Une coalition continentale envisage une motion de défiance contre le président de la FIFA
La FIFA pourrait être confrontée à l’une des plus graves crises de gouvernance de son histoire si les menaces se transforment en initiative officielle, même si Gianni Infantino conserve une solide assise électorale et le soutien de plusieurs fédérations de football.
Les tensions au sein de la Fédération internationale de football association, la FIFA, sont entrées dans une phase particulièrement sensible, alors que plusieurs des principales confédérations continentales étudient la possibilité de soumettre au vote une motion de défiance contre le président de l’organisation, Gianni Infantino. Une telle initiative pourrait ouvrir la voie à son éviction avant l’élection présidentielle prévue en mars 2027.
Selon des sources proches du dossier citées par Reuters, l’Union des associations européennes de football, l’UEFA, la Confédération asiatique de football ainsi que la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, la CONCACAF, étudient la possibilité d’appeler à une initiative visant à mettre fin au mandat d’Infantino. Cette démarche intervient sur fond de tensions croissantes autour d’un projet d’investissement présenté par la FIFA, visant à faire entrer des investisseurs privés au capital d’une nouvelle entité commerciale chargée de gérer les droits commerciaux liés à la Coupe du monde.
Une telle procédure constituerait une première dans les 122 ans d’histoire de la FIFA : jamais son Congrès n’a voté une motion de défiance contre un président alors qu’il était encore en fonction. Cela illustre à la fois la sensibilité de l’initiative envisagée et les difficultés auxquelles elle pourrait se heurter.
Selon l’une des sources, Infantino pourrait être confronté à deux options : « partir de manière pacifique » en renonçant à briguer un nouveau mandat, ou affronter « la manière difficile », en référence à l’éventualité d’un vote de défiance.
Selon les statuts de la FIFA, le Conseil de la FIFA peut convoquer un Congrès extraordinaire. Il est également tenu de le faire si au moins cinq des 211 associations membres présentent une demande écrite précisant les points qu’elles souhaitent inscrire à l’ordre du jour. Le Congrès extraordinaire doit alors se tenir dans un délai de trois mois, chaque association membre présente disposant d’une voix. Les statuts ne prévoient toutefois aucune disposition spécifique régissant une procédure de vote de défiance à l’encontre du président de la FIFA, ce qui pourrait faire de toute tentative en ce sens un précédent organisationnel et juridique inédit.
La FIFA n’a pas commenté ces informations. L’UEFA, de son côté, n’a pas directement démenti l’examen de l’option d’une motion de défiance, se contentant de rappeler sa position antérieure en faveur d’un « examen complet et radical » de la direction de la FIFA et de son système de gouvernance, tout en affirmant qu’« aucune option ne devrait être exclue ». La CONCACAF a, quant à elle, renvoyé à une déclaration commune antérieure avec l’UEFA et la Confédération asiatique, dans laquelle les trois organisations accusent la direction de la FIFA d’une « rupture fondamentale de confiance ».
La crise s’est intensifiée après l’abandon d’un projet de cession d’une participation minoritaire dans la nouvelle entité commerciale, les trois confédérations continentales critiquant la manière dont le dossier avait été géré, notamment en matière de transparence, de consultation et de gouvernance. Selon le projet finalement abandonné, l’opération prévoyait notamment l’octroi aux associations nationales d’un financement exceptionnel pouvant atteindre 20 millions de dollars, destiné aux infrastructures, à la formation, aux équipes nationales, aux compétitions nationales et au football féminin.
La FIFA a reconnu que des erreurs avaient été commises dans la gestion du projet d’investissement, tandis que le cercle des opposants à Infantino s’est élargi avec le départ du directeur des opérations, Kevin Lamour, qui avait critiqué le projet et estimé que les employés avaient été induits en erreur au sujet de ce qu’il qualifiait de « projet d’un seul homme ». Le vice-président de la FIFA, Sándor Csányi, a également retiré son soutien à Infantino, décrivant le départ de Lamour comme « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ».
Les adversaires d’Infantino se heurtent toutefois à un obstacle majeur : le président conserve un large soutien électoral. Le président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe, a déclaré qu’Infantino bénéficie toujours du soutien du continent et que son avenir devra être tranché par les élections. Six fédérations arabes, dont celles du Qatar et du Maroc, ont également affiché publiquement leur soutien au président de la FIFA, tandis que la direction de l’instance internationale a renouvelé son appui à Infantino à l’issue d’une réunion de crise tenue au Maroc.
Infantino entend briguer un nouveau mandat, alors qu’aucun candidat déclaré ne s’est pour l’instant présenté pour lui faire face avant la date limite de dépôt des candidatures, fixée au 18 novembre. Ses opposants redoutent qu’un échec d’une éventuelle motion de défiance ne se transforme en victoire politique pour lui, en révélant l’ampleur du soutien dont il dispose encore et en lui donnant un nouvel élan avant l’élection.
Parallèlement au conflit au sein des confédérations, les clubs européens commencent eux aussi à prendre position. Selon une source proche du dossier, l’Association européenne des clubs, présidée par Nasser Al-Khelaïfi et représentant plus de 800 clubs, a averti que ses membres pourraient refuser de participer à de futures éditions de la Coupe du monde des clubs masculine et féminine si les préoccupations concernant la gouvernance et la nature des relations entre les clubs et la FIFA ne sont pas prises en compte.
Bien que les clubs ne disposent pas du droit de vote lors des élections de la FIFA, leur poids sportif et commercial fait de leur position un facteur de pression important sur la direction de l’instance internationale. Le succès de ses principales compétitions dépend en effet largement de la participation des clubs et des joueurs vedettes, ainsi que de l’intérêt des marchés commerciaux.
Cette crise révèle ainsi un conflit qui dépasse le seul avenir personnel d’Infantino et touche plus largement au modèle de gouvernance du football mondial, ainsi qu’aux limites du pouvoir de la FIFA dans ses relations avec les fédérations, les clubs et les détenteurs de droits commerciaux.
Si les menaces se transforment en initiative officielle, la FIFA pourrait se retrouver confrontée à l’une des plus graves crises de gouvernance de son histoire. Infantino demeure toutefois, malgré l’élargissement du cercle de ses opposants, en position de force grâce au réseau de soutien dont il dispose au sein d’un grand nombre de fédérations nationales.
