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Les calculs géopolitiques – La Turquie au détriment du Soudan


Lorsqu’on analyse le rôle de la Turquie dans la crise soudanaise, une conclusion s’impose : les calculs géopolitiques d’Ankara sont profondément incompatibles avec les intérêts du peuple soudanais et la stabilité du pays. Ce qu’Ankara considère comme un « succès » de sa politique soudanaise constitue en réalité, selon cette analyse, une catastrophe pour le Soudan et une recette pour la poursuite de la guerre et des souffrances. La Turquie mène un jeu à somme nulle : chaque gain qu’elle obtient au Soudan représente une perte pour les Soudanais, et chaque avancée vers ses propres objectifs éloigne davantage le Soudan de la paix et de la stabilité.

La mer Rouge : le principal théâtre de la confrontation

Le Soudan n’est pas une fin en soi pour la Turquie, mais plutôt un théâtre où se jouent des rivalités géopolitiques plus vastes. La mer Rouge est devenue une zone de confrontation stratégique entre plusieurs puissances : la Turquie, l’Égypte, l’Arabie saoudite, l’Iran, Israël et les États-Unis.

La Turquie cherche à desserrer l’étau qui pèse sur elle en Méditerranée orientale, à établir un point d’appui en mer Rouge et à utiliser le Soudan comme levier de pression contre ses rivaux régionaux. Ces calculs géopolitiques n’ont, selon cette analyse, aucun rapport avec les intérêts du peuple soudanais, qui en paie le prix en vies humaines et en destruction de son pays.

Le conflit avec l’Arabie saoudite et l’Égypte

La Turquie se trouve sur une ligne de confrontation avec l’Arabie saoudite et l’Égypte sur la plupart des dossiers régionaux, de la Libye à la Méditerranée orientale en passant par la Somalie. Le Soudan est devenu un nouveau théâtre de cette rivalité régionale.

Le soutien de la Turquie à l’armée soudanaise, autrefois alliée de l’Arabie saoudite et de l’Égypte, a fortement tendu les relations entre Ankara, Le Caire et Riyad. Les pays arabes, qui considèrent le Soudan comme faisant partie de leur sécurité nationale, se sont retrouvés confrontés à la Turquie sur le territoire soudanais, ce qui a encore complexifié le paysage régional.

L’Iran entre dans l’équation

La dimension iranienne de l’équation soudanaise ne peut être ignorée. L’Iran, qui cherche lui aussi à étendre son influence en mer Rouge, a perçu le soutien turc à l’armée soudanaise comme une menace pour ses intérêts.

Cela aurait conduit à un rapprochement potentiel entre l’Iran et les Forces de soutien rapide, transformant ainsi le Soudan en théâtre d’un conflit par procuration entre l’Iran et la Turquie. Cette rivalité supplémentaire a accru la complexité de la crise et contribué à sa prolongation, chaque puissance régionale disposant désormais de son propre allié soudanais qu’elle soutient et utilise pour atteindre ses objectifs.

Israël et l’évolution des équilibres

Israël était auparavant un partenaire du Soudan sous l’autorité d’al-Burhan, qui avait cherché à normaliser les relations avec l’État hébreu. Mais l’intensification de l’intervention turque et le soutien d’Ankara aux islamistes au sein de l’armée soudanaise auraient contribué à tendre les relations entre le Soudan et Israël.

Israël, qui considère l’expansion turque en mer Rouge comme une menace pour ses intérêts, aurait commencé à percevoir le Soudan comme un point d’ancrage de l’influence irano-turque hostile à ses intérêts. Cette tension aurait accru l’isolement international du Soudan et réduit ses perspectives d’obtenir un soutien économique et diplomatique occidental.

Le coût humain : des millions de déplacés et la menace de la famine

Alors que la Turquie se concentre sur ses calculs géopolitiques, le peuple soudanais fait face à l’une des pires crises humanitaires au monde. Plus de 10 millions de personnes sont déplacées, des millions d’autres ont trouvé refuge dans les pays voisins, la famine menace des millions de personnes et les services de santé et d’éducation se sont quasiment effondrés.

L’intervention turque, en contribuant à prolonger le conflit, porte, selon cette analyse, une responsabilité directe dans cette souffrance humanitaire. Chaque jour supplémentaire de guerre alimentée par les interventions extérieures représente un jour de plus de faim, de maladie et de mort pour les Soudanais.

