Les manifestations de rue, la crise des visas et des billets ternissent la joie de l’ouverture du Mondial
La Coupe du monde de football 2026 au Mexique débute dans une ambiance de célébrations artistiques grandioses et d’une organisation trilatérale sans précédent, bien qu’elle soit entourée de controverses liées aux prix exorbitants des billets, aux dossiers complexes d’immigration, ainsi qu’à des protestations politiques et sociales qui encerclent le stade de l’ouverture.
Le coup d’envoi de la phase finale de la Coupe du monde de football 2026 sera donné jeudi avec une rencontre très attendue opposant le Mexique, l’un des trois pays hôtes, à l’Afrique du Sud dans le stade Azteca de Mexico. Ce match marque le début officiel d’une édition historique et inédite, la plus vaste jamais organisée dans l’histoire du Mondial, dans un climat particulièrement tendu.
Cette compétition, organisée conjointement par les États-Unis, le Mexique et le Canada et qui s’étendra sur près de six semaines jusqu’à la finale prévue à New Jersey le 19 juillet prochain, verra pour la première fois le nombre de sélections participantes porté à 48 équipes, tandis que le nombre total de rencontres atteindra 104 matchs.
Malgré les prévisions optimistes annonçant des revenus records pouvant atteindre 13 milliards de dollars, le lancement du tournoi n’a pas été exempt de polémiques. La Fédération internationale de football (FIFA) fait face à une vague de critiques concernant l’envolée spectaculaire des prix des billets. À cela s’ajoutent des difficultés majeures liées aux visas touchant des responsables et des sportifs dans le contexte des politiques migratoires strictes mises en œuvre par l’administration du président américain Donald Trump, ainsi qu’un mécontentement intérieur au Mexique qui s’est traduit par d’importantes manifestations aux abords du stade de l’ouverture.
La colère populaire encercle l’Azteca
L’atmosphère à l’extérieur du stade Azteca n’était pas totalement sereine. Mercredi soir, des centaines de manifestants se sont de nouveau rassemblés dans une zone proche de l’enceinte sportive quelques heures avant la cérémonie d’ouverture.
Cette mobilisation était motivée par la colère des familles et des proches des « disparus », que l’on pense avoir été tués ou enlevés par les autorités mexicaines ou par des cartels du crime organisé.
Face à ce mouvement, les forces de sécurité ont instauré un périmètre de sécurité strict sur une distance de 1,6 kilomètre avant l’arrivée prévue des supporters jeudi, précisant qu’elles autorisaient les manifestations pacifiques mais qu’aucune personne ne pourrait franchir la zone sécurisée sans billet d’entrée.
Malgré les slogans de protestation, les manifestants sont restés pacifiques et aucun affrontement direct avec la police n’a été signalé. Certains ont déposé des fleurs colorées sur le trottoir afin de former une croix rappelant les hommages traditionnels rendus aux défunts.
Cette mobilisation s’ajoute à une série de protestations syndicales qui paralysent la capitale depuis plusieurs semaines, notamment celles menées par un syndicat dissident d’enseignants réclamant de meilleures conditions de travail. Mardi, des milliers de ses membres sont parvenus à bloquer l’axe routier principal menant au stade.
La présidente Claudia Sheinbaum avait qualifié ces mouvements, une semaine auparavant, de « provocation » visant à ternir l’image du pays en affirmant : « Regardez à quel point la situation au Mexique est mauvaise ». Les autorités ont ainsi déployé des milliers d’agents de sécurité et installé des barrières en béton à un kilomètre du stade.
Infantino se défend, Trump félicite
Face aux critiques, le président de la FIFA, le Suisse Gianni Infantino, a défendu avec vigueur la compétition lors d’une conférence de presse organisée mercredi à Mexico, minimisant les controverses liées aux visas et aux billets dont certains dépassent les 30 000 dollars.
Infantino a expliqué que la FIFA avait mis en vente une catégorie limitée de billets à 60 dollars afin de répondre aux attentes du public, estimant que ce tarif était tout à fait raisonnable.
Il a également relativisé l’affaire concernant l’arbitre somalien Omar Arten, empêché d’entrer sur le territoire américain dès son arrivée à Miami samedi dernier pour des raisons de sécurité. La FIFA avait ensuite confirmé son exclusion du tournoi à la suite de rapports du département d’État américain évoquant des « liens avec des personnes soupçonnées d’appartenir à des organisations terroristes ».
Le président de la FIFA a déclaré : « Ce qui s’est passé est regrettable, mais nous ne contrôlons pas tout. Il est parfois préférable de faire preuve de patience et de calme plutôt que de réagir immédiatement par des critiques qui produisent un effet contraire à celui recherché. »
Dans le même contexte, Infantino a considéré comme une réussite majeure le fait que la FIFA ait pu garantir la participation de l’équipe nationale iranienne malgré les fortes tensions politiques et militaires entre Téhéran et Washington.
