Les interventions turques et la prolongation de la guerre au Soudan
Depuis le déclenchement de la guerre au Soudan en avril 2023, la Turquie est devenue l’un des acteurs extérieurs dont la présence dans le paysage soudanais ne cesse de s’affirmer. Cette présence n’est toutefois pas née avec la guerre.
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Elle s’inscrit dans le prolongement de relations politiques, économiques et militaires établies par Ankara avec Khartoum au fil des années, particulièrement durant la période de l’ancien président Omar el-Béchir. Avec le déclenchement des combats entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide, la Turquie a réorganisé ses priorités au Soudan, passant d’une coopération principalement économique et fondée sur l’investissement à une attention accrue portée aux questions sécuritaires, politiques et humanitaires.
Ankara considère le Soudan à travers un large éventail d’intérêts. La position géographique du pays sur la mer Rouge lui confère une importance considérable dans les calculs turcs relatifs à la Corne de l’Afrique et aux routes commerciales internationales.
Le Soudan constitue également une porte d’entrée vers les marchés africains et un espace important pour les investissements turcs dans l’agriculture, les infrastructures, l’énergie et l’exploitation minière. Par ailleurs, les relations historiques établies par la Turquie avec l’ancien régime, puis avec les institutions de l’État soudanais après sa chute, lui ont permis de constituer un réseau de relations à travers lequel elle peut influencer certains aspects de la crise.
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Mais l’importance croissante du rôle turc soulève une question majeure quant à la nature de cette intervention et à la capacité de la politique d’Ankara à contribuer à la fin de la guerre ou, au contraire, à donner directement ou indirectement à l’une des parties une plus grande capacité à poursuivre le conflit. Ankara affirme soutenir l’unité du Soudan, sa stabilité et une solution politique. Toutefois, la nature de ses relations militaires et politiques avec l’armée soudanaise, combinée à ses intérêts économiques et stratégiques, fait de son rôle un sujet incontournable dans toute analyse des équilibres de la guerre.
L’héritage d’el-Béchir
Les racines de l’influence turque au Soudan remontent aux années de rapprochement marqué entre Ankara et Khartoum sous le régime d’Omar el-Béchir. Les relations bilatérales se sont alors développées dans les domaines du commerce, de l’investissement, de l’agriculture et de la défense, tandis que la Turquie s’est imposée dans plusieurs projets économiques et stratégiques soudanais.
L’île de Suakin, située sur la mer Rouge, a constitué l’un des symboles les plus importants de ce rapprochement. En 2017, la Turquie et le Soudan ont conclu un accord visant à développer l’île et à restaurer ses installations historiques, une initiative qui a suscité un important intérêt régional en raison de sa position stratégique sur la mer Rouge. Bien que le projet ait officiellement été présenté comme une initiative touristique et culturelle, la localisation de Suakin a automatiquement associé toute présence turque sur l’île aux considérations sécuritaires et stratégiques liées à la mer Rouge.
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Cet héritage n’a pas disparu avec la chute d’el-Béchir. Les conditions politiques ont certes changé, mais les intérêts que la Turquie avait construits au Soudan sont restés présents. Avec le déclenchement de la guerre, ces relations historiques sont devenues une partie des instruments dont dispose Ankara pour gérer la crise.
La mer Rouge
La mer Rouge constitue l’un des principaux moteurs de la politique turque à l’égard du Soudan. Ankara considère cette région comme un espace stratégique reliant le Moyen-Orient à l’Afrique et comprenant des routes commerciales, des ports et des voies maritimes d’importance mondiale.
Le Soudan possède un long littoral sur la mer Rouge et abrite le port de Port-Soudan, devenu pendant la guerre un centre majeur pour le gouvernement, les opérations humanitaires et les communications internationales. Toute puissance extérieure cherchant à établir une influence durable au Soudan ne peut donc ignorer l’importance du littoral soudanais.
