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Les Frères musulmans sous la loupe américaine en Europe : Mahmoud El-Ibary


La confrontation américaine avec les Frères musulmans a pris un nouveau tournant. Elle ne se limite désormais plus à la traque de leurs branches et relais au Moyen-Orient, mais s’étend à l’Europe, et plus particulièrement au Royaume-Uni, désormais placé au cœur de l’attention. Les sanctions récemment imposées par Washington à Mahmoud El-Ebary, secrétaire général de l’Organisation internationale des Frères musulmans, ne semblent pas constituer une mesure isolée. Elles s’inscrivent plutôt dans une stratégie plus large visant à démanteler l’infrastructure financière et institutionnelle qui permet à l’organisation de poursuivre ses activités à travers l’Europe.

Le 24 juillet, le département du Trésor américain a annoncé, par l’intermédiaire de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), l’imposition de sanctions contre El-Ebary, trois individus et trois entités, accusant ce réseau d’avoir acheminé des fonds importants vers le Hamas. Les sanctions visent notamment une société basée en Indonésie, une organisation caritative située dans la bande de Gaza et une entreprise commerciale établie en Turquie. Le département du Trésor accuse également El-Ebary, de nationalité autrichienne et résidant à Londres, d’avoir soutenu des campagnes de collecte de fonds au profit d’organisations que les États-Unis avaient précédemment désignées en raison de leurs liens avec le Hamas, parmi lesquelles le « Palestine Endowment » et « Hayat Yolo ».

L’élément le plus significatif de ces sanctions réside dans le fait que Washington passe du ciblage de branches ou de relais régionaux à celui d’une personnalité dirigeante qui exerce ses activités depuis le territoire britannique et qui, selon les accusations américaines, entretient des liens avec des réseaux de financement opérant dans plusieurs pays. Londres se retrouve ainsi au premier plan du dossier, après que les capitales du Moyen-Orient ont constitué pendant des années le principal centre d’attention dans la lutte contre les activités de l’organisation.

Dans ce contexte, l’administration américaine entend ouvrir des discussions politiques avec le gouvernement d’Andy Burnham, une fois que son équipe de sécurité aura achevé ses examens, tout en laissant à Londres le temps nécessaire pour étudier la décision et déterminer les démarches compatibles avec son propre cadre juridique. Selon une source américaine au fait du dossier, la nature de la réponse britannique constituera un indicateur important du niveau de coopération future avec Washington dans le traitement des réseaux des Frères musulmans en Europe.

Selon la même source, l’administration américaine ne considère pas les dernières sanctions comme un événement isolé, mais comme le début d’une phase plus large visant les dirigeants et les structures-relais qui permettent aux réseaux des Frères musulmans d’opérer dans plusieurs pays. Washington étudie d’éventuelles mesures supplémentaires susceptibles de viser des personnalités et des entités liées à ces réseaux dans plusieurs pays européens. Chaque dossier devrait être examiné séparément avec le gouvernement concerné, conformément au cadre juridique propre à chaque État.

Cette démarche place le gouvernement de Burnham face à une épreuve précoce dans l’un des dossiers les plus sensibles, en lui fournissant une raison supplémentaire de réévaluer le niveau de suivi politique et sécuritaire des réseaux de l’organisation au Royaume-Uni. Le rapport cite un journaliste britannique selon lequel le véritable défi ne réside pas dans les activités publiques de l’organisation, mais dans sa capacité à utiliser des associations, des centres de recherche et des plateformes de défense des droits pour étendre sa présence politique, en tirant parti de la multiplicité des appellations juridiques et de la difficulté à retracer les liens organisationnels entre ces différentes entités.

La coordination américaine pourrait également s’étendre au-delà du Royaume-Uni, Washington considérant les réseaux des Frères musulmans en Europe comme un système interconnecté d’intermédiaires et de structures-relais, plutôt que comme des entités distinctes opérant dans chaque pays. Dans cette perspective, des initiatives politiques avec Londres et d’autres capitales européennes pourraient être engagées afin d’accroître la priorité accordée au dossier des réseaux des Frères musulmans dans les discussions consacrées à la lutte contre l’extrémisme. Cette démarche s’inscrirait dans un effort américain visant à favoriser une position occidentale davantage convergente, tout en laissant à chaque État le soin de déterminer les mesures appropriées en fonction de sa propre législation.

Les sanctions ont également une dimension pratique directe qui dépasse les seuls messages politiques. Elles donnent aux États-Unis une capacité accrue de surveiller les transactions financières transitant par le dollar ou par des institutions financières américaines. Elles adressent également un avertissement aux institutions et aux individus situés hors des États-Unis quant aux risques liés aux relations avec les personnes ou entités figurant sur les listes de sanctions, lesquelles peuvent exposer leurs contreparties à des sanctions secondaires susceptibles d’avoir des répercussions sur le système financier international.

Il apparaît désormais clairement que le ciblage de Mahmoud El-Ebary marque le début d’une nouvelle phase dans l’approche américaine des Frères musulmans en Europe. Celle-ci repose sur le démantèlement de leur infrastructure financière et institutionnelle plutôt que sur la seule poursuite de leurs membres. Le Royaume-Uni, en raison de la présence sur son territoire d’un certain nombre de dirigeants de l’organisation, semble constituer le point de départ de cette démarche, et non son aboutissement. La pression politique et sécuritaire devrait, au cours des prochains mois, s’étendre à d’autres capitales européennes, chacune dans le respect de son propre cadre juridique, dans le cadre d’une tentative américaine visant à construire une approche occidentale plus coordonnée à l’égard des réseaux des Frères musulmans.

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