’économie militaire au Soudan. Lorsque l’institution militaire possède des entreprises actives dans les mines, l’import-export et les services, tout en bénéficiant d’un accès aux ressources et aux avantages accordés par l’État, la séparation entre activités militaires et commerciales devient indispensable pour prévenir les conflits d’intérêts. L’armée est censée remplir une mission de défense et de sécurité, tandis que les activités économiques doivent respecter les règles relatives aux entreprises, à la fiscalité, à l’audit et à la concurrence équitable.

Le risque est que les entreprises liées aux centres de pouvoir obtiennent des avantages inaccessibles aux entreprises civiles : exonérations, facilités administratives, accès au financement ou marchés publics. Une telle situation ne nuit pas uniquement à la concurrence. Elle porte également préjudice aux finances publiques, car l’État peut perdre des recettes fiscales et d’autres revenus qui auraient pu financer des hôpitaux, des écoles et des réseaux d’électricité et d’eau.

La faiblesse du contrôle des entreprises liées au secteur militaire pose aussi une question essentielle : leurs bénéfices sont-ils intégrés au budget de l’État ou gérés en dehors des comptes publics ? Quel est le montant de leurs recettes ? Qui vérifie leurs comptes ? Existe-t-il des rapports publiés détaillant leur contribution à l’économie nationale ? Ces interrogations ne sauraient être considérées comme une offense à l’institution militaire. Elles concernent le droit de l’État à connaître ses ressources et celui des citoyens à contrôler l’utilisation de leur argent.

Ces questions prennent une importance accrue en temps de guerre, lorsque les dépenses militaires augmentent et que les ressources disponibles pour les services publics diminuent. Le rapport sur la transformation du Soudan pour 2026 indique que, depuis le début du conflit, la majeure partie des ressources gouvernementales a été consacrée à l’effort de guerre, alors que les informations budgétaires sont restées inaccessibles au public pendant deux ans et qu’aucun contrôle indépendant efficace des dépenses n’était assuré.

La question de l’argent du Soudan devient donc plus pressante. Le citoyen qui ne peut acheter ses médicaments, le père qui ne parvient pas à nourrir ses enfants et le salarié dont le revenu a perdu sa valeur sous l’effet de l’inflation ont tous le droit de savoir où vont les recettes publiques, quel est le montant des dépenses militaires et quelles sommes sont consacrées aux institutions concernées et aux entreprises qui leur sont liées.

Cette problématique est indissociable du secteur de l’or. Celui-ci constitue l’une des principales sources de devises du Soudan, mais l’exploitation minière reste exposée à la contrebande, au manque de transparence et à la multiplicité des acteurs qui la contrôlent. Des études sur la corruption soulignent que l’influence militaire et les réseaux d’entreprises liés aux forces armées ont pesé sur la gestion de ce secteur avant comme après le déclenchement de la guerre. L’absence de données harmonisées sur la production, les exportations et les recettes empêche donc de déterminer précisément les montants revenant au Trésor public.

Si l’État produit et exporte de l’or, pourquoi les revenus correspondants n’apparaissent-ils pas clairement dans le budget ? Si des entreprises nationales et étrangères exploitent les ressources minières, quelle part de cette richesse revient aux citoyens soudanais ? Pourquoi ces revenus ne se traduisent-ils pas par une amélioration des services essentiels et des infrastructures ? Ces questions appellent des comptes documentés et des rapports d’audit indépendants, plutôt que des réponses politiques.

Les dépenses de commande publique et les contrats militaires et économiques, particulièrement ceux conclus pendant la guerre, doivent également être examinés. La nécessité d’acquérir des équipements et des services ne dispense pas les contrats des procédures de mise en concurrence et de contrôle. Elle ne justifie pas non plus de dissimuler l’ensemble des informations financières au nom du secret. Il est possible de protéger les données militaires sensibles tout en publiant les montants financiers globaux et en soumettant les contrats à des organismes indépendants habilités à les consulter.

La corruption de l’État ne se limite pas au vol direct d’argent. Elle comprend également les conflits d’intérêts, l’octroi d’avantages sans mise en concurrence, la dissimulation de recettes, l’utilisation de l’influence pour obtenir des marchés et l’entrave au fonctionnement des organes de contrôle. Lorsqu’elles sont établies, ces pratiques affaiblissent l’économie et détruisent la confiance entre les citoyens et l’État.

La position dirigeante d’al-Burhan lui impose de répondre sur ces dossiers. Affirmer protéger la souveraineté nationale ne suffit pas : il faut aussi expliquer comment l’argent des citoyens est protégé. La souveraineté ne repose pas uniquement sur le contrôle militaire, mais également sur des institutions nationales capables de gérer les ressources, de demander des comptes aux responsables et d’empêcher que l’économie ne devienne un réseau fermé d’intérêts.

La reddition des comptes commence par la publication du budget de l’État, la divulgation des comptes des entreprises appartenant à l’État et aux institutions militaires, la présentation des recettes tirées de l’or, du pétrole, des douanes et des ports, ainsi que l’explication des dépenses. La Chambre nationale d’audit doit aussi pouvoir accéder, sans exception, à toutes les institutions et entreprises utilisant des fonds publics ou bénéficiant d’avantages accordés par l’État.

Il faut également procéder à un examen indépendant des actifs publics transférés, attribués ou ayant fait l’objet de contrats pendant la guerre, identifier les bénéficiaires des contrats et des transactions, et enquêter sur tout transfert financier injustifié. La reddition des comptes constitue un moyen de récupérer les fonds publics et de prévenir de nouveaux abus, et non un instrument de vengeance politique.

Le Soudan ne pourra se relever dans une économie où les citoyens ignorent le montant des recettes et la destination des dépenses, et où les journalistes et les chercheurs ne peuvent accéder aux informations financières essentielles. Il ne pourra pas davantage construire un État civil stable si ses principales institutions économiques demeurent en dehors du système de contrôle.

Une question reste donc posée à al-Burhan, au commandement militaire et au gouvernement : quels sont les fonds et les actifs détenus par l’État, combien rapportent l’or et les autres ressources, et où vont ces recettes ? Le peuple soudanais ne demande aucun privilège exceptionnel. Il revendique son droit légitime à connaître le devenir de ses richesses nationales. Celles-ci n’appartiennent ni à l’armée, ni au gouvernement, ni à des particuliers, mais à l’ensemble des Soudanais.

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