Expert des groupes extrémistes : les sanctions américaines contre Mahmoud El-Ibiary révèlent l’ampleur du réseau de financement des Frères musulmans et du Hamas
Le département du Trésor américain a annoncé l’inscription du dirigeant égyptien des Frères musulmans Mahmoud El-Ibiary, ainsi que de trois individus et de trois entités, sur la liste des sanctions liées à la lutte contre le terrorisme, les accusant d’apporter un soutien financier et logistique au Hamas par l’intermédiaire d’un réseau international comprenant des associations caritatives, des entreprises commerciales et des entités financières opérant dans plusieurs pays.
Le département a indiqué que les nouvelles mesures avaient été prises en coordination avec plusieurs agences de sécurité américaines, au premier rang desquelles le Federal Bureau of Investigation (FBI), dans le cadre d’une opération visant ce qu’il a qualifié de réseaux de financement liés au Hamas et aux Frères musulmans, ainsi que les personnes et entités qui utilisent les canaux caritatifs, commerciaux et financiers pour collecter et transférer des fonds.
Selon le département du Trésor américain, Mahmoud El-Ibiary occupe le poste de secrétaire général du Secrétariat général des Frères musulmans. Washington l’accuse d’avoir participé à des campagnes de collecte de fonds au profit d’organisations auxquelles les États-Unis avaient déjà imposé des sanctions en raison de leurs liens avec le Hamas, parmi lesquelles la Fondation Waqf Palestine et la Fondation Hayat Yolo – Way of Life.
Le département a ajouté qu’El-Ibiary avait également coordonné ses activités avec des entités liées à l’organisation internationale des Frères musulmans dans le cadre d’opérations de collecte et de transfert de fonds, considérant que ces activités constituaient un élément d’un réseau plus vaste destiné à fournir des sources de financement à des entités liées au Hamas.
Les sanctions américaines ont également visé des entités que le département du Trésor décrit comme des façades utilisées pour collecter des fonds au profit de la branche militaire du Hamas, notamment la société Tugah Bulah Global, basée en Indonésie, qui, selon le département, opère également sous le nom d’emprunt Seven Spikes Global.
Washington accuse cette société de collecter des fonds et de générer des revenus au profit de la branche militaire du Hamas, dans le cadre d’un réseau qui, selon les autorités américaines, s’appuie sur des entités commerciales et caritatives afin de dissimuler les circuits financiers et de transférer des fonds à travers les frontières.
Les sanctions ont également frappé l’association caritative Maad Palestine, dans la bande de Gaza. Le département du Trésor américain affirme que l’association avait initialement été créée sous couvert de collecte de fonds destinés à venir en aide aux civils, avant d’être utilisée par le Hamas, selon les accusations américaines, pour fournir des financements à des fins militaires.
Les mesures se sont également étendues à un réseau de change et de services financiers opérant en Turquie, que les États-Unis accusent d’avoir transféré des centaines de milliers de dollars au profit du Hamas. Cette décision illustre l’attention croissante de Washington portée aux intermédiaires financiers et aux réseaux de transfert que les autorités américaines considèrent comme des moyens permettant d’acheminer des fonds en dehors des circuits financiers traditionnels.
Ces sanctions s’inscrivent dans le cadre d’une politique américaine visant à assécher les sources de financement qui, selon Washington, soutiennent le Hamas, en mettant l’accent sur l’infrastructure financière entourant l’organisation et non uniquement sur ses dirigeants politiques ou militaires connus.
Le département du Trésor américain considère que l’utilisation d’associations caritatives, d’entreprises commerciales et de réseaux de change comme canaux de circulation des fonds constitue l’une des méthodes permettant de dissimuler l’identité du bénéficiaire final des financements. Cette situation a conduit les autorités américaines à élargir le champ des sanctions afin d’inclure plusieurs maillons du réseau financier.
Le département a affirmé que les Frères musulmans continuent, selon son évaluation, d’entraver les efforts visant à parvenir à une solution pacifique dans la bande de Gaza, établissant un lien entre les activités de l’organisation et les réseaux de financement ciblés par les mesures américaines.
Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que l’administration du président Donald Trump poursuivrait les terroristes et leurs financiers, qu’ils agissent sous couvert d’associations caritatives, d’entreprises ou de réseaux financiers clandestins, affirmant que les personnes et entités soutenant le Hamas seraient confrontées à des sanctions et à des mesures de reddition de comptes.
