L’option des frappes unilatérales : comment Netanyahou complique les projets d’accord de Trump avec l’Iran
Des sources informées au sein de la Maison-Blanche affirment que le principal point de désaccord entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou concerne l’éventualité de frappes israéliennes unilatérales contre les installations nucléaires iraniennes.
Selon ces sources, Netanyahou insiste sur la destruction de l’ensemble des réacteurs et installations nucléaires de l’Iran, une option que le président républicain considérait comme une grave menace pour la sécurité du Moyen-Orient.
Les sources ont déclaré que Trump envisageait le dossier nucléaire iranien dans le cadre d’une stratégie de pression destinée à contraindre Téhéran à conclure un accord.
Le président américain souhaiterait que les frappes contre les installations nucléaires soient menées progressivement et en fonction de l’importance des sites, sans aboutir à leur destruction totale, sauf en cas d’échec de toute solution négociée.
Un moyen de faire échouer les négociations
Selon les sources américaines, les capacités des services de renseignement israéliens et leurs réseaux à l’intérieur de l’Iran pourraient constituer le principal moyen de faire échouer d’éventuelles négociations bilatérales entre Washington et Téhéran menées sans la participation de Tel-Aviv.
Cette situation serait d’autant plus préoccupante que le Corps des gardiens de la révolution islamique ne souhaiterait pas engager avec Washington un processus diplomatique prévoyant l’arrêt de l’enrichissement de l’uranium.
Netanyahou pourrait également décider de lancer unilatéralement des opérations militaires contre des installations nucléaires iraniennes, au risque de faire échouer tout accord entre Washington et Téhéran.
Ces informations interviennent après une réunion de trois heures organisée à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, entre Steve Witkoff et Jared Kushner, conseillers de l’administration américaine, et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi.
Les discussions, menées sous médiation qatarie et pakistanaise, n’ont abouti à aucune avancée dans le dossier nucléaire.
Une source informée à la Maison-Blanche affirme que le différend sur les frappes contre les sites nucléaires iraniens remonte à la rencontre entre Trump et Netanyahou à Mar-a-Lago en décembre dernier.
Le désaccord porterait notamment sur la désignation des objectifs. Trump souhaiterait que le rôle d’Israël se limite à l’exécution des opérations, sans que Tel-Aviv détermine leur orientation ni prenne unilatéralement la décision de bombarder des sites nucléaires iraniens.
Un accord contraignant
La source ajoute que Trump privilégie la conclusion d’un accord contraignant plutôt que de faire des bombardements un objectif en soi.
Cette position s’expliquerait notamment par le fait que Netanyahou aurait réussi à l’entraîner dans la guerre de juin 2025, sans que celle-ci atteigne l’objectif recherché, à savoir l’élimination des capacités nucléaires iraniennes.
Selon la source de la Maison-Blanche, l’Iran a su tirer profit de cette guerre sur les plans intérieur et extérieur.
Téhéran aurait ensuite mobilisé l’ensemble de ses moyens pour accélérer le développement de son programme nucléaire et intensifier ses efforts en vue d’acquérir l’arme atomique.
La possibilité que Trump et Netanyahou ne se rencontrent pas pendant la visite de ce dernier à New York semble désormais gagner du terrain.
Le traitement du programme nucléaire iranien domine les divergences entre les deux dirigeants.
Des responsables proches de la Maison-Blanche au sein du Parti républicain ainsi que d’importantes personnalités des organisations du lobby israélien aux États-Unis tenteraient néanmoins d’organiser une rencontre entre les deux alliés.
Eric Brown, figure importante du Parti républicain, estime que la relation entre Trump et Netanyahou doit être évaluée au regard de plusieurs dossiers, au premier rang desquels figure la crise iranienne, et selon sa capacité à renforcer les intérêts communs et à garantir une sécurité durable.
Des priorités divergentes
Brown a souligné que, même si une bonne entente personnelle pouvait être utile, Trump et Netanyahou n’assumaient pas les mêmes responsabilités et que leurs priorités ne coïncideraient pas toujours.
C’est précisément ce qui se produit actuellement sur leur dossier le plus important, a-t-il ajouté.
Selon Brown, Israël nourrit des préoccupations sécuritaires légitimes. Les États-Unis assument toutefois des responsabilités envers leurs citoyens, leurs forces armées, leurs partenaires au Moyen-Orient et la stabilité de la région dans son ensemble.
Trump devrait donc soutenir Israël tout en conservant la capacité de prendre des décisions indépendantes concernant certaines opérations et leurs conséquences.
Un accord partiel
Hussein al-Deek, spécialiste des relations entre les États-Unis et Israël, écarte la possibilité que Washington conclue avec l’Iran un accord limité au détroit d’Ormuz.
Les États-Unis souhaiteraient parvenir à un accord global. Dans ce contexte, Tel-Aviv ne serait pas en mesure de faire obstacle à un processus diplomatique comprenant un accord nucléaire entre Washington et Téhéran, compte tenu des tensions actuelles entre Trump et Netanyahou.
Al-Deek a déclaré que leur désaccord était devenu si manifeste que les deux dirigeants pouvaient se trouver dans la même ville sans se rencontrer, indépendamment des arguments avancés concernant leurs agendas chargés et leurs autres engagements.
Il convient également, selon lui, de tenir compte de l’évolution de l’opinion publique américaine à l’approche des élections de mi-mandat, le soutien à Israël et plus particulièrement à son Premier ministre étant en recul.
D’après Al-Deek, Trump serait convaincu qu’une rencontre avec Netanyahou à ce stade lui ferait perdre davantage de voix lors des prochaines élections de mi-mandat.
Cette considération illustrerait l’ampleur du refroidissement actuel de leurs relations.
L’expert estime qu’un accord partiel constituerait un moyen, et non une finalité, pour parvenir à un règlement global.
Dans cette démarche, Trump s’appuierait sur trois écoles de la politique étrangère américaine.
La première est l’école jacksonienne, associée à l’héritage du président Andrew Jackson. Elle privilégie la puissance militaire et l’action décisive, utilisées dans le cas iranien comme un moyen de contraindre Téhéran à conclure un accord.
Paralyser le secteur aérien
La deuxième approche, selon Al-Deek, est celle incarnée par Alexander Hamilton, premier secrétaire au Trésor de l’histoire des États-Unis.
Elle repose sur les sanctions et l’asphyxie économique. Washington l’emploierait actuellement de manière stratégique dans sa gestion du dossier nucléaire iranien.
Cette politique aurait obtenu des résultats importants, notamment en paralysant le secteur aérien, en empêchant des avions d’entrer en Iran et en obtenant l’adhésion de plusieurs pays voisins, de manière à instaurer un blocus à la fois aérien et maritime.
La troisième école repose sur les institutions internationales et le droit international.
Washington aurait appliqué cette approche par l’intermédiaire de l’Agence internationale de l’énergie atomique, en insistant sur la nécessité pour l’Iran de maintenir ses activités nucléaires dans un cadre pacifique.
Al-Deek considère que le programme nucléaire constituera le fondement de tout éventuel accord et que les États-Unis ne feront aucune concession sur ce point.
À ses yeux, l’Iran se trouve désormais dans une situation de grande faiblesse et Trump cherche à lui imposer une capitulation politique : soit en l’obligeant à signer un accord, soit en la laissant « pourrir de l’intérieur », selon ses propres termes.
