La grève de la faim de Ghannouchi : les Frères musulmans tunisiens cherchent à construire une posture de victime politique derrière les barreaux
Comme à son habitude, le dirigeant des Frères musulmans tunisiens, Rached Ghannouchi, exploite chaque occasion pour attirer l’attention après que tout le monde s’est détourné de lui depuis le début du processus de reddition de comptes visant cette organisation.
Le comité de défense de Ghannouchi a annoncé lundi, dans un communiqué, que le président du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, âgé de 85 ans, avait entamé une grève illimitée de la faim et cessé de prendre ses médicaments, « pour protester contre l’isolement total qui lui est imposé dans l’hôpital où il est actuellement détenu ».
Le comité a annoncé qu’il était « entré dans une phase de protestation extrême, douze jours après son transfert à l’hôpital ».
De son côté, l’administration pénitentiaire tunisienne avait confirmé, dans un communiqué publié le mois dernier, avoir pris « toutes les mesures nécessaires » afin de garantir des conditions de détention et des soins médicaux appropriés dans les établissements pénitentiaires. Elle avait également démenti les informations faisant état d’une détérioration de l’état de santé de certains détenus en raison des températures élevées ou d’une interdiction faite à leurs familles et à leurs avocats de leur rendre visite.
L’administration a affirmé que les détenus bénéficient de soins médicaux au sein des établissements pénitentiaires, tandis que les cas nécessitant une prise en charge spécialisée étaient transférés vers les hôpitaux publics.
Détenu depuis le 19 avril 2023, Ghannouchi fait face à dix affaires, notamment pour complot contre la sûreté de l’État, espionnage, assassinats politiques, existence d’un appareil secret des Frères musulmans, envoi de terroristes vers des zones de conflit et blanchiment d’argent.
Une manœuvre des Frères musulmans
De son côté, l’activiste politique tunisien Khaled Bel-Taher a affirmé que l’organisation des Frères musulmans cherchait à attirer l’attention et à obtenir la solidarité des médias et des organisations de défense des droits humains, estimant que cette grève constituait un moyen de protestation et de pression morale.
Bel-Taher a déclaré que « le mouvement Ennahdha cherche, en présentant cette grève comme la conséquence de traitements brutaux et inhumains, à acculer les autorités dans le domaine des violations des droits humains ».
Il a estimé que cette grève représentait « une manœuvre politique classique à laquelle les Frères musulmans ont recours lorsque l’horizon judiciaire se referme », expliquant qu’après la condamnation de Rached Ghannouchi à la réclusion à perpétuité, il ne lui resterait plus qu’à exercer des pressions afin d’obtenir sa libération ainsi que celle des autres détenus appartenant aux Frères musulmans.
Il a également rappelé que Ghannouchi avait déjà été condamné à mort sous la présidence de l’ancien président Habib Bourguiba, au milieu des années 1980, avant d’être libéré dans le cadre d’un accord politique lorsque l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali arriva au pouvoir en 1987. Il fut ensuite de nouveau arrêté au début des années 1990 avant de quitter le pays dans le cadre d’un autre accord.
De son côté, l’analyste politique Ziad Al-Qasmi a déclaré que la grève visait à exercer une pression sur l’administration tunisienne actuelle afin d’obtenir la libération de Ghannouchi pour des raisons humanitaires et médicales.
Il a affirmé que l’annonce de la grève à ce moment précis visait principalement à fabriquer une « propagande politique » en faveur de sa libération après le prononcé de lourdes condamnations à son encontre.
Il a souligné que les Frères musulmans recourent, comme à leur habitude, à la stratégie de la victimisation afin de mobiliser leur base populaire et de façonner l’opinion publique, après le recul de la présence politique du mouvement dans la rue tunisienne et le prononcé de lourdes peines contre ses dirigeants, dont certaines vont jusqu’à la réclusion à perpétuité.
Il a expliqué que « Ghannouchi reprend les mêmes manœuvres que par le passé afin de faire pression pour obtenir sa libération ».
En juin dernier, la justice tunisienne a condamné Rached Ghannouchi à la réclusion à perpétuité, assortie de trente années supplémentaires d’emprisonnement, dans l’affaire de l’appareil secret des Frères musulmans.
Les autorités tunisiennes avaient arrêté Ghannouchi en 2023. Le cumul des peines prononcées à son encontre dans plusieurs affaires, notamment celle du « complot contre la sûreté de l’État », dépasse désormais quarante années d’emprisonnement.
