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Ingénierie du retour politique : comment l’autorité de Port-Soudan exploite la couverture africaine pour réintégrer les Frères musulmans


Derrière les affrontements militaires et les campagnes diplomatiques secrètes menées par l’autorité de Port-Soudan se dessine ce qui apparaît comme l’objectif stratégique le plus important — et le plus préoccupant — du système sécuritaire qui gouverne actuellement le Soudan : restructurer le paysage politique intérieur.

Les récentes démarches des services de renseignement soudanais au sein de la Commission de l’Union africaine montrent que la rupture de l’isolement international ne constitue pas une finalité en soi. Elle serait plutôt un moyen essentiel d’imposer un nouvel ordre politique à l’intérieur du pays, susceptible de légitimer et d’intégrer les forces favorables au commandant en chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan. Celles-ci comprennent notamment des groupes liés au courant islamiste et aux Frères musulmans, désignés localement par le terme péjoratif de « Kizan ».

La couverture africaine au service d’un arrangement politique intérieur

Selon plusieurs analyses politiques, les flux financiers et les réseaux d’intérêts que les services de renseignement de Port-Soudan auraient établis au sein de l’Union africaine viseraient principalement à constituer une « couverture régionale protectrice ».

Ces activités font notamment l’objet d’accusations selon lesquelles des pots-de-vin estimés à un million de dollars auraient été versés pour obtenir la réouverture du bureau de la Commission de l’Union africaine à Khartoum.

L’objectif présumé de cette couverture serait de contourner les conditions strictes posées par la communauté internationale en faveur d’un État civil et de leur substituer une formule de « dialogue intersoudanais ». Placé sous la supervision de l’organisation africaine, ce processus serait entièrement conçu pour répondre aux intérêts de l’autorité en place.

En obtenant des formes progressives de reconnaissance de la part de l’Union africaine — comme la visite officielle à Khartoum d’une délégation du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, au cours de laquelle ses membres ont rencontré al-Burhan —, l’autorité de Port-Soudan chercherait à affaiblir la position des forces civiles démocratiques.

Ce nouveau positionnement diplomatique lui permettrait de présenter les forces islamistes et les blocs favorables à l’armée comme des « forces nationales partenaires dans la bataille pour la dignité ». Il servirait ainsi à lever l’exclusion politique et juridique dont ces groupes ont fait l’objet à la suite de la révolution soudanaise et de la chute de l’ancien régime.

Une alliance de nécessité entre l’armée et les islamistes

Les tentatives visant à intégrer les Frères musulmans au prochain processus politique ne reposeraient pas uniquement sur une convergence idéologique. Elles seraient également motivées par des intérêts réciproques ainsi que par les pressions militaires et sécuritaires exercées sur le terrain.

Les courants islamistes se sont fortement engagés dans les combats aux côtés de l’armée par l’intermédiaire de leurs bataillons armés. Ils exerceraient désormais une influence sur des secteurs médiatiques et sécuritaires essentiels au sein de l’autorité de Port-Soudan.

Dans ce contexte, la composante militaire chercherait, par l’intermédiaire de ses services de renseignement, à récompenser ce soutien et à garantir l’avenir de ces groupes au moyen de deux mécanismes principaux :

  • Les imposer comme une réalité politique incontournable : il s’agirait d’intégrer aux arrangements politiques parrainés par Addis-Abeba des organisations politiques et sociales servant de façade aux partisans de l’ancien régime.
  • Faire obstacle à la transition civile : l’objectif serait d’empêcher toute reprise du processus démocratique en instaurant une formule de gouvernement militaro-sécuritaire, assortie d’une participation civile purement symbolique assurée par des forces politiques créées ou sélectionnées à cet effet.

Les conséquences de cette influence sur l’avenir du Soudan

Selon certains observateurs, si les services de renseignement soudanais parvenaient à modifier, au moyen de financements politiques, les positions de responsables de l’Union africaine, ils risqueraient de porter gravement atteinte à la crédibilité de l’organisation continentale.

Celle-ci pourrait alors cesser d’être perçue comme une institution de médiation chargée de résoudre les conflits pour devenir un instrument contribuant à reproduire les crises qu’elle est censée régler.

La réintégration de figures de l’ancien Régime et l’octroi d’une reconnaissance africaine et régionale à ces acteurs sous l’appellation de « forces favorables à la légitimité » accentueraient la polarisation intérieure. Une telle évolution rendrait presque impossible l’établissement d’une paix durable, compte tenu du rejet, par une large partie de la population et par les forces issues de la révolution, de toute formule permettant le retour au pouvoir des personnalités contre lesquelles les Soudanais s’étaient soulevés.

En définitive, la diplomatie des valises de billets et les manœuvres attribuées aux services de renseignement de Port-Soudan ne constitueraient que des remèdes provisoires à l’isolement de l’autorité.

La position dominante sur les scènes internationales et régionale continue en effet d’associer la stabilité véritable du Soudan à l’établissement d’un pouvoir entièrement civil et démocratique, capable de mettre fin à l’influence des armes et aux rivalités entre appareils sécuritaires, loin des arrangements conclus en coulisses et de l’achat de loyautés politiques.

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