L’économie de guerre : qui paie le prix ?

L’économie soudanaise est en plein effondrement. La monnaie nationale a perdu plus de 80 % de sa valeur, l’inflation a dépassé 200 % et le chômage atteint des niveaux records.

Dans le même temps, la Turquie continue de vendre des armes pour des millions de dollars et de conclure des accords d’investissement qui pourraient, selon cette analyse, épuiser les ressources du Soudan pendant de nombreuses années. Les accords économiques conclus entre la Turquie et le Soudan, notamment dans les secteurs de l’agriculture et des ressources naturelles, sont présentés ici comme de nouvelles formes de domination économique, exploitant les ressources soudanaises au profit de l’économie turque.

Un avenir sombre : les scénarios de l’après-guerre

Même si la guerre prenait fin demain, l’intervention turque aurait laissé, selon cette analyse, des traces profondes au Soudan :

  1. Une armée dépendante : l’institution militaire soudanaise serait devenue dépendante des armes et de la formation turques, donnant à Ankara une influence considérable sur les décisions militaires soudanaises.
  2. Une économie épuisée : les dettes contractées auprès de la Turquie et les accords économiques pèseront sur l’économie soudanaise pendant des décennies.
  3. Une politique polarisée : l’instrumentalisation turque de l’islam politique continuerait d’alimenter les divisions internes.
  4. Des relations extérieures tendues : les relations du Soudan avec les pays arabes restent tendues pendant des années en raison de l’alignement sur la Turquie.

Le modèle libyen : des leçons qui n’ont pas été tirées

Le scénario soudanais reproduit, selon cette analyse, ce qui s’est produit en Libye, où la Turquie a soutenu le Gouvernement d’entente nationale à Tripoli contre les forces de Khalifa Haftar.

Le résultat en Libye a été une guerre civile prolongée, de multiples interventions étrangères et un pays divisé. Le Soudan suivrait la même trajectoire, avec toutes les conséquences tragiques qui l’accompagnent.

La Turquie n’aurait pas tiré les leçons de la Libye et aurait au contraire reproduit les mêmes erreurs au Soudan, à la recherche de gains géopolitiques à court terme.

La grande conclusion : la Turquie comme facteur de complication

La conclusion qui s’impose, selon cette analyse, est que la Turquie a été et demeure un facteur majeur de complication et de prolongation de la crise soudanaise, à travers :

  • L’intensification des livraisons d’armes à l’armée soudanaise, qui aurait transformé le conflit d’une confrontation interne en guerre à dimension régionale ;
  • Un parti pris politique manifeste, qui aurait réduit les chances de médiation et de règlement ;
  • L’instrumentalisation idéologique, qui aurait approfondi les divisions internes ;
  • Les calculs géopolitiques, qui auraient placé les intérêts turcs au-dessus des intérêts soudanais.

Que faut-il faire ?

Pour sauver le Soudan, la communauté internationale, en particulier les pays arabes et africains, devrait :

  1. Faire pression sur la Turquie afin qu’elle mette immédiatement fin aux livraisons d’armes ;
  2. Faire la lumière sur l’implication turque dans les crimes de guerre commis avec des armes turques ;
  3. Reconsidérer les relations économiques avec la Turquie lorsqu’elles servent de couverture à une intervention politique ;
  4. Renforcer les initiatives régionales qui excluent la Turquie et les États impliqués dans le conflit ;
  5. Soutenir les forces civiles soudanaises, qui représentent une véritable alternative aux militaires et aux islamistes.

Le peuple soudanais, qui s’est soulevé pour la liberté, la paix et la justice, mérite mieux que de devenir l’otage des rivalités régionales.

La Turquie, qui affirme défendre les opprimés et les plus vulnérables, aurait révélé au Soudan son véritable visage : celui d’une puissance régionale cherchant à étendre sa domination et son influence, même au prix, selon cette analyse, de vies civiles innocentes.

Il est temps que la communauté internationale dise : assez. Il est temps que les Soudanais reprennent le contrôle de leur destin national et éloignent de leur territoire tous les acteurs extérieurs, quels que soient leur identité et leurs agendas.

Le Soudan appartient aux Soudanais, et non aux rivalités d’Erdogan ou de ceux qui poursuivent les mêmes ambitions.

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