Grand Maghreb

Les Frères musulmans tunisiens et la carte de la rue : une tentative désespérée de repositionnement 


Les Frères musulmans tunisiens tentent une nouvelle fois de se repositionner dans le paysage politique du pays en participant à des mouvements de protestation sectoriels.

Cinq ans après la chute de leur pouvoir, les Frères musulmans tunisiens cherchent à se dissimuler derrière l’opposition civile, dans l’espoir de briser l’isolement du mouvement et de retrouver une présence dans la rue, en appelant à participer au mouvement de protestation « Nafs », prévu le 20 août.

Selon des experts, l’organisation des Frères musulmans en Tunisie exploite toutes les circonstances pour faire pression en faveur de la libération de ses dirigeants détenus.

Après l’échec de la grève de la faim menée par le chef du mouvement, Rached Ghannouchi, celui-ci est revenu à la stratégie de la mobilisation dans la rue.

La défense de Ghannouchi avait annoncé lundi, dans un communiqué, que le président du mouvement Ennahda, Rached Ghannouchi, âgé de 85 ans, avait entamé une grève illimitée de la faim et cessé de prendre ses médicaments « pour protester contre l’isolement total qui lui est imposé dans l’hôpital où il est détenu ». Elle a ensuite annoncé la suspension de la grève « à la demande de l’équipe médicale ».

L’organisation des Frères musulmans fait face à de nombreuses affaires graves, notamment des accusations de complot contre la sûreté de l’État, d’espionnage, d’assassinats politiques, d’existence d’un appareil secret des Frères musulmans, d’envoi de terroristes vers des zones de conflit ainsi que de blanchiment d’argent.

Des tentatives désespérées

L’activiste politique tunisien Khaled Baltaïer a déclaré que l’organisation des Frères musulmans cherchait à briser l’isolement politique qui lui est imposé par les autorités et la société depuis les décisions du 25 juillet 2021.

Il a affirmé que cette mobilisation, menée « sous la bannière d’initiatives citoyennes indépendantes telles que “Nafs” », lui fournit une couverture populaire et lui permet également de s’intégrer à un éventail plus large de l’opposition progressiste et de gauche au président Kaïs Saïed.

Il a expliqué que le recours à des façades civiles permettait d’atténuer l’impact des poursuites sécuritaires directes visant les dirigeants et les militants des Frères musulmans.

Il a également souligné que l’organisation cherchait, à travers les mouvements sociaux, à mettre fin à son isolement politique. Selon lui, elle tente de se dissimuler derrière les mobilisations de forces démocratiques afin de contourner le rejet dont elle fait l’objet dans la rue et de garantir la participation d’autres partis de gauche et à caractère social, tels que le Parti républicain et le Parti des travailleurs, aux manifestations populaires.

Exploiter la situation

De son côté, l’activiste et analyste politique Omar Al-Yefarni a déclaré qu’après l’échec de la stratégie de victimisation et de la grève de la faim adoptées par Rached Ghannouchi, les Frères musulmans tentaient d’exploiter toutes les circonstances afin de se repositionner, d’attirer l’attention et de faire pression pour obtenir la libération de leurs membres détenus.

Il a affirmé que le mouvement exploitait les coupures d’électricité et d’eau provoquées par la forte vague de chaleur, ainsi que les pénuries de produits de première nécessité, pour attiser le mécontentement de l’opinion publique contre les autorités actuelles.

Il a également indiqué que le mouvement cherchait à se présenter comme un défenseur des libertés et des droits démocratiques afin de gagner la sympathie, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger.

Selon lui, les pages liées aux Frères musulmans et gérées depuis l’étranger ont commencé, ces derniers jours, à attiser les tensions et à intensifier la diffusion de rumeurs afin d’inciter la population à descendre dans la rue.

Il a précisé que la pression en faveur de la libération de leur dirigeant, Rached Ghannouchi, ainsi que des autres cadres du mouvement emprisonnés, constituait une priorité absolue pour l’organisation dans toute mobilisation sur le terrain.

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