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Sous cet angle, la poursuite de la guerre représente un problème pour la Turquie, mais elle peut également offrir une occasion de reconstruire son influence. Les États capables de fournir un soutien politique, militaire ou humanitaire durant une crise peuvent, par la suite, transformer cette présence en relations stratégiques avec l’autorité qui émergera de la guerre.
C’est là que réside la sensibilité de l’intervention turque. Plus le Soudan occupe une place importante dans la stratégie turque, plus Ankara peut être tentée d’influencer la forme du système qui gouvernera le pays après la fin des combats.
Les relations avec l’armée
Les relations militaires entre la Turquie et le Soudan se sont considérablement développées avant la guerre. Les deux pays ont coopéré dans les domaines de la formation, de la défense et des industries militaires, et la Turquie est devenue l’un des partenaires que le Soudan considère comme une source de technologies et d’équipements de défense.
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Avec le déclenchement de la guerre, les relations avec l’armée ont pris une importance accrue pour Ankara. La Turquie a maintenu ses contacts officiels avec les institutions de l’État soudanais et a continué à traiter avec la direction représentée par l’armée comme avec une composante essentielle de l’autorité soudanaise.
Cette position peut s’expliquer sur le plan diplomatique par le fait que la Turquie traite avec le gouvernement et les institutions officielles de l’État. Mais elle comporte également des implications militaires et politiques, puisque l’armée n’est pas un acteur neutre dans cette guerre : elle mène directement les opérations militaires contre son adversaire.
Par conséquent, toute coopération en matière de défense ou de sécurité avec l’armée peut renforcer sa capacité de résistance, même si l’objectif officiellement déclaré par la Turquie n’est pas de prolonger la guerre.
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Les drones
Au cours des dernières années, la Turquie s’est distinguée par le développement considérable de son industrie des drones, et ses exportations dans le domaine de la défense sont devenues un élément important de sa politique étrangère.
Dans le contexte de la guerre au Soudan, plusieurs rapports et analyses ont évoqué l’utilisation par l’armée soudanaise de drones et d’équipements militaires de fabrication turque, notamment des drones de type Bayraktar et des systèmes associés.
Les détails concernant les livraisons, les circuits d’approvisionnement et l’ampleur de leur utilisation restent toutefois sujets à débat. Néanmoins, la présence de technologies turques dans l’environnement militaire soudanais illustre l’importance des relations de défense entre les deux pays.
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Le problème réside dans le fait que les technologies militaires modernes peuvent modifier l’équilibre des forces. Si une partie est en mesure d’utiliser des drones précis et efficaces pour frapper les positions de son adversaire, sa capacité à poursuivre les opérations militaires augmente, et son intérêt à accepter rapidement un règlement politique peut diminuer.
Ainsi, le soutien militaire, même lorsqu’il est présenté comme une coopération en matière de défense, peut devenir un facteur de prolongation de la guerre s’il conduit l’une des parties à croire qu’elle est capable d’obtenir des gains décisifs sur le terrain.
La supériorité technologique
Les guerres modernes ne dépendent plus uniquement du nombre de soldats et des armes conventionnelles. La technologie est devenue un facteur déterminant dans la capacité des armées à poursuivre leurs opérations et à obtenir un avantage.
C’est dans ce contexte que l’importance du rôle turc apparaît clairement.
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Au cours de la dernière décennie, la Turquie a développé une industrie de défense avancée, particulièrement dans les domaines des drones, des systèmes de reconnaissance et de la guerre électronique. Le transfert de ces capacités à des partenaires régionaux leur offre de nouveaux outils sur les champs de bataille.
Au Soudan, de telles capacités peuvent aider l’armée à compenser certaines faiblesses apparues durant la guerre, notamment dans les domaines de la reconnaissance et des frappes contre des objectifs éloignés.
Mais le renforcement de la capacité militaire ne signifie pas nécessairement un rapprochement vers la paix. Dans certains cas, une modification de l’équilibre des forces accroît la confiance de la partie la plus forte dans sa capacité à obtenir une victoire décisive et peut ainsi retarder les négociations.