Il a également salué le rôle du président américain dans l’organisation de l’événement en affirmant : « Sans l’implication et la participation de Donald Trump, je pense que l’organisation de la Coupe du monde aux États-Unis aurait tout simplement été impossible. »
De son côté, le président Donald Trump a confirmé mercredi son intention d’assister à certaines rencontres, indiquant avoir eu un entretien avec Infantino, lequel lui aurait assuré que tous les indicateurs témoignent d’un succès sans précédent de la compétition.
Cependant, plusieurs médias américains, dont Politico et The Athletic, ont rapporté, en citant des sources bien informées, que Trump n’assistera pas au premier match des États-Unis contre le Paraguay à Los Angeles vendredi. Une délégation officielle conduite par le secrétaire d’État Marco Rubio représenterait le gouvernement américain. Ce dernier doit également rencontrer le président paraguayen Santiago Peña afin de discuter de dossiers sécuritaires et économiques.
État d’alerte à Mexico et cérémonie d’ouverture en trois dimensions
Sur le plan organisationnel, les autorités mexicaines ont adopté des mesures exceptionnelles pour limiter les embouteillages attendus dans la capitale densément peuplée. Les cours dans les écoles et les universités ont été suspendus jeudi, tandis que les employés du secteur public ont été invités à travailler à distance. Le secteur privé a également été encouragé à adopter cette mesure. Les services essentiels, notamment la sécurité et la santé, ont toutefois poursuivi leurs activités normalement afin de garantir la fluidité des déplacements des supporters.
Cette édition se distingue également par l’organisation de trois cérémonies d’ouverture distinctes dans les trois pays hôtes, chacune précédant le premier match disputé sur son territoire. Le spectacle principal au stade Azteca — rebaptisé « Estadio Ciudad de México » pendant le tournoi conformément aux règles de sponsoring — débutera 90 minutes avant le coup d’envoi, soit à 11 h 30 heure locale.
La star colombienne Shakira figurera parmi les principaux artistes présents aux côtés du Nigérian Burna Boy pour interpréter l’hymne officiel du tournoi « Dai Dai ». D’autres vedettes latino-américaines et internationales participeront également à l’événement, notamment J Balvin, Alejandro Fernández et la chanteuse sud-africaine Tyla.
Les festivités se poursuivront vendredi au Canada, à Toronto, avant le match de la Bosnie, avec la participation de Michael Bublé et Alessia Cara. Elles se déplaceront ensuite à Los Angeles avant la rencontre du Paraguay avec des prestations de Katy Perry, Future et Anitta.
La FIFA a par ailleurs annoncé, en collaboration avec l’organisation Global Citizen, une innovation sans précédent : un spectacle musical à la mi-temps de la finale inspiré du modèle du Super Bowl américain, avec la participation de Madonna, Shakira et du groupe BTS.
Le défi de l’Azteca et la bataille des pronostics
Sur le terrain, l’attention se porte naturellement sur l’atmosphère brûlante du stade Azteca, qui peut accueillir 85 000 spectateurs et qui avait déjà accueilli les finales des Coupes du monde 1970 et 1986. Le sélectionneur sud-africain Hugo Broos a mis en garde ses joueurs contre le « mur de bruit » créé par les supporters mexicains, soulignant l’importance de rester pleinement concentrés afin d’obtenir un résultat positif lors de cette rencontre difficile programmée à 13 heures, heure locale.
À l’inverse, l’expérimenté sélectionneur mexicain Javier Aguirre espère mettre fin à une statistique défavorable : le Mexique n’a jamais remporté un match d’ouverture de Coupe du monde lors de ses sept précédentes participations. Il estime que cette donnée constitue une source supplémentaire de motivation pour ses joueurs afin de débuter le tournoi par une victoire historique.
Dans les autres groupes, plusieurs affiches prometteuses sont également au programme. La Corée du Sud affrontera la République tchèque à Guadalajara lors de la deuxième rencontre de la journée inaugurale, tandis que les États-Unis entament leur parcours face au Paraguay avant de rencontrer l’Australie puis la Turquie dans leur groupe.
Les principaux bookmakers considèrent l’Espagne, la France et l’Angleterre comme les favoris pour le titre. Toutefois, l’Argentine, championne du monde en titre, demeure une sérieuse prétendante sous la conduite de sa légende vivante, Lionel Messi, âgé de 38 ans, qui espère conclure sa carrière internationale par un nouveau sacre mondial.