Les nouvelles sanctions ont de vastes conséquences financières et juridiques pour les personnes et entités désignées. Elles entraînent le gel de leurs avoirs et intérêts relevant de la juridiction américaine et imposent également des restrictions aux transactions effectuées par des personnes et institutions américaines avec ces individus et entités, conformément aux règles régissant les sanctions américaines.
L’inscription de Mahmoud El-Ibiary s’inscrit dans ce contexte, alors que Washington s’emploie à élargir le champ de ses actions contre les réseaux des Frères musulmans et du Hamas en combinant sanctions financières, mesures de sécurité et traque des circuits de financement transfrontaliers.
La nature des dernières mesures indique que la stratégie américaine tend à cibler l’ensemble de l’écosystème financier à ses différentes étapes, depuis la collecte des fonds, en passant par les associations, les entreprises et les intermédiaires financiers, jusqu’aux entités que Washington accuse de recevoir ces fonds.
La nouvelle décision constitue ainsi une escalade dans la traque des réseaux que les États-Unis considèrent comme liés au financement du Hamas. Elle soumet également les activités des institutions et entités associées aux Frères musulmans à une surveillance financière et sécuritaire accrue de la part des autorités américaines, dans un contexte où Washington cherche à assécher les sources de financement et à poursuivre les circuits susceptibles d’être utilisés pour recycler ou transférer des fonds à travers les frontières.
Ibrahim Rabie, chercheur spécialisé dans les groupes extrémistes, a déclaré que l’inscription du dirigeant des Frères musulmans Mahmoud El-Ibiary sur les listes de sanctions américaines constituait une évolution notable dans la manière dont Washington traite les réseaux de financement liés aux Frères musulmans et au Hamas. Il a souligné que la décision ne visait pas uniquement une personne en particulier, mais révélait un suivi américain de circuits financiers et organisationnels transnationaux.
Rabie a expliqué que les sanctions révèlent, selon les accusations américaines, que les réseaux liés à l’organisation s’appuient sur un ensemble de façades caritatives, commerciales et financières pour collecter et transférer des fonds. Il a affirmé que le ciblage de ces différents maillons constituait un coup direct porté à l’infrastructure sur laquelle ces réseaux reposent pour faire circuler les fonds et en dissimuler les itinéraires.
Il a ajouté que l’inscription d’El-Ibiary aux côtés d’entités opérant dans différents pays reflétait une orientation américaine visant à établir un lien entre les activités organisationnelles et politiques et les circuits de financement, plutôt qu’à traiter chaque dossier séparément, notamment lorsqu’il s’agit de réseaux s’étendant sur plusieurs pays et utilisant différents outils pour maintenir la circulation des fonds.
Le chercheur spécialisé dans les groupes extrémistes a souligné que le ciblage des associations que Washington décrit comme des façades destinées à collecter des fonds, ainsi que des entreprises et des réseaux de change, confirmait que les sanctions américaines se concentraient désormais sur l’infrastructure financière et non plus uniquement sur les dirigeants connus.
Rabie a affirmé que la dangerosité de ce type de réseaux résidait dans leur capacité à se déplacer entre plusieurs espaces, en tirant parti des activités caritatives et commerciales ainsi que des transferts financiers. Leur démantèlement dépend donc du suivi des relations entre les personnes, les entités, les sources de financement et les bénéficiaires finaux.
Il a également souligné que la décision adressait un message aux institutions et aux acteurs susceptibles d’entretenir des relations avec ces réseaux : Washington entend élargir le champ de la traque financière, et les sanctions ne s’arrêteront pas aux dirigeants ou aux principales entités, mais pourront également s’étendre aux intermédiaires et aux canaux qui contribuent au transfert des fonds.
Rabie a insisté sur le fait que l’inscription d’El-Ibiary sur les listes de sanctions américaines constituait une évolution importante dans la traque des dirigeants des Frères musulmans établis en dehors de l’Égypte, notamment en raison de l’attention croissante portée par Washington à la nature des liens financiers et organisationnels reliant certains de ces dirigeants à des réseaux régionaux et internationaux.
Il estime que les nouvelles mesures traduisent le passage d’une phase de surveillance des activités à une tentative d’assèchement des sources de financement, en frappant les maillons intermédiaires qui permettent de collecter, transférer et réorienter les fonds. Il souligne que la poursuite de cette approche pourrait exercer une pression accrue sur les réseaux financiers et organisationnels liés aux Frères musulmans et au Hamas au cours de la prochaine période.