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C’est l’un des principaux mécanismes par lesquels une intervention extérieure peut contribuer à prolonger une guerre sans que l’objectif déclaré de l’État intervenant soit de la maintenir.
Le soutien politique
Parallèlement à la coopération militaire, la Turquie a joué un rôle politique important dans ses relations avec la direction soudanaise. Ankara a reçu de hauts responsables soudanais et maintenu un discours insistant sur l’unité, la souveraineté et le rejet de la fragmentation du Soudan.
Ce discours rejoint la vision de l’armée soudanaise, qui se présente comme la défenseure de l’unité de l’État et de ses institutions.
Mais le soutien au discours sur l’État et ses institutions peut devenir problématique lorsqu’une partie à la guerre l’utilise pour se présenter comme l’unique représentante de l’État.
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Le Soudan a besoin, après la guerre, d’un processus politique reconnaissant la diversité des forces sociales, civiles et politiques, et non simplement d’une restauration du centre du pouvoir militaire.
Si aucune distinction n’est faite entre le soutien à l’État et le soutien à une partie politique au sein de l’État, le rôle extérieur peut contribuer à consolider la division au lieu de la résoudre.
Les islamistes
Le facteur idéologique revêt une importance particulière dans l’analyse des relations turco-soudanaises. Sous la présidence de Recep Tayyip Erdoğan, la Turquie a entretenu des relations étroites avec des mouvements politiques d’inspiration islamique dans la région et ses relations avec le régime d’el-Béchir étaient particulièrement fortes au cours des dernières années de celui-ci.
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Après le déclenchement de la guerre, des rapports ont fait état du retour de forces islamistes soudanaises sur le devant de la scène, notamment à travers leur soutien à l’armée et leur participation à la mobilisation militaire.
Toutefois, établir un lien direct entre la Turquie et ces groupes nécessite des preuves claires, et les relations politiques historiques ne peuvent être considérées comme une preuve d’une direction ou d’un contrôle direct.
Néanmoins, la persistance de l’influence turque au sein de cercles politiques proches de l’ancien régime constitue un facteur important pour comprendre les inquiétudes des forces civiles soudanaises.
Si ces forces estiment qu’une victoire de l’armée conduirait au retour des réseaux islamistes liés à l’ancien régime, elles considéreront avec prudence tout État ayant entretenu des relations historiques avec ces réseaux. Cela pourrait faire de la Turquie un acteur suscitant la méfiance dans tout processus politique, même si Ankara affirme soutenir une solution pacifique.
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Suakin à nouveau
L’île de Suakin demeure présente dans les calculs relatifs au rôle turc. Le projet présenté il y a plusieurs années a offert à la Turquie une position à la fois symbolique et stratégique sur la mer Rouge et a suscité un vaste débat sur la nature des ambitions turques dans la région.
Depuis le déclenchement de la guerre, le contrôle et l’importance du littoral soudanais sont devenus plus stratégiques que jamais. Port-Soudan s’est transformé en un centre politique et administratif majeur, tandis que les régions côtières sont devenues une composante essentielle des calculs sécuritaires liés à la guerre.
La Turquie a donc intérêt à maintenir ouvertes ses relations avec l’autorité présente dans l’est du Soudan.
Mais cet intérêt peut devenir un élément liant l’avenir de l’influence turque au résultat du conflit militaire. Si l’une des parties à la guerre contrôle les institutions de l’État, les ports et les régions côtières, le maintien des relations avec elle offre à Ankara une influence accrue dans la période actuelle comme dans celle qui suivra.
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L’économie et la guerre
Le rôle turc ne peut être dissocié des intérêts économiques. Le Soudan est un pays riche en ressources agricoles et minières, disposant de vastes superficies susceptibles d’être exploitées et d’une position stratégique sur la mer Rouge.
Avant la guerre, la Turquie était intéressée par le développement de ses relations économiques avec le Soudan, notamment dans les domaines de l’agriculture, des infrastructures et de l’énergie. Mais la guerre a modifié la nature de ces intérêts.
