Le gouvernement Al-Zaidi dément le transfert de détenus terroristes des prisons du Kurdistan vers Kirkouk
Les forces opposées au processus de placement de toutes les armes sous l’autorité de l’État pourraient exploiter la menace représentée par Daech pour justifier le maintien des arsenaux entre les mains des factions pro-iraniennes.
La Cellule des médias de sécurité, rattachée au bureau du commandant en chef des forces armées irakiennes, a démenti lundi les informations faisant état de la libération d’un grand nombre de détenus considérés comme terroristes dans des prisons d’Erbil et de Dohouk, puis de leur transfert vers la province de Kirkouk.
Ces allégations ont suscité une controverse sécuritaire quelques jours seulement après la fin de la mission de la coalition internationale et le retrait de ses forces d’Irak.
Dans un communiqué, la cellule a indiqué que les informations relayées reposaient sur des déclarations attribuées à un responsable politique et qu’aucune source sécuritaire officielle ne les avait confirmées. Elle a souligné que les informations relatives au terrorisme et aux déplacements de personnes recherchées devaient être examinées par les services compétents avant toute annonce publique.
« D’après les informations officielles disponibles, les déclarations en question ne reposent sur aucun communiqué ni aucune position émanant des autorités sécuritaires irakiennes compétentes. À ce jour, aucun élément ne permet de confirmer ces affirmations », précise le communiqué.
La cellule a ajouté que les services de sécurité et de renseignement compétents surveillaient en permanence les menaces terroristes et les mouvements des individus recherchés. Elle a rappelé que toute information sécuritaire devait être minutieusement vérifiée auprès de ses sources avant d’être retenue ou rendue publique.
Elle a également affirmé que « les différentes branches et formations des forces de sécurité poursuivent leurs missions visant à traquer les derniers éléments des organisations terroristes et à empêcher toute activité susceptible de menacer la sécurité des citoyens ». Ces forces se trouveraient, selon elle, dans un état élevé de préparation et de vigilance afin de faire face à toute menace éventuelle.
La diffusion de ces informations intervient à un moment particulièrement sensible pour Bagdad. Les forces américaines et celles de la coalition ont achevé leur mission militaire en Irak le 30 septembre, transférant une part plus importante de la responsabilité de la lutte contre les dernières cellules de Daech et de la protection de la sécurité intérieure aux institutions irakiennes. Des formes limitées de coopération devraient toutefois se poursuivre dans les domaines de la formation et du renseignement.
La rumeur revêt une importance supplémentaire parce qu’elle établit un lien entre des prisons situées dans la région du Kurdistan et la province de Kirkouk. Cette dernière a déjà constitué l’un des principaux terrains d’activité de Daech et de différentes cellules armées. La circulation d’informations non vérifiées concernant le déplacement de détenus considérés comme terroristes pourrait donc provoquer des inquiétudes sécuritaires et perturber les forces déployées dans la région.
Rien ne permet d’affirmer qu’une faction armée particulière se trouve à l’origine de ces allégations. Leur calendrier ouvre néanmoins la voie à une lecture politique : certaines forces opposées au processus de placement des armes sous le contrôle exclusif de l’État pourraient utiliser la mise en avant de la menace de Daech pour justifier le maintien d’armes en dehors des institutions officielles.
Le gouvernement irakien avait présenté le départ des troupes étrangères comme le passage à une nouvelle étape fondée sur une plus grande autonomie des capacités sécuritaires nationales. Il s’est cependant heurté à la résistance de factions armées alliées à l’Iran, qui ont refusé de remettre leurs armes malgré le respect, par les autorités, de leur engagement à faire partir les forces américaines à la date convenue.
Des rapports ont montré que plusieurs groupes influents avaient refusé de respecter l’échéance initialement envisagée pour la remise de leurs armes. Le dossier a ensuite été intégré à un processus de négociation devant se prolonger jusqu’en juin 2027, conformément à une feuille de route établie.
Dans ce contexte, la relance d’informations faisant état de la libération d’un grand nombre de personnes considérées comme terroristes, même en l’absence de preuves officielles, pourrait remplir une fonction politique et sécuritaire allant au-delà du contenu immédiat de l’allégation.
Elle pourrait servir à présenter la période suivant le départ de la coalition comme davantage exposée à la menace de Daech et à établir implicitement un lien entre ce danger et la nécessité de maintenir des formations armées échappant au cadre gouvernemental.
Cette situation fait craindre une instrumentalisation de la lutte antiterroriste dans le conflit relatif à l’avenir des armes en Irak. Le gouvernement cherche à consacrer le monopole de l’État sur les décisions sécuritaires après le départ des forces étrangères, tandis que certaines factions armées considèrent que la persistance des menaces régionales et terroristes justifie la conservation de leurs capacités militaires.
À la fin de son communiqué, la Cellule des médias de sécurité a réaffirmé la nécessité de ne pas diffuser d’informations sécuritaires non vérifiées. Elle a appelé les médias et les plateformes sociales à faire preuve de rigueur et de responsabilité, alors que Bagdad tente d’établir un nouvel équilibre sécuritaire après l’achèvement de la mission militaire de la coalition.
