Téhéran évoque de nouvelles conditions pour l’ouverture du détroit d’Ormuz
L’Iran a annoncé son attachement à une nouvelle condition pour permettre le passage des navires par le détroit d’Ormuz : le paiement de droits de transit dont le montant serait déterminé conjointement avec le Sultanat d’Oman.
Selon Kazem Jalali, ambassadeur de l’Iran à Moscou, le détroit d’Ormuz restera ouvert, mais selon de nouvelles modalités définies par Téhéran et Mascate, incluant le versement de redevances de passage. Cette déclaration intervient malgré les mises en garde américaines contre une telle démarche et le démenti d’Oman quant à toute intention de participer à l’imposition de ces frais aux côtés de l’Iran.
La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a provoqué une forte diminution des flux pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz, une voie maritime par laquelle passait auparavant près d’un cinquième du pétrole mondial. Plusieurs pétroliers ont récemment quitté le Golfe, mais les exportations de pétrole et de gaz naturel liquéfié demeurent largement inférieures à leurs niveaux habituels.
Dans un entretien accordé au quotidien russe Izvestia et publié lundi, Kazem Jalali a déclaré : « Bien entendu, ce détroit sera ouvert, mais selon de nouvelles conditions définies par les autorités iraniennes et omanaises. »
Il a ajouté : « Nous sommes conscients que l’Iran et le Sultanat d’Oman fournissent certains services liés à ce détroit. Des frais seront perçus en contrepartie de ces services », sans fournir davantage de précisions.
Téhéran insiste pour que tout accord permanent visant à mettre fin à la guerre lui permette de réclamer des droits de passage aux navires traversant le détroit. Ces frais varient selon le type de navire, sa cargaison et les circonstances en vigueur.
Le président américain Donald Trump s’oppose fermement à cette position, tout comme les pays du Golfe. Fin mai, les États-Unis ont mis en garde Oman contre toute participation à des initiatives communes avec l’Iran visant à imposer de tels frais. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a indiqué que l’ambassadeur d’Oman lui avait assuré qu’aucun projet de cette nature n’était envisagé.
Une forte opposition des pays du Golfe
L’orientation iranienne vers l’imposition de droits de passage dans le détroit d’Ormuz suscite un rejet important parmi les États du Golfe, qui considèrent cette voie maritime comme un passage international ne relevant pas de la souveraineté exclusive d’un seul État. Selon eux, la liberté de navigation y est garantie par le droit et les usages internationaux.
Les capitales du Golfe craignent qu’une telle mesure ne crée un précédent dangereux permettant de politiser l’un des axes commerciaux les plus stratégiques du monde et de l’utiliser comme instrument de pression politique et économique.
Les pays de la région considèrent également cette initiative comme une menace directe pour la sécurité énergétique mondiale, étant donné qu’une part considérable des exportations de pétrole et de gaz transite quotidiennement par ce passage maritime.
Conséquences économiques potentielles
L’instauration de frais supplémentaires sur le trafic maritime entraînerait une hausse des coûts du transport, de l’assurance et du fret, avec des répercussions directes sur les prix de l’énergie et des matières premières sur les marchés internationaux.
Cette situation pourrait également pousser les compagnies maritimes internationales à revoir leurs itinéraires ou à augmenter leurs tarifs afin de compenser les charges supplémentaires, aggravant ainsi les pressions inflationnistes sur l’économie mondiale.
Des experts avertissent que toute restriction ou charge financière imposée à la navigation dans le détroit d’Ormuz pourrait accroître l’incertitude sur les marchés et nuire aux investissements ainsi qu’au commerce international, notamment en raison de la forte dépendance des économies asiatiques et européennes aux approvisionnements énergétiques en provenance du Golfe.
Par ailleurs, Israël a annoncé lundi avoir frappé des objectifs militaires dans l’ouest et le centre de l’Iran, alors même que certaines informations indiquaient que Donald Trump avait demandé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou de s’abstenir de nouvelles attaques.
De son côté, le Japon, qui importait environ 95 % de son pétrole du Moyen-Orient avant le conflit, a affirmé qu’aucun frais n’avait été exigé après le passage, en mai, d’un pétrolier lié à des intérêts japonais par cette voie maritime.