En période de crise, la reconstruction devient l’un des principaux domaines économiques d’avenir. Les États qui parviennent à préserver leur influence pendant la guerre sont généralement mieux placés pour participer à la phase de reconstruction.
Le maintien des relations avec l’autorité en place peut donc faire partie d’une stratégie à long terme.
Mais une véritable reconstruction exige d’abord la fin de la guerre. Si les combats se poursuivent, l’économie soudanaise s’effondre, les investissements diminuent et les infrastructures sont détruites, retardant ainsi tout bénéfice économique potentiel pour la Turquie.
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La médiation turque
La Turquie a également tenté de se présenter comme un acteur capable de contribuer à un règlement. Ankara dispose d’un avantage important : sa capacité à communiquer avec différentes parties soudanaises, en plus de ses relations avec l’armée.
Mais la médiation turque est confrontée au même défi que celui auquel font face plusieurs autres États : la difficulté de convaincre toutes les parties qu’elle peut agir comme un médiateur équilibré.
Les relations militaires et politiques avec l’armée conduisent ses adversaires à considérer toute initiative turque avec méfiance.
Or, la médiation repose sur la confiance des deux parties. Si l’une d’elles estime que le médiateur penche en faveur de son adversaire, toute initiative perd une grande partie de sa capacité à produire une avancée.
Le rôle turc doit donc établir une distinction claire entre ses relations stratégiques avec les institutions de l’État et sa fonction de médiateur dans le conflit.
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La concurrence pour l’influence
La guerre au Soudan a ouvert la voie à une compétition internationale et régionale pour l’influence.
La Turquie n’agit pas dans le vide, mais dans un environnement comprenant de multiples puissances internationales et régionales, chacune disposant de ses propres intérêts et instruments.
Cette compétition peut produire deux résultats contradictoires.
Le premier consiste à exercer une pression sur les parties soudanaises afin qu’elles acceptent les négociations, car la poursuite de la guerre menace les intérêts de l’ensemble des puissances extérieures.
Le second consiste à accroître la capacité des belligérants à obtenir un soutien extérieur, réduisant ainsi leur besoin d’un règlement.
La guerre devient alors plus facile à poursuivre. Chaque partie peut chercher un soutien extérieur, tandis que chaque soutien extérieur peut utiliser le conflit pour obtenir une influence accrue.
Dans cette situation, le Soudan cesse d’être seulement un État confronté à une guerre civile pour devenir un terrain de compétition internationale, ce qui rend la fin du conflit encore plus complexe.
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La prolongation de la guerre
Il n’existe pas suffisamment de preuves pour affirmer que la Turquie cherche délibérément à prolonger la guerre au Soudan.
Mais l’analyse de l’impact de son intervention ne doit pas se limiter aux intentions officielles.
Si la coopération militaire contribue à renforcer les capacités de l’armée, si les relations politiques lui apportent un soutien extérieur et si Ankara devient une partie du réseau de relations offrant à la direction soudanaise une plus grande marge de manœuvre, cela peut indirectement contribuer à prolonger le conflit.
Une partie qui bénéficie de technologies, d’armes et d’un soutien politique peut se sentir moins contrainte d’accepter un règlement.
Il s’agit d’une règle générale des guerres civiles : plus les ressources accessibles aux parties belligérantes sont importantes, plus leur capacité à poursuivre les combats augmente.
La véritable question n’est donc pas de savoir si la Turquie souhaite la guerre, mais plutôt de déterminer si les instruments qu’elle utilise au Soudan réduisent le coût de la guerre ou augmentent le coût de sa poursuite pour les parties concernées.
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Le dilemme d’Ankara
La Turquie fait face à un dilemme évident.
D’une part, elle souhaite préserver ses relations avec les institutions de l’État soudanais et protéger ses intérêts économiques et stratégiques.
D’autre part, elle veut conserver l’image d’un État capable de jouer un rôle de médiateur dans les crises régionales.
Concilier ces deux fonctions n’est pas facile.
Un État qui fournit des technologies militaires ou entretient de solides relations sécuritaires avec l’une des parties à une guerre éprouve nécessairement des difficultés à convaincre l’autre partie qu’il peut jouer le rôle d’un médiateur impartial.
Ankara doit donc redéfinir sa présence au Soudan.
Si elle souhaite faire partie de la solution, elle doit utiliser son influence auprès de la direction soudanaise pour pousser à un cessez-le-feu, et non uniquement pour renforcer les relations bilatérales.
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Après la guerre
La Turquie parie sur le fait que le Soudan restera un État important dans les équilibres africains et sur la mer Rouge.
La forme que prendra le Soudan après la guerre est donc plus importante pour Ankara que le résultat d’une bataille militaire particulière.
La Turquie a besoin d’un Soudan stable dans lequel ses entreprises pourront investir, de ports sûrs avec lesquels elle pourra commercer et d’une autorité politique capable de protéger les accords économiques.
Cela signifie que les intérêts turcs à long terme ne coïncident pas nécessairement avec la poursuite de la guerre.
Le problème est toutefois que le soutien apporté à une partie militaire dans la phase actuelle peut produire l’effet inverse s’il contribue à retarder le règlement.
La meilleure protection des intérêts turcs résiderait donc dans le soutien à un accord politique global préservant l’État, empêchant la désintégration des institutions et garantissant simultanément une transition politique qui ne permette pas de transformer une victoire militaire en monopole permanent du pouvoir.
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La voie vers une solution
La Turquie pourrait jouer un rôle plus efficace en utilisant ses relations militaires et politiques avec l’armée pour exercer une pression en faveur de la cessation des combats.
Elle pourrait également mobiliser son influence économique pour soutenir la reconstruction, à condition que l’investissement ne devienne pas un instrument destiné à consolider l’influence politique d’une seule partie.
Ankara doit également ouvrir des canaux de communication plus clairs avec les forces civiles soudanaises, car aucun accord qui ne bénéficie pas de leur acceptation ne sera suffisant pour construire une paix durable.
Quant au dossier militaire, il devrait évoluer d’une coopération en temps de guerre vers un soutien à un processus global de réforme du secteur de la sécurité après le conflit, plaçant les forces armées sous l’autorité d’un pouvoir civil et empêchant la multiplication des armées et des centres armés.
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Le rôle turc au Soudan est le résultat de plusieurs années de relations politiques, militaires et économiques, et ne constitue pas simplement une réponse au déclenchement de la guerre.
Ankara possède des intérêts clairs au Soudan, allant de la mer Rouge à l’agriculture, au commerce, à la défense et à la reconstruction. Elle dispose également de relations historiques avec les institutions de l’État soudanais et différents cercles politiques.
Mais ces mêmes avantages peuvent devenir des faiblesses dans le cadre d’une médiation.
La coopération militaire peut aider l’armée à résister, le soutien politique peut lui offrir une marge de manœuvre plus large et les relations économiques peuvent inciter Ankara à préserver ses canaux avec l’autorité en place.
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Cela ne signifie pas que la Turquie cherche à maintenir la guerre, mais tout soutien extérieur qui augmente la capacité d’une partie à poursuivre les combats sans s’accompagner d’une pression équivalente en faveur d’un règlement peut, dans les faits, devenir un facteur de prolongation du conflit.
En définitive, le véritable test de la politique turque ne résidera ni dans le volume de ses investissements, ni dans ses contrats d’armement, ni dans le nombre de ses rencontres diplomatiques, mais dans sa capacité à utiliser son influence pour parvenir à un cessez-le-feu.
Le Soudan n’a pas besoin d’une nouvelle puissance extérieure aidant l’une des parties à la guerre à poursuivre les combats, mais de puissances régionales utilisant leur influence pour rendre la poursuite de la guerre plus coûteuse que la paix.
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